Avec cette double décision du ministre de la Jeunesse et des Sports, Devanand Ritoo, d’accorder une «full recognition» aux fédérations d’escrime et de hockey, le mouvement sportif mauricien a plus que jamais changé. Comme vous pouvez l’imaginer, pas nécessairement pour le bien. La décision du ministre de donner «vie» à ces deux fédérations sans respecter les règles de base imposées dans une loi qu’il a lui-même demandé à l’Assemblée Nationale de voter le 21 décembre dernier met nécessairement sur la table de discussion la question essentielle: que vaut désormais le Sports Act, en particulier toute la section 11, qui dresse les règles de base pour une fédération avant que le ministre ne lui accorde un certificat de reconnaissance temporaire d’abord, puis définitivement après six mois.
Mine de rien, en décidant d’accorder une «full recognition» d’abord à la fédération d’escrime, puis 15 jours après, à la fédération de hockey, Devanand Ritoo —  qui, soit dit en passant, est un élu de la République, donc ministre de cette même République et a juré devant   celle-ci de travailler pour le bien de la République de Maurice, en particulier pour le sport mauricien — a bafoué plus d’une quarantaine de sections et sous-sections de sa loi. Une loi qu’il a eu toutes les peines du monde a faire passer devant ses collègues de l’Assemblée et toutes les peines du monde à convaincre sur les raisons qui le poussaient, à l’époque, de venir avec des règlements aussi stricts autour de la reconnaissance des clubs et des fédérations.
Ritoo «…prevents the proliferation of fictitious federations»
«The intention of this new Legislation in to simply plug a loophole in the law which has ended up with the Supreme Court Jugement qui a tenu le mouvement sportif en haleine pendant plusieurs mois. Il y a eu aussi l’intervention du Comité International Olympique brandissant la feuille de route. The issue, Mr Speaker Sir, was precisely about fictitious federations and probably fictitious clubs. In order to prevent the proliferation of fictitious federations and clubs, my Ministry will henceforth exercise better control by streaming procedures for recognition» Ces propos peuvent être dans le Hansard de décembre 2013, qui est en quelque sorte la bible de l’Assemblée Nationale en matière de référence. Ces propos qui sont du ministre Ritoo ont été dits dans son intervention lors de la présentation en première lecture du Sports Act 2013.
Il devait aussi pousser le bouchon encore plus loin en affirmant ceci: «Le Comité Olympique Mauricien a voulu faire passer cinq fédérations non reconnues par le gouvernement en tant que fédérations à part entière avec droit de vote à la veille des élections au sein du Comité Olympique simply for rigging the election which constitutes an electoral fraud…» Des propos qui ont été tenus, toujours, par le ministre lors de la présentation en première lecture du Sports Act 2013.
«Specific, real and onging sport»
Les propos de Devanand Ritoo à l’époque fait suite à un jugement de la cour suprême donné par le juge Domah, qui avait déclaré cinq fédérations, nommément l’escrime, le hockey, le canoé kayak, le pentathlon moderne et l’aviron comme étant illégales en vertu du Sports Act 2002. La nouvelle loi qui a été adoptée par le parlement le 21 décembre dernier se voulait être le dernier clou contre ceux qui veulent créer des clubs et des fédérations fictifs.
En effet, la section 11 du Sports Act imposait tout une batterie de conditions avant qu’une fédération fictive puisse passer entre les mailles du filet. Il y a d’abord la section 1 (a) où il est clairement stipulé que « before » toute demande d’application pour être un (a) national Sports Federation ou (b) multisport organisation,  il est obligatoire de faire une demande d’application au «Minister».  Il y va de même pour les clubs qui veulent être affiliés auprès d’une fédération qui doit d’abord chercher une reconnaissance du ministre.
Mais l’affaire n’est pas si simple, car cette demande doit être faite sur les formulaires du MJS et les demandeurs doivent respecter trois conditions, dont deux déterminantes.
