Le leader du MMM, Paul Bérenger, a réclamé samedi la publication de la nouvelle législation concernant la réforme électorale à Rodrigues, qui a été préparée par le Parquet sur instructions du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth. Il a déploré que cette nouvelle législation ait été préparée à la veille des prochaines élections à Rodrigues. Il a fait de nouvelles propositions pour Rodrigues mais estime qu’il revient aux Rodriguais de se prononcer. Paul Bérenger affirme avoir déjà discuté avec le leader du Mouvement Rodriguais, Nicolas Von-Mally, et devrait en faire de même avec le Chef commissaire et leader de l’OPR, Serge Clair, cette semaine.
Paul Bérenger a décidé de consacrer sa conférence de presse de samedi dernier, à l’hôtel Hennessy, uniquement à la réforme électorale en raison, dit-il, de « la complexité de ce dossier » et a ainsi refusé de traiter les autres sujets d’actualité, dont les Chagos « afin de ne pas détourner l’attention ». Il a, au début de sa conférence de presse, condamné l’attentat de Nice et a présenté sa sympathie aux autorités françaises de même qu’aux parents et amis des victimes. Il s’est montré par la suite « très critique » vis-à-vis du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, en raison de ses déclarations concernant le système électoral à Rodrigues lors de sa visite officielle dans l’île la semaine dernière. Paul Bérenger a qualifié de « bêtise » la déclaration de sir Anerood Jugnauth, « qui a fait croire qu’avec une dose de proportionnelle la minorité peut devenir la majorité ».
Le leader du MMM a également déploré que le Parquet ait préparé la nouvelle législation sur ordre du Premier ministre sans consulter la Commission électorale et que le gouvernement souhaite aller de l’avant avec cette législation à la veille des prochaines élections régionales à Rodrigues. « Ce n’est pas bon », soutient-il. Et d’affirmer ne pas connaître le rôle qu’aurait pu jouer le comité présidé par Xavier-Luc Duval dans le cadre de la préparation de cette législation. Paul Bérenger a rappelé que le comité ministériel, consacré à la réforme électorale et présidé par le Premier ministre adjoint, a, parmi ses attributions, permis l’introduction d’une dose de proportionnelle ainsi que des amendements au système électoral à Rodrigues. Par conséquent, il a réclamé que le projet de texte de loi soit rendu public.
Le leader de l’opposition a rappelé qu’au terme d’une étude approfondie, l’ex-juge Robert Ahnee, chargé de rédiger la loi sur l’autonomie de Rodrigues, avait proposé 12 élus au niveau des circonscriptions et six membres nommés à la proportionnelle. Cette proposition avait été faite à la suite de recherches menées par Antoinette Prudence et Robert Ahnee jusqu’à Trinité-et-Tobago. En guise de précaution additionnelle, Robert Ahnee avait recommandé l’introduction dans la Regional Assembly Act d’une clause prévoyant qu’un parti ayant obtenu une majorité au niveau des circonscriptions doit constituer une majorité à l’Assemblée régionale. « La loi prévoit que deux ou trois membres peuvent être nommés afin que cet équilibre soit maintenu après la nomination des membres à la proportionnelle », a souligné Paul Bérenger. « La loi prévoit qu’un, deux ou trois peuvent être nommés pour rétablir la majorité ». C’est ainsi que, lors des dernières élections, l’OPR avait nommé trois membres supplémentaires à l’Assemblée régionale afin de rétablir sa majorité. « Il est donc faux que la minorité puisse devenir la majorité à l’Assemblée régionale de Rodrigues. Si Serge Clair a perdu, à un moment, sa majorité, ce n’est pas à cause du système électoral mais à cause de sa manière de faire qui avait fait que deux membres de l’OPR s’étaient joints à l’opposition ».
Toutefois, afin d’améliorer le système électoral de Rodrigues, Paul Bérenger reconnaît qu’une augmentation du nombre d’élus par circonscription serait nécessaire et que ce nombre peut être porté à 18 en maintenant la proportionnelle, comme c’est le cas actuellement. La solution, estime Paul Bérenger, bien qu’il revienne aux Rodriguais de décider, est d’amener le nombre d’élus à 18 par région au lieu de 12 et de maintenir le nombre choisi à la proportionnelle. Il estime également que la proposition gouvernementale d’élire 18 membres et par la suite d’allouer deux nouveaux membres à la majorité et à la minorité « comprend des failles ». « Que se passera-t-il si la majorité et l’opposition obtiennent chacune neuf membres lors des élections au niveau des circonscriptions ? N’y aurait-il pas un blocage après la nomination de deux membres prévus pour la majorité et l’opposition ? Il n’est pas exclu qu’un parti obtienne 18 membres lors de ces élections. Comment procéder à la nomination des membres de l’opposition ? D’où l’importance que ces réformes soient effectuées dans le dialogue avec les Rodriguais », affirme le leader de l’opposition.
Concernant la réforme électorale à Maurice, Paul Bérenger a expliqué que le MMM préconise l’élection de 63 députés et d’un nombre variant entre 10 et 25 à la proportionnelle à la lumière des discussions entre les partis. La proportionnelle devrait comprendre un mécanisme pour remplacer les best losers et pour rassurer ceux qui craignent que telle ou telle communauté puisse se retrouver sans élus. De plus, les candidats ne devraient pas être obligés de déclarer leur communauté. « Ce sera alors un grand pas en avant en termes d’unité nationale ». Pour Paul Bérenger, toutes ces questions doivent être discutées à tête reposée en tirant des leçons sur l’expérience au niveau mondial. Il a exprimé ses doutes quant à l’introduction d’une réforme électorale sous le gouvernement dirigé par SAJ. « Je suis convaincu qu’une réforme électorale ne sera possible que durant l’après SAJ », dit-il.