Le leader de l’opposition et du MMM Paul Bérenger a réclamé samedi l’institution d’une commission d’enquête présidée par un ex-juge du Commonwealth en vue de faire toute la lumière sur le projet allégué de trafic d’armes dénoncé par Kathi Lynn Austin, Chief Executive du Conflict Awareness Project, dans un rapport soumis aux Nations unies. Ce document, rendu public la semaine dernière, révèle que Maurice était sur le point d’être utilisée comme tremplin pour un projet de trafic d’armes international en violation des sanctions des Nations unies.
Paul Bérenger s’est appesanti samedi sur le dossier concernant le projet allégué de trafic d’armes. « Nous verrons ce que fera le Premier ministre dans cette affaire », a lancé le leader de l’opposition, prenant en compte les accusations de blanchiment d’argent soulignés dans le rapport de Kathi Lynn Austin. « Ce qui s’est passé est très grave et très dangereux. C’est mauvais pour notre image. C’est un mauvais coup porté à notre secteur financier et par extension, au centre offshore mauricien », a-t-il dit.
Tout commence, selon Paul Bérenger, avec Viktor Bout. Ce ressortissant russe, connu sur le plan international comme un grand trafiquant d’armes, était recherché pendant des années par autorités américaines et celles d’autres pays. Il a finalement été arrêté en Thaïlande en 2008 et condamné à 25 ans de prison pour trafic d’armes et terrorisme.
Le rapport de Conflict Awareness Project révèle que deux lieutenants de Viktor Bout – qui, selon Paul Bérenger, ne sont pas inconnus à ceux qui veulent savoir – ont essayé de monter une opération de trafic d’armes à partir de Maurice. Le projet était sur le point d’aboutir quand Kathi Lynn Austin est venue à Maurice en juin.
Le leader du MMM a souligné que la Chief Executive n’est pas n’importe qui, celle-ci étant spécialisée dans la chasse aux trafiquants d’armes dans le monde. Elle a travaillé à plusieurs reprises pour les Nations unies. Dans son rapport, elle fait mention d’une « rencontre tumultueuse » avec le Senior Counsel Yousouf Mohamed et son fils, CEO de Island Air Systems. Le but officiel de cette compagnie était d’assurer une liaison aérienne régionale. Le gouvernement a cependant refusé de lui accorder un Air Operation Certificate.
Paul Bérenger a estimé que cette affaire de trafic d’armes est « trop grave » pour être confiée à l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) et encore moins à la police. « La vérité complète doit être dite et les personnes impliquées doivent être poursuivies », a dit le leader de l’opposition. D’où sa demande pour l’institution d’une commission d’enquête présidée par un ex-juge du Commonwealth. Il a aussi estimé que Kathi Lynn Austin pourrait être appelée comme témoin et toute la sécurité nécessaire devrait lui être accordée. « Navin Ramgoolam a un devoir envers le pays dans le cadre de cette affaire. Ce n’est pas une question de marquer les points ou de viser quiconque. Il convient de venir au secours de la réputation de l’île Maurice. »
Concernant la situation au sein du Remake 2000, Paul Bérenger a fait comprendre que c’est à sa demande que la conférence de presse et la réunion conjointes des députés MSM-MMM ont été renvoyées. Une démarche faisant suite à deux renseignements parvenus au MMM la semaine dernière. « Depuis, ces deux informations ont été démenties par le MSM. Nous prenons note en attendant la prochaine rencontre au sommet mercredi », a-t-il dit en précisant s’être entretenu avec sir Anerood Jugnauth samedi matin.
Ce dossier sera évoqué au bureau politique du MMM cet après-midi avant d’être reprise lors de la réunion au sommet MSM-MMM mercredi.
En ce qu’il s’agit de la réforme électorale, Paul Bérenger a estimé que le MMM et le Ptr sont tombés d’accord sur absolument tout et que son parti est la même longueur d’onde avec le MSM. Par conséquent, le leader de l’opposition ne voit pas la nécessité de rencontrer le Premier ministre. Interrogé sur ce qu’il ferait si Navin Ramgoolam l’invitait à une rencontre, il a observé qu’il n’y a qu’un seul leader de l’opposition et que, par conséquent le chef du gouvernement, pouvait l’appeler pour discuter de plusieurs choses, y compris la réforme électorale comme prévu par la Constitution.
Quant aux alliances politiques, Paul Bérenger a fait comprendre qu’il ne s’agit pas pour le MMM d’une question de personnalités. « Pour nous c’est le programme qui est important. L’entrée du MMM dans un gouvernement dépend de quatre points fondamentaux : la lutte contre la corruption, la consolidation du Law and Order, celle de la démocratie et la relance de l’économie », a-t-il dit. À une autre question de la presse, il devait répondre qu’en politique il ne faut jamais dire jamais. « Une alliance entre deux partis peut à tout moment être remise en cause. »