« Le prochain budget ne sera qu’un coup d’épée dans l’eau et n’empêchera pas le pays de s’empêtrer dans la crise », a dit, hier, Paul Bérenger, leader de l’Opposition et du MMM. Pour lui, ce qu’il convient c’est l’installation à la tête du pays d’une nouvelle équipe ministérielle; l’actuelle équipe économique du gouvernement étant, selon lui, « dépassée » et « incompétente. » « Il nous faut un nouvel élan national au moyen de nouvelles initiatives économiques en vue de la constitution de nouveaux pôles de développement », a-t-il dit lors de sa conférence de presse hebdomadaire. Au sujet de la réforme électorale, Paul Bérenger déclare que la balle est désormais dans le camp du Premier ministre et leader du PTr. Il confirme, à ce propos, que son adjoint Alan Ganoo rencontrera de nouveau Navin Ramgoolam, cette semaine, pour faire le point sur toute la question.
Le leader du MMM explique que son parti a prévu « depuis des siècles » que la crise économique en Europe et aux Etats-Unis ira en s’empirant. « Nous avons, de même, ajoute-t-il, longtemps accusé le gouvernement de ne pas préparer le pays à y faire face tout en tirant parallèlement la sonnette d’alarme par rapport au niveau d’endettement des entreprises des secteurs tels l’hôtellerie, la construction, le textile et les PME. » Il souligne que les dirigeants de l’Opposition avaient alors été traités par le ministre des Finances, Xavier Duval, de « prophètes de malheur. »
Il poursuit que, maintenant, le gouverneur de la Banque de Maurice (BoM), Rhundeersing Bheenick, exprime sa profonde préoccupation par rapport à l’endettement du secteur privé et à l’augmentation conséquente des mauvaises créances auprès des banques commerciales. Paul Bérenger rappelle que, lors de la présentation du dernier budget, Xavier Duval avait fait une prévision de croissance de 4% pour l’année en cours. Or, souligne-t-il, les dernières estimations laissent entrevoir que cette croissance ne sera que très légèrement au-dessus de 3%, voire, à un taux inférieur, selon certains analystes.
Il évoque les « grands effets d’annonce » qui avaient accompagné la présentation du dernier budget: constitution d’un Resilience Fund de Rs 7 milliards; fonds « révolutionnaire » de Rs 3 milliards mis en place par les banques commerciales pour venir en aide aux PME; reconversion de la Banque de Développement (DBM) en une banque des PME; mise en place du cadre nécessaire en vue de la production de l’éthanol; démarrage des projets de métro léger et du Harbour Bridge, entre autres. Le leader de l’Opposition souligne que pas une seule de ces diverses mesures annoncées n’a réellement abouti.
Il ironise devant l’annonce faite, cette fois, par le ministre des Finances à l’effet  que la Land-Based Oceanic Industry, projet longtemps évoqué, constituera le gros morceau du prochain budget. Pour M. Bérenger, le nouveau budget 2013 ne sera qu' »un coup d’épée dans l’eau qui n’empêchera pas le pays de s’empêtrer dans la crise. » Pour lui, ce qui est le plus « dramatique », c’est que l’équipe économique du gouvernement est « dépassée » et « incompétente. » Il ajoute à cela le fait que, dans les corps para-étatiques et autres compagnies d’Etat, dont le Central Electricity Board (CEB), se retrouvent « des petits copains tout aussi incompétents. »
Corps para-étatique: « Grand coup de balai »
Aussi, pour lui, ce qu’il convient face à la crise est l’installation, à la tête du pays, d’une nouvelle équipe ministérielle avec parallèlement, « un grand coup de balai dans les corps para-étatiques et les compagnies d’Etat. » « Il nous faut, déclare Paul Bérenger, un nouvel élan national, de nouvelles idées économiques et de nouvelles initiatives en vue de la relance de nouveaux pôles de développement, comme ce fut le cas entre 2000 et 2005. » Pour lui, en effet, c’est quand le MMM était, pour la dernière fois, au pouvoir que de nouveaux secteurs économiques tels les Technologies de l’Information et de la Communication ou le Seafood Hub ont été mis en place.
