Les blessures sont profondes et les ambitions conflictuelles. Au sortir d’une nouvelle sévère défaite du MMM au scrutin municipal de dimanche dernier après la déconvenue des législatives de décembre en alliance avec le Ptr, les uns semblent regretter d’avoir eu raison de partir tandis que les autres s’obstinnent à dédramatiser…
Dans la cour du Plaza à Rose-Hill lundi après-midi, une fois la nouvelle déconvenue électorale de son ancien parti dans les cinq villes officialisée, Ivan Collendavelloo, leader du Mouvement Liberater (ML) et Numéro 4 du gouvernement Lepep a renouvelé son ultime ambition : ravir le leadership d’un MMM réunifié à Paul Bérenger.
Il devait même pour cela appeler des responsables mauves, qu’il a nommément cités, à faire partir l’actuelle direction. À une conférence de presse bilan le lendemain, Paul Bérenger devait laisser entendre qu’il avait proposé au Bureau politique et au Comité central de son parti le jour des résultats que Rajesh Bhagwan et lui se mettent en retrait de la direction. Proposition qui a été rejeté.
Ce qui fait dire à Alan Ganoo, dirigeant du Mouvement Patriotique (MP), autre aile dissidente du parti mauve, que la réunification du MMM qu’il souhaite tout aussi est « plus facile à dire qu’à faire ». « Ivan Collendavelloo, déclare Ganoo, a eu le mérite d’appeler de ses voeux la réunification du MMM dont l’électorat traditionnel est profondément déboussolé après tant de défaites électorales ».
Selon le responsable du MP, la grande majorité de cet électorat a choisi, dimanche dernier, de ne pas voter pour se désolidariser de l’actuelle direction. Alan Ganoo estime que, comme ce fut le cas quand le Remake 2000 fut rompu et une alliance avec le PTr par la suite contractée, une fois encore, la direction du MMM choisit de ne pas écouter le voeu de son électorat.
Pour lui, contrairement aux explications illusoires de Paul Bérenger, les chiffres de ces municipales 2015 viennent démontrer que le MMM, « longtemps très bien implanté en régions urbaines », n’est pas parvenu à faire mieux que le MSM dans les villes, « en dépit des votes travaillistes et de Rama Valayden ».
Ce qui, trouve-t-il, illustre clairement cette « déconnexion » entre l’actuelle direction mauve et l’électorat traditionnel MMM. Alan Ganoo estime qu’en renouvellant son ambition de prendre le leadership d’un MMM réunifié, Ivan Collendavelloo, N°4 du gouvernement, souhaite peut-être joindre ce parti à l’action gouvernementale.
Mais le responsable du MP se défend personnellement de toute velléité pouvoiriste ou opportuniste. « J’ai certes négocié l’accord électoral du MMM avec le PTr. Mais je précise une fois encore que je n’ai été qu’un exécutant envoyé par mon leader, Paul Bérenger. L’accord PTr-MMM a été une décision collective. Je n’y avais personnellement aucun avantage particulier à en tirer », assure Alan Ganoo.
Le « credibility gap » se creuse
Ce dernier rappelle quand même qu’au cas où le Remake 2000 n’avait pas été rompu et avait par la suite remporté les législatives, le MMM aurait été aujourd’hui au pouvoir aux côtés du MSM. Quoi qu’il en soit, Alan Ganoo assure que le MP, « un parti de l’opposition », n’a pas les yeux rivés sur l’hôtel du gouvernement. « De même, nous n’entendons pas nous joindre à une composante du gouvernement », explique-t-il.
Quant à l’accusation de traîtrise proférée à l’encontre des démissionnaires du MMM par le leader de ce parti, le responsable du MP estime que la direction mauve ferait mieux de prendre la mesure du « credibility gap » qui se creuse entre elle et son électorat traditionnel. « Les résultats de ces municipales sont là pour en témoigner. Contrairement à ce que prétendait Paul Bérenger, depuis les législatives de décembre, le MMM a encore dégringolé et il aurait dû s’en inquiéter », estime Alan Ganoo.
Pour ce dernier, comme cela a été le cas avec l’accord électoral PTr-MMM approuvé en haut lieu pour les élections générales, l’opinion bien plus terre à terre de l’électorat à la base compte davantage que celle de la direction.