L’image de l’Université de Maurice avait pris « un sérieux coup », concède le Pro-VC (Planning and Resources), Mohammad Santally. Mais pour lui, plusieurs actions ont été mises en place pour « redorer l’image » de cette institution de plus de 50 ans. Pour la rentrée 2020, plus de 3 000 étudiants sont attendus. Les critères d’admission, dit-il, ne changeront pas et la qualité ne sera pas sacrifiée au profit de la quantité.

Vous organisez vos “open days” à partir de la semaine prochaine. Quelle est la différence de cette édition par rapport aux éditions précédentes ?

Nous avons un système bien rodé pour les journées portes ouvertes. De ce fait, dans la forme, il n’y a pas beaucoup de changements. Sinon, cette année nous aurons un stand dédié à nos International Programmes avec l’université d’Arizona. Je vous rappelle que ces cours culminent sur des “dual-degrees” pour un prix qui est très abordable. L’étudiant mauricien ne paie que USD 5 500 par année qui représentent les frais de l’Arizona University, alors que l’autre moitié est prise en charge sous le “free education programme” et l’étudiant ne paie que Rs 10 000 comme frais administratifs. À la fin du programme, l’étudiant a deux certificats distincts de chaque université. Nous invitons les étudiants à venir en grand nombre.

Vous vous attendez à combien de visiteurs ?

Nous nous attendons à un peu plus de 5 000 visiteurs, parents inclus. Toutes les facultés et les centres sont mobilisés ainsi que l’Admission Office. Nous nous réjouissons du fait qu’on peut compter sur l’ensemble de notre personnel académique et administratif ainsi que sur nos étudiants pour faire de l’événement un succès.

Vous prévoyez combien de nouveaux étudiants en août ?

Nous sommes optimistes à ce sujet. Nous prévoyons entre 2 900 et 3 300 étudiants, incluant ceux pour les cours de niveau Master.

Une place à l’UoM est-elle toujours très compétitive malgré la concurrence entre les établissements d’enseignement supérieur ?

Oui. On a en place un “threshold” qui est basé sur les résultats du HSC et SC. Il y a des cours comme la médecine où il faut impérativement des A+ et d’autres ou c’est un peu plus souple. Nous avons un système informatisé très transparent en ce qui concerne la sélection. Mais chaque année, le minimum de points requis varie par matière (à l’exception de quelques cours), et ça dépend aussi du nombre de demandes reçues. De ce fait, nous invitons les étudiants à consulter notre online toolkit pour en savoir davantage sur leur éligibilité et leurs chances pour une place concernant le(s) cours qui les intéresse.

Plusieurs institutions privées permettent aux détenteurs d’un School Certificate de faire des études supérieures. Toutefois, ils doivent passer par des “foundation courses”. Est-ce que l’UoM est aussi dans cette logique ?

Les critères d’admission sont inchangés à l’UoM. On n’est pas prêt à sacrifier la qualité au profit de la quantité. Cependant, nous sommes pour les “foundation courses” dans certains cas précis. Par exemple, nous venons de l’avant avec un “foundation course” en anglais pour aider ceux qui veulent faire une licence en anglais mais qui n’ont pas eu le minimum grade en anglais au HSC. On vient aussi avec cette formule pour les étudiants étrangers qui ont fait des études secondaires dans un système différent que le nôtre et où on a des difficultés à établir l’équivalence avec nos critères d’admission.

Nous constatons qu’ils sont beaucoup d’élèves mauriciens qui choisissent d’étudier à l’étranger. Est-ce un phénomène inquiétant pour l’UoM ?

Oui et non. Oui, parce que les changements démographiques nous montrent que dans le long terme le nombre d’étudiants qui arrivent en cycle universitaire est en train de diminuer. On a déjà commencé à réfléchir et à s’engager dans la prospection pour faire face à ce problème. Donc, si les Mauriciens partent à l’étranger, l’effet sera accentué. L’internationalisation est un élément de réponse à ce problème. On devra attirer plus d’étudiants étrangers. Il faut aussi rehausser notre niveau afin que nous donnions aux Mauriciens des raisons valables de rester. Non, parce que dans l’immédiat ce n’est pas une cause for concern du fait que ça fait déjà quelques années que l’UoM tourne à plein régime et a déjà dépassé ses capacités d’accueillir plus d’étudiants sur le campus. D’ailleurs, depuis ces trois dernières années, surtout avec le LCCS, notre focus c’est clairement sur la qualité et pas nécessairement la quantité. Nous misons aussi de plus en plus sur les “commissioned” programmes et les cours “postgraduate”.

L’UoM a beaucoup parlé de son programme d’internationalisation. Avez-vous pu attirer un nombre satisfaisant d’étudiants étrangers ?

