Le leader du MMM, Paul Bérenger, s’est dit, à l’issue de la réunion spéciale du bureau politique de son parti hier, « très déçu » par la position adoptée par le gouvernement en Cour suprême hier à l’appel du “Constitutional Case” logé par Resistans ek Alternativ contre le gouvernement. « Aujourd’hui, nous sommes très déçus par la déclaration du gouvernement en Cour, qui est vague et floue », a-t-il dit. Dans le même souffle, il a qualifié de  « complaisante » l’attitude de Resistans ek Alternativ, qui a demandé un mois pour réagir. Et d’annoncer que le MMM jouera « pleinement son rôle » d’opposition au Parlement et qu’il se prépare à se rendre seul aux élections générales.
Pour le leader du MMM, Paul Bérenger, la déclaration de l’Attorney general Satish Faugoo a été un tournant. « Déjà, le gouvernement de Navin Ramgoolam a perdu beaucoup de temps avant la date butoir du 5 mai. Depuis des années, il tourne en rond. Aujourd’hui, nous sommes très déçus par la déclaration du gouvernement en Cour, qui est vague et floue. Il est clair que le gouvernement cherche à gagner du temps. Beaucoup de verbiage et, finalement, une vague déclaration d’intention qui ne veut rien dire. Nous savons combien de textes de loi, ayant circulé par le gouvernement, ont disparu dans la nature », a-t-il dit.
Paul Bérenger a estimé qu’on ne peut accorder aucune crédibilité à la déclaration d’hier matin, d’autant que le Parlement a été suspendu afin de terminer le travail sur le texte de loi. « Maintenant, au moment de la reprise des travaux, nous apprenons qu’on ne sait pas quand le texte de loi sera présenté », a-t-il dit.
Pour lui, cette position du gouvernement est « décevante » et, même, « provocante ». L’Attorney General « a annoncé que le gouvernement va “introduce a bill once the consultation process is over and when general consensus is reached” », a-t-il observé. Paul Bérenger estime qu’il était « clair » que la réforme électorale serait présentée séparément avec les autres réformes constitutionnelles. Or, cette fois, le gouvernement annonce que « any electoral reform should be undertaken not in a piecemeal manner but in an holistic and balanced manner”. Ce qui, selon lui, équivaut à « noyer le poisson ». Il poursuit : « Cela signifie que le gouvernement n’a aucune intention de tenir sa promesse. »
Paul Bérenger dit encore que le MMM aurait souhaité qu’un texte de loi soit présenté au Parlement aussitôt prêt et qu’il soit soumis au vote. Et, s’il est adopté, de le mettre en pratique pour les prochaines élections, de sorte que le gouvernement respecte “l’announcement” des Nations Unies et que les candidats n’aient plus à déclarer leur communauté et ne soient plus disqualifiés en refusant de le faire. A la lumière de cette déclaration, a observé Paul Bérenger, « il semble que le gouvernement a l’intention d’aller aux prochaines élections avec le système actuel », qui est « en violation du “ruling” du comité des droits de l’homme des Nations Unies ».
Paul Bérenger a, d’autre part, estimé « faux » de dire qu’il n’y a pas de consensus. « Je le répète : en ce qui concerne notre position et celle du gouvernement, il n’y a plus rien à discuter. Certes, il faut prendre en considération les propositions de la population », a-t-il insisté. Mais d’admettre dans le même temps être d’accord avec Navin Ramgoolam lorsque ce dernier dit que ce qu’il présentera « n’est pas idéal » et « n’est pas ce que nous avions proposé ». Paul Bérenger développe : « Nous avions demandé que 20 députés soient nommés à partir des listes des partis politiques à la proportionnelle et le gouvernement en a proposé 14. Nous avions proposé la nomination de huit députés pour remplacer le BLS, le gouvernement en a proposé six. Alors que nous proposons un seuil d’éligibilité de 7,5%, Navin Ramgoolam est revenu sur 10%. Ce qu’il propose n’est pas idéal, mais nous aurions voté en faveur du texte de loi “under protest” parce que cela aurait représenté un grand pas en avant. »
Pour Paul Bérenger, tout cela démontre que « Navin Ramgoolam n’est pas sérieux », « ni en ce qui concerne la réforme électorale ou quoi que ce soit ». Et de poursuivre : « Puisque nous aurions souhaité la présentation d’un texte de loi devant le Parlement à la rentrée parlementaire, et que ce n’est pas le cas, nous jouerons pleinement notre rôle d’opposition parlementaire avec des PNQs et PQs, d’autant que nous sommes déçus par la déclaration parlementaire. Mais il s’agit d’un tournant, car nous estimons que Navin Ramgoolam n’est pas sérieux sur la réforme électorale. »
Le leader du MMM a également dénoncé ce qu’il appelle « l’attitude plus que complaisante » de la part de Resistans ek Alternativ. « Alors que le gouvernement est arrivé avec une déclaration floue, qui ne veut rien dire, il est incroyable de voir l’attitude de l’homme de loi de Resistans ek Alternativ, qui décidera, dans un mois, s’ils demanderont un “early trial”. Il est difficile de comprendre cette attitude de complaisance. Mais chacun assume ses responsabilités », a-t-il dit.
Concernant la IIe République, Paul Bérenger précise ne pas avoir rencontré Navin Ramgoolam ces derniers temps et qu’il ne le fera pas tant qu’un projet de loi ne sera pas présenté au Parlement. Cependant, avoue-t-il, les discussions sur la IIe République se sont poursuivies par personnes interposées. « Il semblait qu’on était tombé d’accord sur tout, sauf sur la manière d’élire le président. Nous disons toujours “non” à l’élection à la française en deux tours. De plus, le système électoral à la française, qui fait du président un petit roi, est un recul par rapport à notre démocratie parlementaire. Ramgoolam s’est toujours opposé à ce que prévoit actuellement la Constitution. Or, le MMM est d’accord que ce soit le Parlement qui élise le président. Nous avions proposé la constitution d’un collège électoral élargi, comme en Inde, mais Navin Ramgoolam n’est pas d’accord. »
Paul Bérenger a observé qu’une nouvelle idée très préliminaire a émergé. « On aurait pu faire à la Mauricienne ce qu’il existe en Zambie et au Malawi, où l’élection des députés se fait simultanément avec celle du président et du vice-président de la République, sans qu’il y ait deux tours. Mais ce qui s’est passé en Cour ce matin démontre qu’il est bien difficile de prendre Navin Ramgoolam au sérieux sur quoi que ce soit. »
Paul Bérenger a de fait réaffirmé que le MMM se prépare à se rendre seul aux élections. Il estime « évident que Navin Ramgoolam s’accrochera au pouvoir tant qu’il le peut », affirmant que c’est « l’économie du pays qui en souffrira jusqu’aux élections » générales.