Mohandas Karamchand Gandhi meurt assassiné par un fanatique hindou. Le “père de la nation indienne” est atteint de trois balles lors d’une prière publique à New Delhi, le 30 janvier 1948.
Scope se lance sur les traces du Mahatma : ses débuts comme avocat, un bref passage à Maurice, et ses combats de résistance non violente. Une philosophie qui inspire militants politiques, syndicalistes et idéalistes.
Mohandas Karamchand Gandhi naît le 2 octobre 1869 dans l’État du Gujarat dans une famille relativement aisée. Élevé dans les valeurs hindouistes, il apprend à connaître les autres religions et la tolérance envers elles. Suivant les coutumes de sa caste (vayshia), il se marie dès la puberté avec Kasturbai. Attiré par le style de vie occidental, Gandhi se rend en 1888 à Londres pour entreprendre des études de droit. Après trois années en Angleterre, il revient en Inde et exerce sans beaucoup de succès le métier d’avocat.
En 1893, Gandhi est employé comme conseiller juridique pour une société indienne en Afrique du Sud. Il y découvre comment les Noirs ainsi que les Indiens y sont privés de nombreux droits civiques et sont victimes de l’intolérance et du racisme. Lui-même en est victime dans une gare ferroviaire à Pietermaritzburg. L’avocat indien se fait expulser du train parce qu’il n’est pas blanc et voyage pourtant en première classe. Il entreprend pendant les années qui suivent un combat de résistance et de non-coopération face aux autorités d’Afrique du Sud. Influencé par l’écrivain américain Henry David Thoreau (1817-1862), il développera ses théories du combat par la non-violence et la désobéissance civile de masse.
Résistance civique.
Selon les informations recueillies par le journaliste et auteur Pahlad Ramsurrun dans l’ouvrage intitulé Mahatma Gandhi and his impact on Mauritius, l’avocat Mohandas Karamchand Gandhi a séjourné à Maurice le 29 octobre 1901 et a été reçu par Ahmed Goolam Mohammed. L’ouvrage apprend qu’entre autres festivités données en son honneur, un banquet est offert au Taher Bagh par les commerçants musulmans de Port-Louis. Gandhi découvrira également les souffrances et les injustices endurées par les immigrés à Maurice. Il enverra en octobre 1907 un de ces disciples à Port-Louis. Manilall Doctor a pour mission de veiller au bon traitement des travailleurs engagés sur le plan légal.
Après la Première Guerre mondiale, Gandhi est rejoint par des millions d’Indiens, pour s’opposer aux Britanniques. Il organise la résistance civique et des campagnes de non-coopération (boycott des autorités, des tribunaux et des écoles). Devenu célèbre dans toute l’Inde, il est surnommé le “Mahatma” (“la grande âme”). Il lance également une campagne visant à obtenir l’indépendance économique face à l’appauvrissement de la population et la destruction de l’industrie textile locale, conséquence de la politique coloniale britannique. Il est arrêté pour subversion en 1922 par le gouvernement britannique. Il est libéré en 1924.
Indépendance.
Le militant politique et syndicaliste Ashok Subron retient du Mahatma la pensée politique prônée et les innovations dans l’action. “L’action directe pacifique employée pour faire plier le pouvoir colonial symbolise une résistance contre l’oppression. Gandhi a inspiré de nombreux mouvements politiques et syndicats. La désobéissance civile est une manière de contester une loi par des actions non violentes. Car les lois reflètent un rapport de forces entre dominants et dominés.”
En 1930, Gandhi entreprend une nouvelle campagne de désobéissance civile visant à la suppression des impôts, notamment sur le sel. Il est de nouveau emprisonné, puis libéré en 1931. Toujours par des moyens non-violents mais actifs (boycott, manifestations silencieuses, grèves de la faim), il entreprend une lutte pour l’abolition du système de castes et l’égalité des droits pour les “intouchables”. Après l’indépendance partielle de l’Inde en 1935, il combat pour l’unification des principautés indiennes locales. À la tête du parti du Congrès, avec Nehru, il oeuvre pour l’indépendance totale de l’Inde.
Antagonisme.
