Le déficit de la balance courante et le niveau de la dette publique sont parmi les sujets qui préoccupent le plus le MMM, selon le leader de ce parti, Paul Bérenger, qui est revenu samedi sur l’analyse des mesures budgétaires après une étude approfondie des chiffres donnés par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, lors de la présentation du Budget 2016-17.
Paul Bérenger, qui a apprécié le fait que le ministre des Finances ait donné beaucoup de détails chiffrés dans les différentes annexes, est revenu sur l’appréciation de l’opposition faite la veille, selon laquelle « le budget comprend certaines mesures intéressantes concernant, entre autres, la pauvreté, mais n’est pas un budget de relance et de création d’emplois ». Une des raisons est que le budget ne contient aucune dotation concernant les investissements publics. Il souligne que, sans investissements publics, « il est difficile de faire décoller l’économie », d’autant plus que, comme l’indiquent les chiffres donnés par le ministre des Finances, l’investissement privé est en chute constante de même que les investissements directs étrangers. Tenant en compte la situation de statu quo en ce qui concerne l’investissement public, le leader de l’opposition arrive à la conclusion que « ce n’est pas un budget de rupture » comme l’a annoncé le ministère des Finances.
Concernant la situation économique, Paul Bérenger estime que la croissance « n’atteindra malheureusement pas les 4,1 % comme prévu par le budget ». Il a observé que la BoM a prévu une croissance de 3,8 % pour 2017 et considère d’autre part que le ministre des Finances a sous-estimé l’effet du Brexit car, dit-il, « le dossier des Chagos n’a pas été traité convenablement ». « Les Anglais ne nous feront aucun cadeau », a-t-il souligné. Il déplore que la seule mesure considérée par le budget soit la baisse du fret aérien, amenant Air Mauritius à « foot the bill ».
Pour Paul Bérenger, l’Inde a sauvé le budget sur deux points fondamentaux : le taux d’investissement et le déficit budgétaire. En effet, sans le don indien d’un montant de Rs 12,7 milliards, les deux indicateurs auraient dépassé le plafond. Le leader de l’opposition s’étonne que les autorités indiennes aient accepté de consacrer Rs 2,7 milliards à la création de Heritage City.
Concernant le déficit budgétaire, Paul Bérenger estime que le taux de 3,3 %, annoncé par le ministre des Finances est loin de refléter la réalité des chiffres. Il faut avoir recours à un langage de vérité, a-t-il soutenu, en considérant qu’en tenant compte des spécial funds, le déficit atteint le niveau de 4,4 % et que si les Rs 2 milliards sont dues dans le sillage de l’affaire BAI, le déficit sera encore plus élevé. La dette reste un sujet de préoccupation avec un taux de 65 % du PIB. « C’est dans le but de ne pas aggraver le niveau de la dette que le gouvernement n’a pas émis les debentures prévues dans le cadre du remboursement des détenteurs de SCBG ». D’autre part, le ministre des Finances a annoncé le remboursement d’avance d’un montant de Rs 1,8 milliard par le CEB. Sous le même chapitre, Paul Bérenger a observé que les réclamations faites à l’État mauricien par diverses organisations, dont une compagnie qui envisageait un projet IRS au Morne, Betamax et ex-BAI, entre autres, s’élèvent à des milliards de roupies. « Elles représentent une menace pour la situation financière mauricienne ».
Paul Bérenger déplore toutefois qu’aucune mention n’ait été faite concernant le déficit du budget courant qui est l’indicateur économique crucial. Il craint que ce déficit estimé à 5 % en 2015 risque de s’aggraver avec la baisse sensible des montants financiers transitant par Maurice à travers les compagnies offshore (GBC) à destination de l’Inde. Il appréhende « une vraie catastrophe » et prévoit une PNQ à ce sujet.
S’agissant des problèmes d’ordre sectoriel, Paul Bérenger relève qu’il n’y a pas grand-chose pour les PME. Il relève qu’aucune mention n’a été faite quant aux Rs 10 milliards annoncées par Vishnu Lutchmeenaraidoo l’année dernière, ni même aux financements chinois qui étaient au centre du budget de l’année dernière. Pour ce qui concerne le CSR, dit-il, Pravind Jugnauth a corrigé la décision malheureuse de son prédécesseur l’année dernière, mais estime que le versement de 75 % des recettes du CSR dans un fond gouvernemental n’est pas raisonnable. Il réclamera plus de détails à ce sujet.
Les mesures prises pour l’éradication de la pauvreté absolue ont été accueillies favorablement. Concernant l’aide accordée à l’éducation des handicapés, Paul Bérenger préfère consulter les ONG compétentes avant de se prononcer. Il regrette toutefois qu’aucune mention n’ait été faite concernant le Cancer Centre.
Dans une autre ligne d’idées, Paul Bérenger a déploré la politisation à outrance de la montagne du Morne et a critiqué le fait qu’aucune disposition ne soit prévue en matière de sécurité et de protection de l’environnement à la suite de l’ouverture de l’accès sur la montagne. Sur le plan politique, il a réitéré qu’il n’y a aucune alliance avec Navin Ramgoolam. Pour lui, sir Anerood Jugnauth représente le passé. Quant à Pravind Jugnauth, « il y a une épée de Damoclès sur sa tête avec la demande du DPP d’avoir recours au Privy Council dans le cadre de l’affaire MedPoint ».