En préambule, établir d’abord la méthodologie. Tous ceux, journalistes ou autres, qui traitent de l’actualité, confondent informations, analyses, hypothèses, interprétations, opinions et commentaires. Pour analyser il faut rassembler les éléments, collecter les informations, les faits, les données spécifiques, les facteurs objectifs et subjectifs qui constituent ensemble le phénomène, la situation à étudier. Ensuite observer dans toutes les perspectives, les mécanismes propres à ce phénomène ou la situation à l’étude pour comprendre son mouvement interne, en relation avec tous les autres phénomènes et situations, directs ou indirects, qui interviennent dans la dynamique particulière de son processus d’évolution. C’est la méthode de laboratoire pour étudier un phénomène. Il n’est jamais question de sentiments personnels, d’être pour ou contre. Il faut mettre de côté ses a priori pour arriver, de manière rigoureuse, à isoler le phénomène, la situation mis sous observation. Il n’est pas question non plus de bien ou de mal, parce que cela relève de critères moraux. C’est la seule méthode fiable pour qualifier tel phénomène ou telle situation. L’analyse politique tient de ça pour qu’elle soit objective, scientifique et crédible. Il ne suffit pas d’être convaincu pour que ce soit Vrai ou faux !
Les Deux Axes du Mythe Fondateur et les Héritages
Pour comprendre la dernière tentative d’arrangement avortée PTr/MMM, il faut comme toujours faire un retour sur l’Histoire, en faire la démonstration et expliquer cette idée fixe chez Paul Bérenger de la nécessaire Union Sacrée PTr/MMM. Dès le départ Paul Bérenger surtout, mais aussi les dirigeants historiques du MMM, poseront comme pierre angulaire de l’Histoire Politique Contemporaine du pays, la Naissance Mythifiée du Parti Travailliste le 1er Mai 1936, au Kiosque du Champ de Mars et à asseoir définitivement la dimension Légendaire de son Fondateur le Dr Maurice Curé. Il fallait une justification politique et historique à la création du MMM. Il s’érige donc en Héritier Naturel du Parti Travailliste. Dans le même temps Seewoosagur Ramgoolam est désigné comme celui qui a perverti l’Idéologie de Gauche et le Grand Mouvement de Masse initié par le Parti Travailliste constructeur de la Conscience Politique Nationale. Mais Bérenger et le MMM ne peuvent résoudre la contradiction qui est de reconnaître à Seewoosagur Ramgoolam son rôle dans la Lutte pour l’Indépendance. Cette ambiguïté explique le rapport complexe entre les deux hommes. Les Grands Tribuns Guy Rozemont, le Dr Maurice Curé, Emmanuel Anquetil, Renganaden Seeneevassen deviennent les parrains de fait du MMM. Dans le même élan, le Pandit Sahadeo, le Professeur Basdeo Bissoondoyal et le Jan Andolan, Sookdeo Bissoondoyal et l’IFB, dont le MMM contribue à façonner une image de Mouvement Progressiste National (la vérité historique est plus nuancée que cela) sont amalgamés par un raccourci politique. Pour établir la filiation plus loin encore, il faut remonter le Lien Historique à 1870 d’un côté, avec Jacmain, Labonté, Tabardin, Ollier, de Plévitz, les docteurs Onésipho Beaugeard et Eugène Laurent et de l’autre avec Manilall Doctor. Paul Bérenger est passionné de l’Histoire du pays. Il va être le pilier dans la création des Mythes fondateurs du MMM. Et il attendra sans cesse un retour du PTr à ses origines par contagion dans son frottement au MMM qui est, pour lui, la continuité historique. Il va marcher dans les pas de Sookdeo Bissoondoyal en se plaçant comme lui en ennemi historique de Ramgoolam, mais surtout par la représentation qu’il en fait du Symbole de l’Intégrité et de la Rectitude Morale. C’est le deuxième Grand Mythe du MMM, l’Héritage de l’autre Mouvance Historique d’Emancipation Populaire. Dans les faits il investira le terrain politique, la chasse gardée de l’IFB en décomposition. Il fait d’Aneerood Jugnauth la vitrine du label IFB auto-apposé au MMM.
Le Mythe Salvateur, Troisième Axe de l’Héritage
Il est un fait que la campagne menant à l’Indépendance fut communale, que la stratégie de la Lutte des Classes initiée par les Pères Fondateurs du Parti Travailliste fut déplacée par Seewoosagur Ramgoolam vers un conflit ethnique face au PMSD de Jules Koenig et Gaëtan Duval, l’extrême droite voix de l’oligarchie sucrière. La plaie béante du communalisme qui fractionna le pays, additionnée à la 1er Coalition PTr/PMSD en 1969, vécue par l’électorat de ce dernier comme une trahison, sont vives à la naissance du MMM. C’est le vide politique à gauche. Paul Bérenger est convaincu que seule l’Union Sacrée PTr/MMM peut guérir le trauma, cicatriser les blessures de la période pré-Indépendance et consolider l’Unité Nationale.
