Qui ne rêverait pas d’avoir un dressing bien rempli? Vêtements griffés, sacs de toutes sortes, accessoires de mode pour toutes les sorties, outils technologiques dernier cri, bref, posséder tout ce qu’il faut pour « être à la mode ». Mais pour avoir une garde-robe fashion, il faut un budget suffisamment grand pour s’offrir les dernières tendances… Attention cependant à ne pas tomber dans la catégorie des fashion victimes. Pour décortiquer cet univers qui fait tant rêver, la mode, nous avons fait appel à des professionnelles: la jeune et talentueuse styliste mauricienne Annabelle Fleury, et la psychologue-clinicienne Véronique Wan Hok Chee.
« Être à la mode, c’est pouvoir suivre la tendance sans la suivre aveuglément », indique la styliste avant de poursuivre, « Il existe deux sortes de personnes: les fashionistas — celles qui suivent la mode en adoptant un style qui leur convient et en faisant de sorte à ce que leur style soit adapté à leur personnalité. Les fashion victimes, quant à elles, suivent la mode aveuglément. » Selon l’auteure du livre How to Spot a Fahion Victim, Diana Pemberton-Sikes * la victime de la mode se reconnaît à trois éléments principaux : elle porte des vêtements à la mode même si ceux-ci sont disgracieux, elle accumule les pièces de mode souvent de façon compulsive, et elle est capable d’aller à l’encontre de la saison sous prétexte de s’afficher (bottes fourrées l’été ou jambes nues l’hiver, par exemple).
Victimes? De quelle façon?
Les fashion victims le sont parce qu’elles sont vulnérables au « faddishness » (elles ne vivent que selon les modes) et au matérialisme: les deux excès couramment reconnus de la mode, faisant que les victimes de la mode soient à la merci des intérêts commerciaux de l’industrie de la mode, ou des préjugés (le regard des autres, la pression de groupe…) ou des deux à la fois. Pour suivre une mode, cela dépend de beaucoup de choses : le climat du pays, la morphologie, la personnalité et même la culture… Il ne faut donc pas oublier ces règles de base et pas oublier non plus qu’on est à Maurice et que ce qui est tendance en Europe ne nous correspond pas forcément. Annabelle Fleury explique que les jeunes à Maurice ont plus tendance à s’inspirer de ce que portent les stars, ce qu’on appelle la « mode de rue », que celle du catwalk, qui est d’un autre niveau.
Quand mode rime avec temps et argent
Avec cette quantité grandissante de centres commerciaux et de boutiques de vêtements prêts-à-porter, qui ne serait pas tenté? Pour certaines personnes, suivre la mode devient carrément un mode de vie. S’informer constamment sur les dernières tendances, aller faire les magasins,… la mode, ça demande du temps! Et de l’argent. Même si pour cela on finit par vider les poches de papa et maman. Aussi, quand on pense mode, on pense taille fine, jambes élancées, corps de rêve. Et si on ne rentre pas dans une taille 36, on finit par se mettre la pression, et on peut même tomber dans une dépression. « Il survient donc un décalage entre le besoin — qui est la priorité — et le désir », explique Véronique Wan, psychologue. « La mode fait aussi partie d’un fantasme qu’on veut concrétiser. Suivre la mode, c’est pour beaucoup de gens une façon de rester ou de se sentir jeune. »
La mode crée d’autres types de victimes : les fillettes, qui n’ont pas encore atteint l’âge de l’adolescence et qui portent des talons hauts, du maquillage et tout autre accessoire de mode que porte généralement maman. Pour Véronique Wan, « ceci est un outrage à l’étape de l’enfance et au développement de l’enfant qui finit par se projeter dans un monde d’adulte, sans avoir la maturité nécessaire. »
Limites
En fin de compte, la mode appartient à chacun. Il suffit de se sentir bien dans sa peau et dans les vêtements qu’on porte. Suivre la mode ne veut pas dire devenir un copier-coller de Lady Gaga, ou du mannequin d’un défilé de mode haute couture. La mode se conjugue au singulier, puisque chacun, au final, peut définir sa propre mode. Annabelle Fleury est catégorique : « On n’a pas besoin d’un budget énorme pour être à la mode. » Alors, on n’a pas besoin de se ruiner. « Un jeune peut facilement s’acheter un slim et accessoiriser son look avec des choses toutes simples pour le rendre tendance et stylé », conseille la styliste. « Il faut pouvoir suivre la mode en se mettant des limites. Ne pas dépenser des sommes faramineuses ou exploser le porte-monnaie des parents, pouvoir adapter un style qui est à la mode à sa morphologie et aux valeurs familiales ou sociétales. Sinon cela peut vite dégénérer », conclue Véronique Wan.
*Diana Pemberton-Sikes, consultante en image : voir son site en ligne : www.fashionforrealwomen.com. Elle a publié plusieurs articles sur le web et un e-book.