Après la rupture, vient le temps des discussions. Aux mieux, des retrouvailles. Le scénario n’a pas changé depuis des décennies. Après s’être regardés en chien de faïence jusqu’à encore récemment, les leaders du MMM et du MSM, respectivement, s’apprécient depuis jeudi dernier. Et sont même à l’aise ensemble. Dans le paysage politique où tout est possible, les surprises n’en sont plus. Ce changement de mood et de ton n’est pas sans agacer certains, convaincus que hormis la réforme électorale — sujet principal qui serait au centre de la rencontre entre les deux leaders des deux partis —, on a aussi parlé d’alliance et d’avenir…
Il ne manquait plus que le champagne pour compléter l’ambiance et célébrer l’évènement, jeudi dernier. La rencontre politique entre le leader de l’opposition et du MMM, Paul Bérénger et celui du MSM, Pravind Jugnauth, était loin d’être qu’une consultation. Dans ce climat politique fragilisé par une cassure prévisible, les circonstances qui ont conduit les deux hommes à se revoir étaient particulières. Donc, au-delà d’une rencontre politique, les deux ex-partenaires et ennemis d’hier se sont, ce jeudi-là, retrouvés. Et les retrouvailles se sont très bien passées. Une bonne raison pour sabrer le champagne. Entre eux, plus question — du moins jusqu’à l’heure — de « Ti Crétin », de « moustas », et encore… Même si à la sortie de la suite présidentielle — d’un hôtel de la capitale, témoin de leurs retrouvailles — ils ne sont pas redevenus « frères », ils sont tellement « à l’aise » ensemble, qu’ils ont donné l’impression qu’ils pourraient, bientôt, renouer avec ce lien fraternel. C’est ça la politique. En mai 2010, ils se sont détestés, insultés, regardé en chien de faïence, méprisés et se sont moqués l’un de l’autre. En août 2011, ils se retrouvent et s’apprécient. On peut en rire. La politique locale, ces dernières semaines, ressemblait à une comédie burlesque. Mais on peut aussi s’énerver et perdre patience, car la politique est une chose sérieuse avec laquelle on ne devrait pas badiner. Ainsi, jeudi dernier, les deux leaders politique, de bonne humeur et visiblement heureux, se sont retrouvés pour parler de la réforme électorale. Sujet sérieux. Très sérieux même. Ils n’ont parlé quasiment que de cela… C’est ce qu’ils ont déclaré à l’issue de leurs retrouvailles!
R.Bundhun: « En politique, on ne parle jamais des vrais raisons d’une rencontre »
« La réforme électorale a servi de paravent dans cette rencontre. Réform élektoral inn vinn enn pion dan negosiasyon politik! », pense tout haut Alain Ah-Vee de Lalit. Pourtant, dit-il, la réforme électorale est un sujet qu’il faut absolument aborder si Maurice veut changer son système électoral. « Et il n’y a pas ‘un’ moment précis où il faut parler de cette question, car la réforme électorale est un sujet récurrent », ajoute-t-il. Democracy Watch, par la voix de Raouf Bundhun, s’aligne sur les derniers propos d’Alain Ah-Vee. « C’est maintenant qu’il faut parler de la réforme électorale. Pas dans quatre ans, à la veille des élections générales. Cette
question a été depuis longtemps à l’ordre du jour pour Bérenger », dit Raouf Bundhun. Mais lui qui connaît si bien le giron, pense-t-il que la réforme électorale était le seul item à l’agenda lors du rendez-vous des deux leaders? « En politique, on ne parle jamais des vraies raisons d’une rencontre », répond-t-il. « Ces retrouvailles étaient inévitables », commente de son côté Chit Dukira, de Selex, plate-forme pour la promotion de l’interculturalité. « L’ennemi de notre ennemi est notre allié », dit-il en laissant  comprendre qu’avec les nouvelles donnes, le MSM peut s’avérer être un allié pour le MMM. Les tractations pour une alliance MSM/MMM ou MMM/Ptr ont déjà commencé. Celles-ci sont qualifiées de honteuses par Jimmy Harmon, de l’Institut Cardinal Jean Margéot. « La classe politique se donne en spectacle! Il y a des discussions en chambre, suivies de poses photos pour la presse. Nous assistons à une décadence de la politique. C’est une honte! », scande ce dernier.