L’île Maurice subit des changements sociétaux avec un certain nombre de maux, dont la grossesse précoce chez les adolescentes. Les jeunes amoureux ne se tiennent plus la main dans la main, plus de bisous comme à l’époque de leurs parents et grand parents. De nos jours, de plus en plus de filles et de garçons s’engagent directement dans les relations sexuelles dès qu’ils se connaissent et que leurs corps commencent à se développer. L’éducation sexuelle faisant défaut à l’école, beaucoup de filles tombent dans le piège de la grossesse.
Deux filles âgées de 12 et 15 ans qui fréquentent MEDCO Cassis, une école secondaire de la capitale, sont tombées enceintes durant les vacances de décembre dernier. Elles ont dû abandonner l’école et elles envisagent de la reprendre après leur accouchement, dans quelques mois. Bhagwandass Bhoyroo, directeur adjoint de cet établissement scolaire, trouve cela malheureux. « Ce qui me choque, c’est que malgré nos efforts et malgré le fait que ces filles sont exposées aux dangers, malgré les conseils des professeurs, il y a beaucoup de cas qui nous sont rapportés », dit-il. Il poursuit : « Beaucoup de filles sont prises dans le piège d’assouvir leurs pulsions sexuelles sans pour autant se rendre compte des dangers. Je pense qu’il y a trop de libertés de par la famille, la société aussi. L’accès aux films pornographiques, le contrôle parental n’existent que verbalement. »
Dans ce collège, quelques élèves, toutes âgées d’entre 15 et 17 ans, disent avoir regardé des films pornographiques. Certaines disent qu’elles ne peuvent résister à la tentation sexuelle à cause des changements qui s’opèrent dans leur corps à la puberté. « Lorsque le corps d’une fille commence à se développer, elle a envie de quelque chose — parfois, elle ne peut retenir cette envie et elle commence à s’intéresser au corps masculin. Elle se fait belle pour attirer l’attention des hommes », lâche l’une d’elles. Ces filles ne se voient pas, cependant, dans la peau de certaines de leurs amies qui se sont retrouvées enceintes à 15 ans.
« Nous ne devons pas nous laisser embobiner par les garçons. Nous avons appris les conséquences d’avoir des relations sexuelles trop tôt », lance l’une des filles, avant de déplorer l’irresponsabilité de certaines filles. « Elles ne savent pas ce qu’elles sont en train de faire. Elles sont naïves, elles font confiance sans même connaître les garçons. Parfois, ce sont elles-mêmes qui provoquent les garçons. Elles cherchent l’attention. On parle de tout cela à l’école mais elles n’écoutent pas, elles font ce qu’elles veulent », lâche-t-elle.
Des garçons du collège Labourdonnais, à Vallée-des-Prêtres, déclarent qu’ils ont tendance à faire tout ce qu’on leur interdit de faire. La pornographie sur portable, les filles, le sexe, ils s’y connaissent depuis un bon bout de temps. « Si dir pa tous tel zafer, nou anvi kone ki fer pe ampes nou », lâche un des garçons. Son ami ajoute : « Nous sommes encore jeunes, nous ne savons pas encore distinguer entre le bon et le mauvais. La pornographie, après l’avoir vue, on la raconte comme une gloire », dit-il.
À la Mauritius Family Planning and Welfare Association (MFPWA), dont les volontaires dispensent des cours d’éducation sexuelle dans certaines écoles, la directrice, Vidya Charan, constate que les jeunes sont exposés très tôt à toutes sortes d’informations erronées. « Ils sont également influencés par leurs pairs et sont émerveillés par la chose sexuelle », dit-elle, avant de constater que beaucoup de jeunes sont sexuellement actifs, de par certaines connaissances qu’ils ont reçues étant exposés aux médias, à l’internet, aux réseaux sociaux, aux magazines et aux films. « Ils pratiquent carrément la sexualité et c’est très important de parler avec eux et de leur faire comprendre c’est quoi la sexualité et à quelle étape de leur vie, ils peuvent être libres à être sexuellement actifs. Une fille peut se retrouver enceinte, un jeune peut avoir une infection sexuellement transmissible qui amènerait des ennuis plus tard dans sa vie », fait-elle ressortir.
D’où l’importance de l’éducation sexuelle à l’école afin d’aider les jeunes à mieux gérer leur sexualité. « L’éducation sexuelle aide les jeunes à devenir plus responsable, à avoir une meilleure connaissance de ce qui est en train de se passer au niveau de leur corps, des changements physiques, psychologiques ou émotionnels. »
Pour le travailleur social Youdhisteer Munbodh, la situation est grave ; il y a une sorte de délire envers la chose sexuelle qui échappe au contrôle des parents. Les jeunes semblent, selon lui, avoir perdu leurs repères. « Cette liberté est arrivée parce que beaucoup de parents ont délaissé leurs enfants. Ils n’ont aucun contrôle sur eux. Ils sont eux-mêmes dépassés et ne savent pas ce qu’ils doivent faire avec leurs enfants. Ils doivent avoir un certain contrôle sur leurs enfants, il faut les discipliner en leur parlant de leurs droits mais aussi de leurs responsabilités. » Si certains collégiens trouvent important les cours d’éducation sexuelle à l’école, d’autres déclarent carrément : « Be si fer sa klas ar nou, nou pou konn plis ki profeser la. »
Le sexe étant encore tabou dans l’île, les jeunes en parlent qu’en cachette ou à l’oreille et échangent des informations incorrectes à ce sujet. L’introduction formelle de l’éducation sexuelle au programme d’études scolaire se fait encore attendre malgré les promesses faites depuis des années.