La Commission Éducation du MMM a dressé hier un « bilan catastrophique » de l’enseignement supérieur, deux ans après la création d’un ministère de l’Éducation tertiaire. Steve Obeegadoo a lors d’un point de presse appelé le Premier ministre Navin Ramgoolam à un « ressaisissement urgent », l’exhortant à « abolir ce ministère et de le retourner à l’Éducation nationale ». Le secrétaire général du parti a vivement dénoncé ce qu’il estime être caractéristique de ce ministère, soit « la quantité aux dépens de la qualité ».
« Deux ans après la création du ministère de l’Éducation tertiaire, le bilan que nous établissons relève un secteur totalement déstabilisé par une politisation à outrance. On joue avec l’avenir de nos jeunes. Partout, on voit la quantité qui prime sur la qualité », a déclaré l’ancien ministre mauve de l’Éducation. Steve Obeegadoo a aussi soutenu qu’un tel ministère n’existe en Europe, aux États-Unis et dans d’autres pays développés. Il a suggéré qu’il rejoigne celui de Vasant Bunwaree.
Steve Obeegadoo a également proposé d’accroître le taux d’inscriptions au niveau de l’éducation tertiaire tout en gérant le flux en vue d’assurer que « la formation soit de qualité et pertinente par rapport à la demande de notre économie et que les jeunes puissent aussi avoir un salaire décent ». Il a de plus suggéré de définir les besoins du pays, les secteurs qui nécessiteront des employés formés dans dix ans.
À Suren Bissoondoyal de la Commission Éducation du MMM de renchérir : « Actuellement combien de médecins n’ont-ils pas de travail ? Et on veut en former d’autres ? ». Selon lui, le pays a également besoin de formation polytechnique.
Auparavant Steve Obeegadoo avait fait une comparaison entre l’élection, en 2002, de la directrice de l’institution tertiaire MGI-RTI, Soorya Gayan, issue d’une « sélection transparente » – qui devait pourtant « subir politik lev pake ale » et la nomination de Bijaye Madhou vendredi dernier, « sans passer par les procédures nécessaires ». Et qui de surcroît, argue-t-il, « n’a pas les compétences requises dans le domaine de la recherche ». Pour le député mauve, « c’est un coup dur pour le MGI, pour la méritocratie et pour l’île entière ». Une telle nomination « est symptomatique de la manière dont le gouvernement considère l’enseignement supérieur ».
Concernant l’Université de Maurice (UoM), Steve Obeegadoo a soutenu qu’elle est minée depuis un an par la saga Conrad-Morgan alors qu’elle est censée être la première institution post-secondaire du pays. « C’est la première fois qu’un vice-chancelier doit démissionner à cause d’une ingérence ministérielle sans précédent. L’UoM a tout perdu de son lustre », avance l’ancien ministre de l’Education. Plus fragrant, poursuit-il, l’Université de technologie de Maurice (UTM) dont « on ne comprend plus le rôle ». « Elle n’a toujours pas un bâtiment à elle et les étudiants doivent suivre leurs cours dans des collèges. C’est une catastrophe ! Le registrar est suspendu pour cause d’irrégularité. Des MBA sont décernés sans que des dissertations soient soumises…»
Autre dénonciation du député mauve : « Alors que les journaux mentionnent qu’il y a trop de médecins, l’UTM se met en partenariat avec l’Université Anna – on a cherché cette université en Inde, on n’a pas trouvé – pour donner des cours de médecine. Les étudiants ne doivent détenir que 2 B (HSC) pour faire médecine ! Ki manier pou form zot, nek anons partenarya ? »
L’ancien ministre de l’Éducation a en outre critiqué « la politique de “laisser-faire” du gouvernement face aux nombreuses institutions tertiaires – 61 selon le ministre Jeetah. Certaines, il est vrai, sont des références comme Charles Telfair. Mais, certaines, on ne sait d’où elles sortent ». « Est-ce que quelqu’un s’est déjà demandé ce que doit être une université ? S’agit-il de ne faire que mettre des étudiants dans des classes et faire des cours ou plutôt de la production de la connaissance ? ».
Steve Obeegadoo a aussi évoqué les formations dispensées par les institutions Mauras, SSR Medical College et Ellim. Les diplômes de cette dernière, « ne sont même pas reconnus en Inde d’où elle est originaire. Comment peut-on permettre à nos jeunes d’y aller ? ». Le SSR Medical College, poursuit-il, a dû fermer ses portes. « Dieu sait si ceux qui s’étaient inscrits en dentisterie ont pu se qualifier comme dentistes. Qui contrôlera tout cela ? La TEC (Tertiary Education Commission) ? Elle-même subit des controverses. Le directeur est moins qualifié que ses subalternes… ».
Selon l’ancien ministre de l’Éducation, d’après une étude faite par Suren Bissoondoyal, sur dix enfants admis en première année de primaire, seuls huit réussiront leur CPE, cinq leur SC et deux à trois seulement, « en étant généreux », réussiront leur HSC. « Et le ministre parle d’un graduate per family ! » Deuxième « bluff monumental » selon lui, est le fait que « le ministre projette d’accueillir 100 000 étudiants étrangers alors qu’en 2010 ils n’étaient que 596 ».