Alors qu’il n’est, techniquement, plus possible d’organiser des élections municipales cette année après un premier renvoi l’an dernier, Paul Bérenger demande à ce que les municipales aient lieu « le plus tôt possible l’an prochain », conformément à l’actuelle loi des Administrations régionales. Le leader de l’Opposition, qui s’exprimait à son point de presse hebdomadaire, hier matin, estime que ces élections s’imposent d’urgence, compte tenu de l’existence de ce qu’il appelle « la pourriture » dans les municipalités. « Au nom de la démocratie », Paul Bérenger s’oppose au renvoi éventuel des élections à Rodrigues, avec l’arrivée à terme du mandat de la présente Assemblée régionale en décembre. Pour lui, ces nouvelles élections dans la petite île s’imposent tout aussi, afin « d’y éclaircir la situation » politique, qu’il juge « malsaine ».
Abordant en premier lieu le discours du budget 2012 présenté par le ministre des Finances, Xavier-Luc Duval, Paul Bérenger parle du « mécontentement » des petites et moyennes entreprises (PME), des petits planteurs et des pêcheurs. Il trouve ainsi que le Premier ministre, Navin Ramgoolam, « vit sur une autre planète » quand ce dernier a affirmé, cette semaine, que l’exercice budgétaire a été « bien accueilli ». Cela dit, le chef de l’Opposition demande au gouvernement de reconsidérer particulièrement deux mesures annoncées : la compensation salariale à laquelle auront droit les bénéficiaires des prestations sociales, et la nouvelle taxe de 10 sous sur les SMS/MMS envoyés à partir des téléphones portables.
En ce qui concerne la première mesure, Paul Bérenger souligne qu’il est de tradition que les bénéficiaires de la pension de vieillesse, tout comme les veuves et les orphelins, bénéficient d’une compensation équivalente à celle des bas salaires. Alors que, dans le cas présent, ceux au bas de l’échelle salariale se verront attribuer une augmentation de Rs 330, les pensionnés ne verront, pour leur part, leur pension qu’atteindre la somme de Rs 3 350. Soit une hausse de Rs 126 seulement, inférieure à la compensation accordée aux bas salaires. Ce qui constitue « une injustice » pour le leader de l’Opposition.
SMS/MMS : taxe très mal reçue par les jeunes
À propos de la nouvelle ponction de 10 sous sur les SMS/MMS envoyés, Paul Bérenger trouve que cette nouvelle taxe, correspondant à 20% du coût actuel et « qui frappera surtout les jeunes » a été « très mal reçue ». Il estime que, quand il a abordé le sujet à l’Assemblée nationale, même les députés de la majorité ont semblé lui donner raison sur la question. Le chef de l’Opposition demande en conséquence que cette mesure soit corrigée, d’autant, dit-il, qu’elle ne vise qu’à engranger une « malheureuse » somme de Rs 130 millions sur des revenus gouvernementaux additionnels globaux de plus de Rs 8 milliards.
Abordant ensuite le dossier MedPoint, Paul Bérenger s’est félicité d’avoir, d’une part, pu rétablir à travers sa PNQ de mercredi, que l’argent décaissé était toujours à Maurice et fait, d’autre part, l’unanimité pour que cet argent soit bloqué. Il se dit, dans ce contexte, « très satisfait » du fait que l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) soit passé à l’action pour demander et obtenir du juge en Chambre un Attachment Order en vertu du Prevention of Corruption Act (PoCA) pour le gel des comptes où l’argent de MedPoint avait été déposé.
Selon lui, tout cela prouve que l’Opposition MMM « avait raison » de dire que le gouvernement « a les moyens et le devoir » d’agir pour obtenir le gel de ces fonds et leur éventuelle récupération. Il se réjouit également du fait que l’ICAC, qui a « tardé à réagir », soit finalement passé à l’action après sa PNQ.
Par ailleurs, Paul Bérenger a exprimé sa satisfaction de voir Navin Ramgoolam confirmer à l’Assemblée nationale, cette semaine, que le gouvernement fera marche arrière et enlèvera toute référence à Rodrigues dans le Local Government Bill, et que les consultations vont se poursuivre autour de l’enseignement du kreol à l’école à Rodrigues. Le leader du MMM ne manque pas, néanmoins, d’estimer que c’est avec la « bénédiction » du Premier ministre et du Conseil des ministres que le ministre Hervé Aimée a proposé son projet de loi controversé.
Pour lui, dans sa formulation, ce projet de loi constituait bel et bien un « viol de la Constitution » ainsi qu’un « manque de respect » envers l’autonomie de Rodrigues et de son Assemblée régionale. Que ce soit pour la question du Local Government Bill ou celle de la spécificité du kreol rodriguais, Paul Bérenger juge qu’il est « bon » que le gouvernement ait « reculé », et souhaite ainsi que de telles choses ne se renouvellent plus. Il juge toutefois regrettable que le chef du gouvernement n’ait donné aucune indication quant à la dissolution de l’Assemblée régionale de Rodrigues, dont le mandat arrive à terme en décembre prochain. Ce qui, pour lui, constitue un autre « manque de respect » envers Rodrigues.
Paul Bérenger explique que sous le Rodrigues Regional Assembly Act, le président de la République a le pouvoir de dissoudre l’Assemblée régionale « at any time », bien qu’il incombe au Premier ministre de pouvoir de fixer la date des nouvelles élections régionales. Aussi, il estime que dans « sa sagesse », sir Anerood Jugnauth décidera de ce qu’il convient de faire.
