Le leader du MMM, Paul Bérenger, a révélé samedi avoir formellement objecté à la nomination de Navin Beekarry à la tête de l’ICAC lorsqu’il a été officiellement consulté par le Premier ministre à ce sujet en tant que leader de l’opposition. « Je dénonce cette nomination », a-t-il lancé. Paul Bérenger a deux raisons pour soutenir son objection, à savoir la performance passée de Navin Beekarry lors de son premier passage à la tête de l’ICAC et la décision de le nommer pour une durée de cinq ans.
« Il avait été nommé par le Premier ministre à la tête de l’ICAC après les élections de 2000. J’ai évité par la suite de le révoquer lorsque je suis devenu Premier ministre bien que j’avais toutes les raisons de le faire, car j’étais en partenariat avec Anerood Jugnauth. Sa performance a été éloquente », a dit le leader de l’opposition. Prenant à témoin le compte rendu de presse de cette époque, il a rappelé qu’il y avait alors eu une « magouille grave », soutenue par un affidavit juré par T. Appasamy dans le but de l’empêcher (Paul Bérenger) d’assumer les fonctions de Premier ministre en 2003. Il reproche à l’ICAC, dirigée alors par Navin Beekarry, d’avoir pris au sérieux cet affidavit et a prévenu que toute cette affaire refera surface petit à petit. « Si j’étais à la place de Beekarry, je me serais tranquillement retiré ».
Concernant la durée de cette nomination qui n’est pas mentionnée dans les décisions prises vendredi par le Cabinet, Paul Bérenger s’est élevé contre le fait que c’est la durée maximale de cinq ans qui a été choisie alors que la loi actuelle, « malgré ses imperfections », prévoit que le directeur de l’ICAC peut également être nommé pour trois ans minimum. Cette nomination intervient alors que le Premier ministre a lui-même annoncé, en réponse à une récente interpellation d’Aadil Ameer Meeah, que le Financial Crime Commission Bill sera introduit à l’Assemblée nationale avant la fin de l’année en vue de la création de la Financial Crime Commission qui sera l’institution centrale dans le combat contre les « white collar crimes » et les délits financiers. Le Premier ministre avait, par la même occasion, annoncé que les législations concernant la corruption, la fraude, les délits financiers et le financement du terrorisme seraient revues.
En réponse à des questions de la presse, Paul Bérenger a rappelé les démêlés que Roshi Bhadain, qui travaillait alors à l’ICAC, avait eus avec cette institution dirigée par Navin Beekarry. Roshi Bhadain avait même gagné un procès intenté contre l’ICAC à cette occasion.
Par ailleurs, Paul Bérenger est revenu sur sa PNQ de la semaine dernière et affirme qu’il « n’y avait pas eu jusqu’ici des consultations dignes de ce nom entre le gouvernement et le secteur privé sur le Brexit ». « Au moins dans une réponse, le PM a annoncé que la question serait évoquée lors de la prochaine rencontre entre le gouvernement et le secteur privé durant laquelle la situation dans les différents secteurs qui risquent d’être affectés serait étudiée ». Le leader de l’opposition s’est dit « sûr » qu’à la veille du référendum en Grande-Bretagne, prévu pour jeudi, il y a aura une accélération de la campagne. Il a de même souhaité qu’il y ait un vote pour que la Grande-Bretagne reste dans l’Union européenne. « C’est ce que je souhaite, mais ce n’est pas une raison pour ne pas se préparer à toute éventualité à Maurice », a dit Paul Bérenger, qui a exprimé ses sympathies aux proches de la députée pro-UE Joe Cox, assassinée la semaine dernière. Le leader de l’opposition a aussi souhaité que le gouvernement essaie de voir au-delà de ce référendum et prenne l’initiative dans le cadre des débats sur la situation qui se développe après l’expiration en 2020 de l’accord de Cotonou qui lie les pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), dont Maurice, à l’Union européenne. « Maurice doit être à l’avant-garde des pays ACP afin de préparer l’après-Cotonou ».
Par ailleurs, le leader de l’opposition a reproché à la Speaker, Maya Hanoomanjee, d’avoir agi comme juge et partie quant à la suspension de Touria Prayag, rédactrice en chef du magazine Weekly, pour quatre séances parlementaires. Selon lui, la Speaker aurait dû laisser le DPP prendre une décision dans cette affaire et il estime qu’il y a eu « une atteinte grave à la liberté de la presse et à la liberté d’expression ». Concernant l’appel que projette d’interjeter le DPP devant le Privy Council après le jugement de la Cour suprême, Paul Bérenger a souhaité que le Premier ministre s’abstienne de tout commentaire afin de permettre aux juges à Maurice et à Londres de travailler en toute sérénité.
Sur le plan régional, Paul Bérenger a dénoncé ce qu’il estime être « l’absence de l’État de Droit aux Comores », où des immigrés sont violemment attaqués sans que les forces de l’ordre à Mayotte n’interviennent. Il déplore qu’une telle situation ait lieu dans un département français dans la région. « Ce qui se passe là-bas est inacceptable », soutient Paul Bérenger. Il a demandé à la COI ainsi qu’à Maurice, aux Seychelles et à Madagascar d’intervenir auprès de Paris afin que le gouvernement français fasse le nécessaire pour mettre fin à la situation. Paul Bérenger a affirmé avoir évoqué la question avec l’ambassadeur de France à Maurice.