Le MMM compte une nouvelle commission consacrée à la lutte contre la pauvreté et au suivi des recommandations de la Commission Justice et Vérité (CJV). Sa présidente, Françoise Labelle, s’interroge sur le montant de l’argent du CSR non utilisé et versé à la MRA, ainsi qu’au nombre exact de familles vivant dans l’extrême pauvreté à Maurice. Elle se demande si le projet “Love Bridge” a bénéficié de ce fonds. De même, elle attend une réponse concernant la création d’une Land Monitoring and Research Unit, considérée comme une « urgence » par la CJV.
Pour Françoise Labelle, les différents programmes mis sur pied par différents gouvernements ces 20 dernières années n’ont pas permis de s’attaquer au problème de la pauvreté. Elle estime nécessaire de réaliser un « social impact assessment » pour évaluer la pertinence des projets implémentés. De même, elle dit avoir noté des chiffres différents concernant le nombre de familles vivant dans l’extrême pauvreté. D’où l’importance, souligne-t-elle, d’un « social register ». Toutefois, selon elle, « à ce jour, seulement environ 150 familles, des 5 000 enregistrées auprès de la National Empowerment Foundation, sont sur ce registre ». Elle souhaite que ce travail se fasse plus rapidement et plus efficacement.
Par ailleurs, Françoise Labelle rappelle que les contributions du CSR tournent autour de Rs 3,5 à 4 milliards. Elle se demande ainsi comment, avec autant d’argent, Maurice, qui compte une petite population de 1,3 million d’habitants, n’a pas été en mesure d’atteindre le 1er objectif du millénaire. Le MMM souhaite connaître le montant du CSR non utilisé et qui a été versé à la Mauritius Revenue Authority.
À ce sujet, Françoise Labelle se demande si les Rs 100 millions octroyées à l’Ong Love Bridge par le ministère des Finances provient de ce fonds. « Si tel est le cas, que ce passera-t-il pour les autres Ong qui sont en train de combattre la pauvreté ? »
S’exprimant sur la création d’un Observatoire de la pauvreté, comme annoncé récemment, Françoise Labelle se demande ce qu’il est advenu de l’ancien observatoire, mis en place après le sommet des chefs d’Etat de la SADC en 2008. « Cet observatoire, qui était l’une des recommandations du sommet, était placé sous la responsabilité du Centralised Cooperation Programme, mais est passé par la suite sous l’Intégration sociale. Qu’est-il advenu depuis et quelles sont les “term of reference” du nouvel observatoire ? »
Concernant le parrainage par le secteur privé, Françoise Labelle se dit mal à l’aise avec le fait que les Ong doivent « convaincre les entreprises pour leur projet ». Elle se demande ainsi si on assiste à une « déresponsabilisation de l’État envers ceux qui ont le plus besoin de lui ».
De son côté, le Dr Satish Boolell met en garde contre l’implication politicienne du combat contre la pauvreté. Il fait référence à la visite du ministre Showkutally Soodhun dans une poche de pauvreté du sud récemment, où il a été annoncé que des squatters obtiendront un lopin de terre. « Assistons-nous à une “paraétisation” de la pauvreté ? » se demande-t-il.
Le MMM souhaite un plan d’ensemble pour la question du logement dans la lutte contre la pauvreté. « On a dit qu’il existe 38 poches de pauvreté. Toutes doivent être considérées au même titre. » De même, fait ressortir la commission, il existe aussi des familles vivant dans d’extrême vulnérabilité dans des régions autres que celles désignées comme des poches de pauvreté.
Satish Boolell se dit, lui, en faveur d’un observatoire, afin de connaître le choix de parrainage des entreprises, ainsi que des Ong. « Certaines Ong ont des projets valables mais n’arrivent pas à avoir de financement, tandis que d’autres n’existent que par leur nom ou sont des organisations familiales. »
Le deuxième axe d’intervention de la commission est le suivi des recommandations de la CJV. À ce sujet, Françoise Labelle dit attendre la mise sur pied d’une Land Monitoring Unit, considérée « as a matter of urgency » par la CJV. Elle rappelle que, dans son manifeste, L’Alliance Lepep avait promis d’appliquer les recommandations de la CJV et de créer un « Land Tribunal avec un sitting judge ». Toutefois, Françoise Labelle se dit intriguée de la réponse donnée à une association ayant demandé des informations à ce sujet, par le PMO. « On leur a dit que le dossier a été transféré au ministère du Tourisme. Est-ce ce ministère qui s’occupe des affaires des terres ? Qu’en pense le ministre Soodhun ? »
Françoise Labelle estime urgent de mettre sur pied une Land Mediation Commission, comme décidé par le cabinet ministériel en février 2013, suivant les recommandations du « high powered committee » présidé par Xavier-Luc Duval. « D’après nos informations, la personne qui présidait la Land Research Commission a terminé son travail et tout est prêt pour la mise en place de la Land Mediation Commission. »
De même, elle se demande ce qu’il est advenu des 2 000 arpents de terres mis à la disposition de l’État par l’industrie sucrière. Elle rappelle que la CJV avait recommandé que « the State considers granting small parcels of land to deserving cases ». La commission dit également vouloir apporter son soutien au combat contre la pauvreté, « qui est l’affaire de tous ». Elle propose ainsi l’arrêt de la construction de maisonnettes en tôles, un recensement immédiat des poches de pauvreté, l’activation du “social register”, la mise en place d’une équipe pluridisciplinaire pour l’encadrement des personnes vivant dans la pauvreté absolue, la formation appropriée à l’employabilité et la mise sur pied d’un mécanisme pour une meilleure coordination des différents programmes par différents acteurs.