Dernières élections à Rodrigues en 2006
Le leader de l’Opposition indique toutefois qu’il a appris que certains auraient approché le chef du gouvernement en vue de lui demander de renvoyer les élections régionales dans la petite île et, qu’à cette fin, des amendements soient apportés au Rodrigues Regional Assembly Act. « Au nom de la démocratie », Paul Bérenger demande qu’une telle éventualité ne soit pas considérée.
Il rappelle, sous ce chapitre, que les dernières élections régionales à Rodrigues remontent à 2006 ; qu’à l’époque, l’OPR de Serge Clair avait remporté la victoire mais qu’en cours de route, le gouvernement régional élu avait perdu sa majorité après le changement de camp certains élus. Par la suite, rappelle-t-il encore, le MR, qui contrôlait la nouvelle majorité régionale, a éclaté avec le départ de l’ancien chef-commissaire, Johnson Roussety. Pour Paul Bérenger, devant une telle situation politique « malsaine », de nouvelles élections pour une nouvelle Assemblée régionale sont nécessaires en vue « d’éclaircir la situation ».
Il en est de même à Maurice, dit-il, au niveau des municipalités. Alors qu’il n’est plus techniquement possible d’organiser les municipales avant la fin de l’année comme prévu, Paul Bérenger prévoit un nouveau renvoi de ce scrutin, qui devait initialement se tenir l’an dernier. Tout cela pendant que c’est, selon lui, « la pourriture » qui prévaut de plus en plus dans les municipalités. Dans ces conditions, Paul Bérenger demande à ce que ces municipales aient lieu le plus tôt possible l’an prochain. Et de rappeler aussi, au passage, que la loi pour un nouveau renvoi des municipales nécessitera l’agrément du président de la République.
Le leader de l’Opposition ne croit pas que les nouvelles municipales seront organisées selon le projet de nouvelle loi des Administrations régionales. « Il n’y aura pas de nouvelle loi des Administrations régionales », affirme, en effet, Paul Bérenger. Il en veut pour preuve le recul qui a dû, justement, être concédé par le gouvernement en ce qui concerne Rodrigues. Quoi qu’il en soit, le MMM, souhaite des municipales « le plus tôt possible l’an prochain, conformément à l’actuelle loi des Administrations régionales ».
Paul Bérenger critique, enfin, ce qu’il estime être le « dérapage provoquant et hystérique » du ministre des Affaires étrangères, Arvin Boolell, à la suite de la question parlementaire du député MMM Aadil Ameer Meea au sujet de l’ouverture d’une ambassade mauricienne en Arabie Saoudite. Il souligne qu’une « promesse électorale » avait été faite en ce sens par le Premier ministre au cours de la campagne précédant les dernières élections, et que l’interpellation du député MMM était « pleinement justifiée ».
À l’heure des questions, le chef de l’Opposition a accueilli favorablement la volonté de consensus qui s’est dégagée entre gouvernement et Opposition à l’Assemblée nationale cette semaine, d’une part sur Rodrigues, et de l’autre, sur l’affaire MedPoint. Il a souhaité un même esprit de consensus pour ce qui concerne la compensation salariale des bénéficiaires des prestations sociales et la nouvelle taxe sur les SMS/MMS.
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AVEC LA CRISE L’AN PROCHAIN: Le MMM réitère sa demande pour des élections générales
Alors qu’il prévoit que la crise économique frappera de plein fouet l’an prochain, Paul Bérenger réitère la demande de son parti pour l’organisation de nouvelles élections générales. Comme pour insister sur la menace pesant sur l’économie, il souligne que la prévision de croissance à la baisse prévue par la Chambre de Commerce et d’Industrie pour 2012 – 3.8% contre une prévision officielle de 4% l’an prochain et une prévision de 4.2% pour 2011 –  qui a été arrêtée avant la présentation officielle du budget a été maintenue après l’annonce des mesures budgétaires.
Dans l’idéal, le leader du MMM estime que ces élections générales auraient pu être organisées après « une bonne réforme électorale » et « que le meilleur gagne! ». Commentant, au passage, la déclaration de cette semaine de son allié Ashock Jugnauth, leader de l’Union nationale, appelant à une alliance PTr/MMM, M. Bérenger explique que son parti veut être au gouvernement en vue de « nettoyer » et de « redresser » le pays.
« Croire que cela peut se faire avec ce qu’est devenu le PTr relève de la politique-fiction », dit-il. Selon lui, ce sont des personnes proches des travaillistes qui tenteraient de faire croire qu’une alliance PTr/MMM serait envisagée « dans le but de calmer ceux qui seraient tentés de s’éloigner du gouvernement. » Quant au remake MSM/MMM de 2000, Paul Bérenger indique que cette possibilité est toujours en considération.
Il précise quand même qu’un tel remake avec une répartition à parité des candidatures 30/30 « n’est pas facile » à réaliser. La raison: le MMM dispose déjà de 20 députés siégeant à l’Assemblée nationale sans compter les nombreux candidats malheureux « très valables » qui continuent d’occuper le terrain et autres militants méritants. Néanmoins, selon lui, un tel remake « avec Anerood face à Ramgoolam » verrait ce dernier battu à plate couture.
Au cas où il s’avéreait que ce remake ne puisse se concrétiser, le leader du MMM assure que son parti « n’a aucun problème » d’envisager d’aller aux prochaines élections générales avec ses alliés de l’Union Nationale et du MMSD comme en 2010 au sein de la même Alliance du Coeur. Même s’il affirme que le PTr et son leader sont en mauvaise posture depuis les dernières élections, Paul Bérenger reconnaît qu’au pire de son existence en 1982, le PTr avait encore un « hardcore » de partisans équivalant à quelque 30% de l’électorat.