« Il faut tout entreprendre pour sauver Air Mauritius et empêcher que la compagnie nationale d’aviation ne soit contrainte de se tourner vers un partenaire stratégique » : propos de Paul Bérenger, leader de l’opposition et du MMM. Paul Bérenger qui trouve qu’il convient au sein de cette compagnie de mettre, « hommes ou femmes ; the right people in the right place ». Il déclare « pouvoir se permettre de dire », dans la présente situation, qu’il serait souhaitable que l’on ait un recours éventuel à l’ancien CEO Megh Pillay. « Mais il est probablement trop tard et je doute aussi que ce dernier soit particulièrement emballé pour ce poste », dit-il. Avant d’évoquer l’état d’esprit du personnel, d’autant que, dit-il, la direction a « pris bien soin de ne donner aucune garantie qu’il n’y aurait pas de licenciements ».
Pour M. Bérenger, le fait que la compagnie nationale d’aviation soit, selon lui, en menace de faillite constitue « tout un symbole ». « Si l’on est arrivé là, c’est la faute à Navin Ramgoolam en raison de la manière dont il a traité la compagnie depuis 2005 ». Pour lui, la question qui se pose désormais est : « what next ? » Le leader de l’opposition rappelle comment il a depuis longtemps « insisté » sur le fait que tout cela « finirait mal ». « L’on est même allé jusqu’à dénicher un phénomène en Australie (NDLR : pour diriger Air Mauritius) pour que, après ses délires, il s’en aille sans avoir à rendre le moindre compte ! »
Paul Bérenger soutient aussi que des personnes nommées sous le présent régime à la tête de la compagnie lui ont fait perdre « des milliards » en termes de « hedging ». Le leader de l’opposition, qui accuse le chef du gouvernement d’agir envers Air Mauritius « comme si c’était son jouet personnel », cite aussi le fait que c’est encore un intérimaire étranger « sous contrat renouvelable mensuellement » et qui a dû, à l’époque, allègue-t-il, « quitter la South African Airways (SAA) under cloud », qui dirige toujours la compagnie.
Il trouve de même que si le président du conseil d’administration d’Air Mauritius est un « charmant bon vivant », il ne connaîtrait rien, selon M. Bérenger, du monde de l’aviation civile et ne peut être que un « wrong man in the wrong place ». « Par la faute de Navin Ramgoolam et de ses nominés, Air Mauritius aura certainement besoin de se tourner en catastrophe vers un partenaire stratégique. » Il note au passage que la direction de la compagnie d’aviation a « pris bien soin » de ne donner aux salariés aucune garantie qu’il n’y aurait pas de licenciements. « Et l’on peut imaginer l’état d’esprit du personnel ».
M. Bérenger appelle à la plus grande prudence dans la manière de procéder quant au recours éventuel à un partenaire stratégique. Il soutient que, selon ses informations, Air France serait sur les rangs alors que, affirme-t-il, Qartar Airlines « n’est plus intéressé ». « Il faut tout faire pour éviter un recours à un partenaire stratégique », martelle-t-il. M. Bérenger qui, dans la présente condition, estime pouvoir « se permettre de dire » qu’un éventuel recours de l’ancien directeur d’Air Mauritius présentement directeur de la State Trading Corporation (STC), Megh Pillay, serait susceptible de « sauver la situation ».
« Hommes ou femmes, choisir the right people »
« Mais il est probablement trop tard », ajoute tout de suite Paul Bérenger. « Il nous faut the right people in the right place », insiste le leader de l’opposition, qui précise que cela pourrait être des hommes comme des femmes. Il dit aussi douter que Megh Pillay soit particulièrement emballé pour « venir s’asseoir sur le volcan du hedging laissé derrière » à Air Mauritius où, dit-il, il convient de « tout revoir », tant à la direction qu’au niveau du conseil d’administration.
