La tentative de suicide d’une mère et de ses deux filles, dont l’une d’elles a perdu la vie dans l’affaire, il y a quelques semaines, entre autres, a ramené, inévitablement, sous les feux des projecteurs, la question des pratiques occultes auprès des Mauriciens. Sujet « vaste », voire « non exhaustif », selon nos interlocuteurs, en l’occurrence, le sociologue Ibrahim Koodoruth, et les religieux, dont l’achagar Soondarajen Maistry, le pandit Ved Gopee, le père Gérard Mongelard et Nissar Ramtoola de la Jummah Mosque, sur lequel chacun souhaite « donner des éclairages à tout le monde afin d’en finir avec les mythes et les tabous. »
Chacun de nos interlocuteurs fait remarquer que « si nombre de Mauriciens, de toutes les confessions présentes à Maurice se tournent vers les pratiques occultes, cela traduit invariablement une immense détresse et beaucoup de souffrance humaine. » De plus, chacun s’accorde sur le fait qu’« à un certain moment, une dichotomie s’est instaurée entre les religieux, transmetteurs de convictions religieuses, et leurs fidèles, qui ne trouvaient plus l’écoute recherchée auprès de ces derniers. Ce qui a entraîné un grave “exode” dans presque toutes les composantes religieuses locales. »
« Quand une personne, de quelque religion qu’elle soit, ne trouve plus de réponses à ses problèmes, ni n’éprouve de satisfaction au sein de la religion qu’est la sienne, c’est là qu’elle se tourne vers les sectes et autres groupuscules », dit d’emblée Ibrahim Koodoruth, sociologue et chargé de cours à l’Université de Maurice. Le phénomène n’est certainement pas nouveau, soutient notre interlocuteur. « À l’origine de l’insatisfaction ressentie, il y a de multiples raisons : la quête d’une paix intérieure, une maladie que ni la médecine ni la religion n’arrivent à guérir ; un désir de s’enrichir rapidement ; des problèmes au sein du couple et de la famille… De multiples raisons sont à la base d’une démarche vers les sectes et les pratiques occultes. »
Pire, continue notre interlocuteur, « il faut comprendre que pour nombre de personnes, la religion est devenue une question de rituels : quand on se lève le matin, ou quand on va se coucher, on “exécute” certains rites. Et, dans la plupart des cas, sans comprendre, ni chercher à le faire, pourquoi on fait ceci ou cela. Donc, en simples exécutants, bon nombre de Mauriciens, à défaut d’une spiritualité adéquate, riche, recherchent alors auprès d’un autre mouvement, un “mode de vie”, une culture nouvelle où tout leur est expliqué, décrypté, pour adhérer ! »
Ce qui amène le sociologue à un constat qui peut paraître sévère mais qui trouve sa justification, justement, auprès du phénomène d’adhésion aux sectes et autres groupuscules : « Nos religions n’ont pas su évoluer et s’adapter aux changements sociaux. Nos religieux sont restés sur leurs assises tandis, qu’à côté, la société a évolué ; les comportements des gens et leurs repères sont allés de pair ! Or, quand le fidèle ne se retrouve plus ni n’identifie ses interrogations et problèmes dans “sa” religion, il se laisse évidemment tenter par les “nouvelles sirènes” et les yeux doux que lui font les sectes et autres ! C’est une réaction psychologique ! »
Cette misère spirituelle, ce « désir de savoir et de comprendre, cette soif de spiritualité, poursuit M. Koodoruth, tourne la personne vers ces courants qui, eux, ont su trouver l’approche ciblée pour toucher la vulnérabilité et le côté fragile de la “proie” ! » Et de faire ressortir que « ceux qui “vendent” ces sectes et autres, qui attirent les uns et les autres vers eux, sont de véritables “agents de marketing” ! » Ibrahim Koodoruth explicite : « Ceux qui appâtent les gens à rejoindre les sectes sont soumis à une formation poussée et spécialisée qui les prépare à ça ! C’est pour cela qu’ils savent quel point sensible toucher, comment approcher leurs cibles et quels mots utiliser pour mieux gagner leur confiance. C’est gens sont de véritables manipulateurs psychologiques qui font un réel lavage de cerveau sur ces victimes. »
Et quand les personnes « se rendent compte qu’elles ont été aveuglées, pour celles qui y parviennent, car bon nombre n’y arrivent pas, c’est là qu’elles réalisent à quel point elles se sont laissé berner et induire en erreur. » Toutefois, continue le sociologue, « dans bien des cas, hélas, ces personnes ont été alors détroussées de leurs richesses et autres ! C’est bien trop tard… »
Afin de remédier à cela, selon l’avis du sociologue, « il convient aux religieux de remettre en question leur approche de dissémination de la connaissance religieuse et de la spiritualité. Parce qu’avec le temps, les activités à caractère religieux se sont transformées en fardeau et ont ainsi perdu de leur cachet spirituel. Qu’est-ce qui pousse un être vers une secte ? C’est parce que là-bas, il est bien accueilli, chouchouté… On prend soin de lui, on est à son écoute. C’est là que le bât blesse avec nos religions et là où il faut intervenir. »