Genèse des Négociations PTr/MMM
Les premières négociations, déjà du fait de Paul Bérenger, remonte à la période de l’incarcération des dirigeants du MMM à la Prison de Beau-Bassin entre 1971 et 1972. Des recoupements d’informations et certaines confidences confirment que Paul Bérenger seul, sans informer ses codétenus, rencontrera un émissaire de Seewoosagur Ramgoolam, puis en plusieurs occasions un Senior Minister du premier cercle du Premier Ministre, de nuit à la résidence du Commissaire des Prisons. Ce premier arrangement comprenait l’expulsion du PMSD et Gaëtan Duval du gouvernement de la Coalition I, la dissolution du Parlement, les élections avec un partage à parts égales des tickets et de la composition du nouveau gouvernement. A la libération des prisonniers politiques en décembre 1972, les discussions sécrètes reprennent, mais elles capotent, trop d’exigences de part et d’autre. D’autres sources affirment que le Président Albert René des Seychelles et Paul Vergès, Secrétaire Général du Parti Communiste Réunionnais favorisent ce rapprochement. Le PMSD est jeté du gouvernement en décembre 1973. Le Parlement est dissout en novembre 1976. Le PTr et le MMM iront séparément aux élections pour évaluer leur force réelle. Le 20 décembre 1976 le MMM sort des urnes avec une nette victoire, 46% des voix et 34 sièges. Ramgoolam bloque les résultats de son fief, le no. 5 Pamplemousses-Triolet jusqu’au lendemain pour jouer la montre et négocier. Neuf jours plus tard chacun considérant inacceptables les conditions de l’autre, c’est un nouvel échec. Ramgoolam rappelle Duval. Ils inaugurent ensemble, la Coalition II. « Le MMM décida de constituer l’Opposition Parlementaire pour forcer un virage à gauche du Parti Travailliste » -in « L’Histoire d’un Combat, MMM 1969-1983 ».
Paul Bérenger a un lien fort avec le PTr et par voie de conséquences avec les Ramgoolam. Il est toujours prévenant avec Seewoosagur Ramgoolam. Dans la rue il crie, mais à chaque négociation syndicale avec le Premier Ministre, il s’informe avant auprès des fonctionnaires, de sa santé, de son humeur du jour. Il s’adresse à lui par des « Monsieur le Premier Ministre » ou « Docteur ». Il lui témoigne du respect, de la déférence même, plus que nécessaire dans des « rapports civilisés » de démocrate et de légaliste qu’il est, jusqu’au bout de l’extrémité du dernier poil de la moustache. Une ligne de communication reste toujours ouverte, à travers la tendance pro-travailliste à l’intérieur du MMM, même si rien n’avance. Sur le terrain ils se battent encore. Depuis un moment déjà Aneerood Jugnauth ancien IFB, ancien Ministre de Ramgoolam est positionné face à ce dernier pour l’enrager, dans le fauteuil de futur Premier Ministre du MMM. Les vieilles rancunes, les rancoeurs, les méfiances et les haines réciproques, Ramgoolam-Bissoondoyal, sont encore vives. Le joker sera le Harish Boodhoo en rupture de ban pour raisons personnelles, avec le PTr, mais pas avec Ramgoolam. Faute d’un arrangement avec Ramgoolam, Bérenger labourera le terrain pour faire émerger le PSM fractionniste qui prétendait vouloir réformer le PTR par un retour au socialisme. Il utilisera ce pis aller travailliste comme garantie supplémentaire à la communauté majoritaire. Il se rétrogradera au niveau trois, pour accommoder Harish Boodhoo comme Vice-Premier Ministre. Arriva ce qui était prévu, la Cassure de 1983. Paul Bérenger avait lui-même inoculé la maladie dans le gouvernement de 1982. Le PTr est exsangue, mais rescapé par Jugnauth il revient aux affaires aux législatives la même année.