Le leader de l’opposition revient aussi avec le dossier du Traité de Non-double Imposition liant l’Inde et Maurice et dénonce ce qu’il considère être la manière « inacceptable » dont cette question de Double Taxation Avoidance Treaty (DTAT) a été traitée par le gouvernement dans le cadre de la récente visite officielle du Premier ministre dans la Grande Péninsule. Il explique qu’à son retour, le vendredi 10 février dernier, Navin Ramgoolam a donné l’impression que tout allait pour le mieux pour ce dossier.
Il trouve toutefois « choquant » que, deux jours seulement après, le directeur du Central Bureau of Investigation (CBI) indien, M.A.P. Singh, dans son intervention au 1st Interpol Global Programme on Anti-Corruption à New Delhi, a fait une « déclaration fracassante » laissant entendre que certains citoyens indiens déposent illégalement quelque $ 500 milliards dans des paradis fiscaux étrangers.
Il reprend notamment une dépêche de BBC News India en date du 13 février disant, entre autres, que selon M. Singh « funds were being sent to tax havens such as Mauritius, Switzerland, Lichtenstein and British Virgin Islands among others (…)  » Paul Bérenger explique que, alors que dans The Hindu du 16 février l’ambassade suisse à New Delhi a vite, démenti la nouvelle à l’effet que la Suisse serait un paradis fiscal, « Maurice semble, elle, ne pas avoir d’ambassade en Inde » en vue de démentir éventuellement ces allégations.
Lesquelles allégations faites par le chef de l’agence fédérale indienne d’investigation sur la base d’un « report prepared and submitted by a committee appointed by the Supreme Court » d’Inde, selon The Hindu toujours, explique le leader de l’opposition. Ce dernier s’insurge ainsi du fait que le ministre des Finances, Xavier Duval, « finn rest lor poto » et n’était pas membre de la délégation premier-ministérielle s’étant rendue en Inde alors que, déclare-t-il, le ministre du Commerce et de l’Industrie, Kader Sayed-Hossen, qui a parlé à la presse en son adsence, a « dit n’importe quoi ». Interrogé quant aux motivations des Indiens dans leurs attaques contre le DTAT liant leur pays au nôtre, Paul Bérenger dit simplement qu’il n’est pas « prêt à faire un procès d’intention à l’Inde, un pays qui nous a énormément aidés depuis l’Indépendance ».
« Remake de 2000 : vote secret au comité central le 3 mars »
Évoquant par ailleurs de nouveau la question de l’éventuel « remake » de l’Alliance MSM-MMM de 2000, le leader « mauve » rappelle d’abord que le Bureau politique (BP) de son parti a déjà voté, « à l’unanimité », le principe d’une telle alliance. Il explique qu’après que ce sujet a été discuté de fond en comble au comité central (CC) du MMM durant ses trois dernières réunions successives, il était question que cette possibilité de nouvelle alliance MSM-MMM sur le modèle de celui de 2000, à savoir un partage du poste de Premier ministre trois ans-deux ans entre sir Anerood Jugnauth et lui-même, soit soumis à un vote secret des membres du CC mauve hier, samedi.
Toutefois, explique M. Bérenger, cet exercice a été repoussé pour dans deux semaines, « par respect pour la fête Maha Shivaratree plus précisément, à la prochaine réunion de cette instance du MMM le samedi 3 mars. »Il s’agira d’un vote de principe. » Et d’insister sur le fait que ce scrutin se fera « à bulletin secret » et ne concernera que les 40 membres du CC officiellement élus et non ceux cooptés par le leader. « Ce sera un nouvel exemple de démocratie interne au sein de notre parti ».