Gandhi, rappelle le porte-parole et secrétaire général de l’ACIM, Jayen Chellum, a influencé de nombreuses luttes contre l’oppression de par le monde. “Dans les situations où l’on se sent oppressé par le système, où ceux qui détiennent le pouvoir se refusent à entendre raison, on ne peut que faire appel à une action qui polarise l’opinion publique et qui permet de faire entendre sa voix. La grève de la faim, telle que l’a pratiquée Gandhi, est un sacrifice où l’on utilise son corps pour se lancer dans un rapport de forces avec une institution afin de la pousser à assouplir ses positions.” Le blâme serait énorme dans une démocratie si le gréviste de la faim meurt durant son jeûne; faut-il encore que l’opinion publique soit alertée pour que cette action ait un impact.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Gandhi refuse de soutenir les Britanniques sans la contrepartie d’indépendance immédiate. Il lance un appel pour que ceux-ci quittent la Grande Péninsule : “Quit India”. Il s’ensuit la plus radicale révolte pour l’indépendance et de terribles répressions. Gandhi est arrêté en 1942, puis libéré pour raison de santé. Les dernières années de sa vie vont être un véritable calvaire pour le Mahatma. Tout ce pour quoi, depuis trente ans, il a lutté semble plus loin que jamais. L’antagonisme hindo-musulman, sinon créé, du moins aggravé par la politique britannique, s’exacerbe.
Partition.
Outre la prise de position politique de Gandhi, le chargé de cours et metteur en scène Ashish Beesoondial se dit aussi interpellé par l’aspect self-empowerment prôné auprès du peuple afin que ce dernier soit indépendant. “L’indépendance d’un pays commence par l’indépendance du peuple. Gandhi a ainsi milité pour une libération des esprits. Une indépendance des esprits autant que celle du pays.”
Dès 1945, le gouvernement finit par se résigner à l’indépendance de l’Inde, mais le chef de la Ligue musulmane, Muhammad Ali Jinnah (1876-1948), demande la création de deux États : la partition des Indes britanniques sur des bases uniquement confessionnelles, en une Union indienne hindoue et un Pakistan musulman. Pour Gandhi, cette vivisection de l’Inde est inacceptable. En 1946, la discussion devient impossible : Jinnah refuse de participer au gouvernement intérimaire dirigé par Nehru et lance une journée d’action directe, le 16 août 1946, qui se solde par 5,000 morts à Calcutta.
Concessions.
À soixante-quinze ans, Gandhi reprend son bâton de pèlerin, habite alternativement chez des hindous et chez des musulmans, tente de les réconcilier sur le terrain même de leurs violences. La partition sera néanmoins réalisée le 15 août 1947. Pis encore, la non-violence, dont Gandhi fait son credo, ne va pas résister à la séparation. Le plus grand exode de tous les temps commence alors, qui met en mouvement 12 millions de réfugiés – musulmans quittant l’Inde pour rejoindre le Pakistan, hindous et sikhs empruntant le chemin inverse. Des atrocités sont commises de part et d’autre, et le bilan s’établit à environ 2 millions de morts. Les dernières tâches du Mahatma consisteront à réconcilier les deux communautés. Le dernier vice-roi de l’Inde, lord Mountbatten of Burma, sera stupéfait de voir ce vieil homme apaiser par sa seule présence des foules déchaînées. Partout, Gandhi demande à la majorité hindoue de larges concessions en faveur de la minorité musulmane.
Assassinat.
Or, ce sens bien compris des intérêts de l’Inde causera sa perte. Les ultras du Hindu Mahasabha et du Rashtriyasvayam Sevak Sangh l’accusent de trahison envers l’hindouisme. Plusieurs tentatives d’assassinat seront préparées. Le 30 janvier 1948 à Delhi, Mohandas Karamchand Gandhi est abattu par un fanatique hindou. Le “père de la nation indienne” est assassiné de trois balles par Nathuram Godse lors d’une prière publique. Cet extrémiste lui reproche d’être trop favorable à la cause des Indiens musulmans.
Gandhi était âgé de 78 ans et demandait que toute violence communautaire cesse définitivement, que le Pakistan et l’Inde garantissent l’égalité dans la sécurité et les droits pour les pratiquants de toutes les religions. Le Mahatma Gandhi aura professé la non-violence radicale, l’ahimsa et la résistance passive contre l’occupant britannique. Gandhi avait choisi de faire entendre sa voix par le jeûne politique jusqu’à obtenir satisfaction de ses revendications. Deux millions d’Indiens assisteront à ses funérailles.
Non-violence.
Véritable chef charismatique, Gandhi était le type même du leader à l’autorité morale incontestée. Son impact sur les masses était énorme, et des centaines de millions de personnes se reconnaissaient en cet homme qui se référait aux valeurs traditionnelles de l’hindouisme. Gandhi tenta de faire de sa vie un message vécu. La philosophie de non-violence est sans doute l’aspect le plus connu du gandhisme, autant que la désobéissance civile et le boycott. Le pasteur Martin Luther King, parmi bien d’autres, en a fait usage.
Objectivement, le Mahatma n’a pu obtenir le changement radical de mentalité qui seul aurait permis l’évolution sociale et économique de ses rêves. Néanmoins, le refus de tout compromis, l’affirmation inlassable de la supériorité de l’esprit sur la force brutale font de Gandhi l’une des grandes figures de l’histoire.