Paul Bérenger trouve qu’il est évident que le secteur privé n’a plus aucune confiance dans l’équipe économique du gouvernement. Il en veut pour preuve une déclaration, selon lui, sans équivoque du directeur du Joint Economic Council (JEC), Raj Makoon, « pourtant connu pour sa diplomatie », dans un hebdomadaire, hier matin, indiquant que Maurice a besoin d’une « politique économique dynamique. » Estimant que Xavier Duval « n’a jamais démarré » en tant que ministre des Finances, le leader de l’Opposition demande son départ de ce ministère et, encore plus, celui de Michaël Sik Yuen du Tourisme et de Jim Seetaram aux PME.
Au sujet du projet de réforme électorale, le leader du MMM confirme que son adjoint Alan Ganoo a, cette semaine, officiellement présenté au PM et leader du PTr, Navin Ramgoolam la nouvelle proposition de son parti qui, souligne-t-il, « vise à rassurer l’ensemble des communautés. » « Si, indique Paul Bérenger, le PM vient avec une formule qui ne sera pas rassurante pour toutes les communautés, il ne disposera pas d’une majorité des trois quarts à l’Assemblée nationale pour la faire adopter. »
« La balle est dans le camp de Navin Ramgoolam », estime le leader de l’Opposition qui confirme aussi qu’Alan Ganoo rencontrera de nouveau le chef du gouvernement au courant de cette semaine pour faire le point sur toute la question. Interrogé quant à la première réaction du PM après que le leader-adjoint du MMM lui a transmis la proposition de ce parti, Paul Bérenger indique que la réaction de Navin Ramgoolam « n’a pas été négative » bien qu’il concède que le chef du gouvernement n’a pas, pour autant, agréé à la proposition faite.
« Rien de nouveau aux réserves de Ramgoolam »
Quant aux réserves du PM évoquées dans la presse à propos du fait que les 20+8 députés à être ultérieurement désignés après l’élection des 62 élus au scrutin majoritaire sont susceptibles de déstabiliser les résultats au First Past The Post (FPTP), Paul Bérenger, qui dit ne pas nécessairement partager cette opinion, explique qu’il n’y a « rien de nouveau » sous ce rapport tant du côté de Navin Ramgoolam que de celui de sir Anerood Jugnauth.
Il n’écarte pas la possibilité que, pour mettre tout le monde d’accord, l’on puisse envisager une diminution des 20 députés à être désignés à la proportionnelle. Il souligne, d’autre part, que sir Seewoosagur Ramgoolam et les autres dirigeants politiques de l’époque avaient des raisons sérieuses d’opter pour un parlement de 70 députés en dépit de notre petite population qui est loin de se comparer, par exemple, à celle de l’Inde. « Entre temps, rappelle-t-il, cette population a doublé. » Le leader du MMM, qui dit « souhaiter se tromper », craint encore qu’en fin de compte, le PM ne se dérobe sur toute cette question de réforme électorale.
Quant à la tenue des élections municipales, Paul Bérenger souhaite que le  président de la République publie, au plus vite, la nouvelle réglementation devant régir son organisation de même que la publication des writs of elections. « Le Remake de 2000 est plus que prêt pour affronter ces élections », assure-t-il. Et d’indiquer que la campagne électorale du côté de l’Opposition démarrera dès que ces writs auront été publiés. « Nous sommes sûrs d’une grande victoire », déclare le leader du MMM.
Paul Bérenger trouve, d’autre part, que rien n’illustre mieux « l’incompétence » du gouvernement PTr/PMSD que le cas des marchands de rue. « Je leur demande de garder confiance car c’est nous qui allons remporter les municipales », dit-il. Le leader du MMM accuse, enfin, le ministre Abu Kasennally de ne pas dire la vérité dans l’affaire de l’habitant de sa circonscription arrêté par la police pour une affaire de contravention non payée.