Interrogé, Paul Bérenger soutient qu’il est faux de penser que, du moins au niveau de son parti, l’on se serait toujours fixé pour seul objectif que de n’arriver au pouvoir sans penser à la suite. « Le MMM n’est pas intéressé à être au gouvernement pour faire n’importe quoi », insiste-t-il. Pour le leader de ce parti, en effet, si tel était le cas, le MMM aurait été déjà « depuis longtemps, au gouvernement ». « Notre programme se résume en trois mots : nettoyer, méritocratiser et démocratiser. »
« Nettoyer tout ce qui est fraude et corruption ; en finir, au moyen de la méritocratie avec les passe-droits, notamment au niveau des recrutements et des promotions tant dans la Fonction publique que dans le secteur privé et ; démocratiser par le biais d’une bonne réforme électorale la refonte de la MBC et l’avènement des télévisions privées, entre autres. »
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NOUVELLE DÉLIMITATION DES « WARDS » MUNICIPAUX: « Il y a bien eu gerrymandering et tripotages » a souligné Bérenger
Après la décision du MSM de demander au président de la République de reconsidérer la nouvelle délimitation des arrondissements municipaux dans la perspective de la tenue de nouvelles municipales selon les dispositions de la nouvelle loi sur les Administrations régionales, Paul Bérenger réitère qu’il y a, bel est bien, eu « gerrymandering » et « tripotages » par rapport à cet exercice. Il demande, de nouveau, à la Commission électorale de préciser si, comme l’affirme le ministre Hervé Aimée, elle a été mêlée à cet exercice.
M. Bérenger explique, d’abord, que son parti prendra le temps d’étudier le « volumineux » document remis par le MSM au président de la République, au courant de la semaine, au sujet de la nouvelle délimitation des arrondissements municipaux dans la perspective de la tenue de nouvelle municipales selon le nouveau Local Government Act (LGA).
Il réitère, toutefois, déjà, ce qu’il avait déclaré lors des débats à l’Assemblée nationale à l’effet qu’il y aurait bien eu « gerrymandering » et « tripotages » à l’avantage du gouvernement du jour lors de cet exercice de nouvelle délimitation des arrondissements. Ce qui, pour lui, équivaut à un « recul de la démocratie ».
Paul Bérenger explique que la LGA de 2003, « une bonne législation », prévoyait que lors de tels exercices, c’est le président de la République qui procède à cette délimitation et qu’un avis est publié dans la Govarnment Gazette ainsi que dans les journaux appelant les parties concernées et le public, en général, à débattre de la question.
Ce n’est qu’après cela, dit-il, que le président de la République, en consultation avec l’Electoral Supervisory Commission (ESC) publie les arrondissements, ainsi, nouvellement modifiés.
Contrairement à cela, déclare-t-il, le ministre des Administrations régionales, Hervé Aimée, aurait « comploté pour qu’il y ait gerrymandering ». Le leader de l’opposition dit « noter, de nouveau », que le ministre affirme que la Commission électorale a été mêlée à cet exercice.
Aussi, « pour le bien du pays et de la démocratie », il demande à la Commission de « préciser les choses ». M. Bérenger réitère l’importance de cette Commission « dans tout pays démocratique » pour le bon fonctionnement des institutions. Il critique aussi le ministre Aimée qui, déclare le leader de l’opposition « s’érige en expert constitutionnel pour faire la leçon au président de la République ».
Tout cela dit, Paul Bérenger explique que le MMM, en dépit du fait qu’il y a bien eu, selon ce parti, « gerrymandering » et « viol de la Constitution » a choisi de ne pas demander au président de la République de revoir la délimitation de ces « wards » dans la mesure où il ne voulait pas qu’un tel exercice soit servi comme « prétexte à Navin Ramgoolam » pour retarder, encore, l’échéance municipale.
Aussi, le leader de l’opposition demande au président de la République de, « with due respect », procéder le plus rapidement qu’il peut à une nouvelle délimitation de ces arrondissements « si tel est son souhait ». Paul Bérenger qui prévoit qu’à ce niveau, sir Anerood Jugnauth, connu pour son légalisme ira selon « the letter of the law ».