Deuxième Période de Rapprochement
L’entrée en politique de Navin Ramgoolam ravive l’espoir de Paul Bérenger dans un PTr rajeuni, régénéré qui fera son retour aux sources. Il le cajolera, lui tenant la main durant son apprentissage politique. Les contacts de River Walk entraînent l’expulsion de Paul Bérenger et du MMM du Gouvernement Jugnauth élu en 1991. L’Alliance PTr/MMM accède au pouvoir en 1995, matérialisant le Vieux Rêve d’Union Sacrée de Paul Bérenger. Il déchantera rapidement. Navin Ramgoolam est un Autocrate, il ne cède pas une once de son pouvoir. Exit Bérenger. Nous connaissons la suite, les tractations et les réactualisations, sans cesse remises à plat, pour une Union Sacrée PTr/MMM ne s’arrêtent jamais. « Tout espoir… n’est visiblement pas perdu. On parlait ce matin de reprise de contact… », JMP – in Le Mauricien, 30 avril 2014.
Conclusion
Quelle est l’utilité de comprendre cela ? D’abord si c’était clair dans la tête du citoyen, nous aurions fait l’économie de l’hystérie généralisée et du temps perdu. On devrait savoir, depuis le temps, que cela constitue le pan essentiel du Dogme Politique du Bérengerisme. Ce n’est pas péjoratif, il y a un Dogme, une Doctrine Politique Bérengeriste composé d’un ensemble de principes, d’une pensée politique particulière, basée sur ce qu’il convient de qualifier de protohistorique. De ce Dogme découlent la tactique et la stratégie qui ont gouverné sa confrontation aux trois Chefs politiques, nommément Seewoosagur Ramgoolam, Gaëtan Duval, Aneerood Jugnauth et les différents conflits, idéologiques et de personnalités, internes au MMM, quarante-cinq années durant. C’est autour de ce Dogme que s’est forgé un courant politique qui appelle l’adhésion, ou la répulsion, au MMM et à Paul Bérenger. C’est sur cette Doctrine qu’il a fait taire les contradictions au MMM, affirmé son autorité et façonne le Parti à l’idée qu’il se fait du pays et de son avenir. C’est un constat. Personne ne peut nier que ce courant politique et son inventeur sont des incontournables. L’autre dimension de ce Dogme est ce que certains, incapables de lire les données politiques et croyant faire de l’ironie, appellent communalisme scientifique. Le terme approprié est Real Politik, le réalisme politique de ce Dogme, la Mathématique des Communautés. C’est-à-dire intérioriser la composition en communautés du pays, entendue comme un acquis positif. Communauté étant le terme générique de dénomination des ascendances, des origines, et des religions liées aux Pays de Peuplement, Nation Arc-en-ciel. A contrario communalisme sous-entend, qui favorise sa communauté. Personne ne peut honnêtement apporter une seule preuve irréfutable d’un acte communal de Paul Bérenger, reconnaissez-lui au moins cela, comme on ne peut nier son respect indéfectible aux institutions, son attachement à la Démocratie Parlementaire. Ceci étant, tout doit donc prendre en compte cet acquis, par un partage équitable et proportionnel des biens, des richesses et de la représentation du pays, notamment dans la Hiérarchie des structures politiques de l’État, établi par la pratique et non inscrit dans la Constitution, d’où sa volonté d’une Réforme Électorale qui aménage un espace de représentation démocratique des communautés.
L’autre aspect de ce Dogme c’est l’économie. Le MMM, sous l’impulsion de Paul Bérenger, est passé d’un projet économique collectiviste marxiste pour aboutir aujourd’hui à la Social Démocratie. Cela appelle une autre analyse.
On comprend ainsi que les actes politiques de Paul Bérenger, ou de tout autre leader, engagent le pays, que ça influe, qu’on le veuille ou non, sur notre vie quotidienne, notre devenir, notre mode de vie et notre modèle social. Et cela durera aussi longtemps qu’il sera un acteur de la scène politique nationale, comme les autres chefs politiques et ceux qui leur succéderont.
Tout ce qui est écrit là n’est pas une opinion, ni le témoignage d’une adhésion ou non, à ce qu’est le Bérengerisme. C’est une analyse d’un système de pensée et de son application pratique dans le champ politique national.
 
Cascadelle, ce 1er Mai 2014.
*Nécropsie (ancien et vieilli) synonyme : autopsie.
PS : Suite à l’article « L’Hystérie et les Faits » -in Le Mauricien, 24 avril 2014, des échos lointains et presqu’inaudibles, de lamentations sont parvenus jusqu’ici, venant d’un de ces « … égarés dans les coulisses de l’Histoire … », dont il convient de taire le nom. Il n’a jamais eu de prise sur l’Histoire. Laissons-le errer sur Facebook, Fantôme hantant les Abîmes jusqu’à la Fin des Temps, c’est le seul remède contre son mal incurable. Il est inutile et dérisoire de s’enfoncer dans les Limbes avec lui.