Un cas de violence domestique qui se termine dans un bain de sang. Cela s’est passé à Bord Cascades à Henrietta jeudi dernier. Un époux qui s’acharnait contre son épouse et ses enfants en bas âge a été abattu par la police. Il appartiendra désormais à l’enquête d’établir les circonstances exactes de ce drame qui s’est déroulé dans les tout premiers jours de l’année 2020. Le décédé n’est pas un vieux péquenot d’un autre temps qui pensait que «corriger» sa femme était son droit le plus absolu, mais un jeune de 22 ans, une tranche d’âge que beaucoup de parents classent toujours dans la catégorie des enfants. L’étape de la majorité, neuve et compliquée à assumer pour certains. On peut le comprendre.
Que se passe-t-il dans la tête d’un jeune époux et père de famille qui agresse aussi violemment ses plus proches, son épouse et ses gamins ? Était-il en pleine possession de ses moyens ou était-il sous l’influence d’une quelconque substance nocive ? Avait-il la maturité pour s’engager dans une union et prendre la responsabilité d’une famille ? Était-il vraiment le « bon garçon » que sa famille décrit ? Ces questions interpellent parce que ce sont les jeunes, ceux-là même que l’on voudrait voir partout, en politique notamment, mais qui se disputent trop souvent la une des journaux pour de très mauvaises raisons qui sont en première ligne. Ils sont sans doute les produits de la société et du système. On s’en contentera dans une première réaction à vocation cathartique. Comme d’un exutoire commode. Pour avoir la conscience tranquille.
Devrions-nous nous contenter de ce constat ? Ne devrions-nous pas aller au-delà de ces lieux communs et voir pour quelles raisons il y a une sorte de mal de vivre qui se répand chez nos jeunes? Des cas isolés, diront certains pour évacuer rapidement le problème, mais ce n’est pas comme ça que l’on arrêtera les maris violents, les jeunes perdus et empêcher des drames. Qu’avons-nous vu en ce début d’année ? En sus du cas de Bord Cascades, il y a eu ce jeune, réputé bon nageur qui a été prendre un bain de mer au Souffleur le 28 décembre en compagnie de quelques amis du même âge alors que le temps commençait à se gâter et que la mer se dévoilait déjà sous son aspect le plus suspect, le plus dangereux. Il y a aussi eu ces jeunes partis prolonger la soirée du réveillon entre amis et dont deux ne sont pas revenus. Ils sont restés sur l’asphalte entre The Vale et Grand Baie La Croisette aux toutes premières heures de 2020. Jetant leurs familles dans une grande tristesse en ce début d’année.
Il n’est pas à écarter que ce soit le phénomène de groupe, surtout lorsque ce sont des garçons qui sont concernés et qui s’emballent vite lorsqu’ils partent en virée motorisée, qui ait joué un rôle, celui de montrer que l’on est capable de toutes les prouesses et de toutes les vitesses. À fond la caisse pour se procurer de l’adrénaline. Vite les sensations fortes. Au max aussi les décibels comme le font, à toutes les heures du jour et de la nuit, les discothèques ambulantes que sont ces voitures bien trop petites pour la puissance des enceintes que leurs propriétaires ont installées et qui se baladent au nez et à la barbe de la police qui fait semblant de ne rien entendre et qui les laisse circuler sans broncher alors que la nuisance sonore est évidente et dérangeante
Là aussi, ce sera à la police d’établir ce qui s’est vraiment passé pour que deux jeunes périssent dans un accident de voiture à l’aube de la nouvelle année. Ces cas sont intéressants sur le plan de la sociologie parce qu’ils présentent les travers de ces pays dits modernes. De ceux qui n’arrivent pas à motiver une jeunesse blasée, désabusée, qui croit l’horizon bouché parce que tout lui échappe, même la manière de façonner son propre destin. Et c’est quoi la modernité ? Vaste sujet qui aurait dû être l’objet d’un grand débat dans les collèges. Pour aiguiser la réflexion estudiantine. On peut avoir importé et intégré les pires mœurs et comportements des grandes métropoles sans en avoir aussi adopté les protocoles équivalents en matière de météo, de prévisions, de réactivité et de mesures d’urgence.
La pagaille du lundi 30 avec l’avertissement 3 lancé alors que les Mauriciens étaient en route et déjà au travail est inacceptable en l’an 2020. Le retirer après 10h le lendemain pour permettre que les fonctionnaires aient un jour chômé supplémentaire et pour que les autres salariés ordinaires rappliquent à toute vitesse sur leur lieu de travail est scandaleux, mais pas étonnant au final, parce que le gouvernement a fait voter une loi qui prévoit qu’un ministre puisse donner des directives au service de météorologie. Les désagréments relevés lors du passage somme toute furtif de Calvinia sont venus démontrer que tous les grands discours sur la modernité sont d’une effarante vacuité et un énorme écran de fumée pour tenter de justifier les dépenses les plus extravagantes du gouvernement.
Qui aurait imaginé que le projet le « plus moderne » de l’histoire et le plus coûteux aussi comporterait aussi un volet burlesque avec des policiers tenant un ruban pour faire barrage aux automobilistes perdus ou insouciants qui oseraient traverser la voie ferrée ? C’est ce qui se passe ces jours-ci avec des vidéos postées sur la toile qui suscite leur lot de railleries et de commentaires virulents. C’est aussi la modernité qui aboutit à la circulation de cette image terrible d’un aéroport fermé sans service adéquat de la compagnie nationale d’aviation montrant un passager dormant sur deux chaises et le pays toujours inondé de détritus quatre jours après un cyclone ? La modernité, il faut peut-être commencer par l’introduire dans les esprits. Ce serait un bon début. Une bonne résolution pour 2020.

Josie Lebrasse