A savoir que tout demande doit pouvoir démontrer  primo: qu’il y a un «specific, real and ongoing sport» et secundo: d’avoir l’administration et le set-up technique pour la promotion « satisfactorily » de cette discipline. Qui plus est, pour que toute demande de considération pour un certificat de reconnaissance soit prise en compte, une fédération demanderesse doit respecter les sections 6, 12 et 13 du Sports Act. La section 6 parle des rules des fédérations qui doivent être «vet» par le ministère. La section 12 parle de comité régional et si on prend en considération le minimum requis, sur dérogation du ministre — selon le pouvoir que lui donne la loi — une fédération doit avoir un minimum de trois régions avec deux clubs par régions. La section 13, elle, parle de l’obligation de mettre en place un comité régional pour toute fédération nationale.
Une reconnaissance provisoire d’abord
Une fois que ces conditions sont respectées, le ministre donne d’abord une reconnaissance provisoire en vertu de la section 11 (3) du Sports Act. Ce n’est que trois mois, toujours selon la section 11 (4), après avoir obtenu un certificat de reconnaissance qu’une fédération demanderesse peut faire une application au Registrar of Associations (RoA) pour un certificat de reconnaissance. Une fois ce sésame obtenu, le ministre peut, après consultation avec le COM ou le comité paralympique ou une fédération internationale, donner le certificat de reconnaissance.
Cependant dans le cas de l’escrime et de hockey, le ministre a mis de côté  ses principes et a ravalé tous ce qu’il a dit tant à l’intérieur de l’Assemblée Nationale qu’à l’extérieur. Ces mêmes fédérations que Devanand Ritoo considérait comme des « fossoyeurs » du mouvement sportif a désormais toutes les considérations. Même si il est connu de tous que l’escrime et le hockey n’ont pas de ««specific, real and ongoing sport» comme l’exige le Sports Act 2013 comme une condition sine qua non pour avoir, non pas un «full recognition» mais un « provisional recognition. »
L’indien du hockey
Depuis avril 2013 à aujourd’hui, jamais la presse n’a été invitée à un championnat national pour ces deux disciplines. S’il faut reconnaître que l’escrime a lancé une ou deux opérations — pour combien de temps encore puisque le Maître d’Armes Jenna Rima sera bientôt indisponible — pour trouver des adeptes dans des lieux publics, par contre on se demande bien quand cette fédération a organisé une compétition? Selon les informations, la fédération d’escrime disposera d’un créneau au dojo de Beau-Bassin pour des séances d’entraînements. Week-End s’est rendu sur les lieux, en deux fois sur deux semaines, cependant personne n’était présent à Beau-Bassin.
Pour le hockey c’est encore plus grave. Une fois de plus personne n’a été capable au ministère de la Jeunesse et des Sports de nous donner le nom du président de cette fédération et comment entrer en contact avec lui. A ux dernières nouvelles, le président ne peut plus être président puisqu’il sera un étranger. Du reste au 3e étage de l’Emmanuel Anquetil Building, on l’appelle «l’Indien». Il aurait — l’information n’est pas confirmée cependant — dit-on laissé la place à une proche pour devenir président de la fédération, sans passer par les procédures appropriées comme il est stipulé dans la loi. Un peu à l’image de ce qui s’est passé avec l’escrime où du jour au lendemain, Aarti Gulrajani-Descann s’est retrouvée présidente de cette fédération, après une tentative infructueuse au sein de la fédération de rugby.
Une exception qui devient la règle
Si on prend en considération la logique de Devanand Ritoo, il va sans dire que la couleuvre qu’il cherchait à faire avaler au mouvement sportif pour le hockey et l’escrime est l’exception qui devient désormais la règle, puisque les règles du Sports Act 2013 ne tiennent plus la route du fait que lui-même en tant que ministre de la République il les a bafouées. Dans ce cas, pourquoi il a été plus «motivé», voir «pressé» à signer la «full recognition» de l’escrime et le hockey alors qu’il n’en fait pas de même pour la fédération de Ju-Jitsu à laquelle il prend tout son temps depuis huit mois, qui, au contraire de ces deux nouvelles fédérations, a démontré qu’elle est un «specific, real and onging sport».
A moins que comme disait  l’homme de Belle-Terre ,«chaque jacko protège so montagne.».  On ne sait pas encore quelle montagne cherche à protéger Devanand Ritoo, mais dans l’histoire du sport mauricien, il s’installe durablement comme le ministre le plus rapide dans les retournements de veste.