L’internationalisation ne se résume pas seulement aux recrutements d’étudiants étrangers. C’est tout un cadre qui consiste à organiser des séminaires et conférences internationales, le recrutement des chercheurs et chargés de cours étrangers, les étudiants ainsi que la coopération avec des universités de renom dans les domaines de l’enseignement et de la recherche. De ce fait, le processus d’internationalisation est déjà en marche et nous sommes satisfaits du progrès en général. Cependant, c’est clair que nous voulons attirer plus d’étudiants étrangers, surtout sur nos cours avec les universités Arizona et Paris-Seine. On a noté, au fait, une augmentation graduelle du nombre total d’étudiants étrangers à l’UoM. On est confiant que la même tendance va continuer cette année.

La concurrence devient davantage difficile avec le nombre d’universités dans le pays. Quelles sont les stratégies de l’UoM pour être toujours cette université de choix ?

Nous maintenons notre niveau en termes des prérequis pour nos cours. Nous avons déjà passé au Learner Centred Credit System – LCCS qui est clairement un atout pour nous, car l’étudiant est maintenant mieux équipé pour le monde du travail. Le LCCS permet à l’étudiant de développer des “core competencies” ainsi que les “soft skills”. Nous sommes aussi engagés dans le processus d’accréditation de nos cours. Dans bon nombre de cours, les étudiants ont à compléter de stages en entreprise. À travers l’University Industry Liaison Office (UILO), nos étudiants sont en contact de façon régulière avec les employeurs potentiels à travers des séminaires et des “job fairs” qu’on organise régulièrement. Nous avons aussi signé des accords avec des universités européennes sous le projet Erasmus + pour les “student exchange programmes” et nos étudiants ont de plus en plus la possibilité d’aller passer une ou deux semaines à l’étranger, voire même un semestre entier. On a aussi des infrastructures appropriées pour un développement holistique de nos étudiants, tels que notre gymnase, notre terrain de foot, les clubs d’étudiants. Nous sommes en train de rénover nos lecture theatres et d’établir des “flipped classrooms”. Pour nous, il n’y a pas de doute que l’UoM reste le premier choix de la plupart des Mauriciens.

Que peut-on dire du travail accompli par l’UoM l’an dernier ? Pourriez-vous nous parler de vos actions principales ?

Je pense sincèrement que c’est un travail excellent qu’on a abattu pendant ces trois dernières années. La période d’instabilité que traversait l’université était néfaste pour notre image, et le moral de notre personnel. Nous avons travaillé comme une équipe soudée et avec l’aide de notre staff, on a rétabli un climat de confiance. Cette étape a été la plaque tournante dans le progrès qu’on a fait. Ensuite, nous avons mis en place le “turnaround plan” car nos finances étaient dans le rouge en 2017. Nos comptes de l’année dernière affichaient un “accounting surplus”. Notre adhésion aux principes de bonne gouvernance, tels que le contrôle des heures supplémentaires et nos stratégies pour augmenter nos revenus, a été payante. La recherche et l’innovation ont été au centre de nos actions. Le financement interne de la recherche est passé de 4 M à 16 M. En termes de qualité d’enseignement, le Learner Centred Credit System est déjà en place et se déroule comme prévu. On vient de finaliser le Academic Workload Model, qui a pour but de mieux modéliser le travail des universitaires sur l’année. Le Performance Management System est mis en œuvre sur une base pilote au département des ressources humaines. Nos cours, en collaboration avec l’industrie, ont augmenté d’une manière sans précédent. Sous le GTES programme, on a des projets qui sont en cours d’une valeur totale de 15 M (approximatif). On vient de soumettre un projet de formation en Machine Learning et intelligence artificielle d’une valeur de 7 M au HRDC. Le nombre d’étudiants étrangers qu’on accueille augmente graduellement ainsi que le nombre d’étudiants sur nos cours niveau Master, suite à notre politique d’adopter des frais d’inscriptions plus compétitifs. Il y a toute une série de mesures qu’on a mises en place (difficile de tout élaborer ici) et qui sont en train de porter leurs fruits. Il y a d’autres actions qui sont plus orientées vers le long terme tels que l’incubateur en technologies numériques, le projet Agritech Park, le hall of residence ainsi que nos collaborations avec l’Université d’Arizona et l’université Paris-Seine. Beaucoup de personnes nous félicitent car on a pu redorer l’image de notre institution qui est une fierté pour le pays, surtout au niveau international. Notre équipe a mis en avant les intérêts de l’institution et du pays en travaillant pour soutenir la politique gouvernementale, la vision 2030 et l’agenda des ODD. Après trois ans, on a le sentiment du devoir accompli, mais le travail n’est pas encore terminé.