Fin mars, les amateurs d’art ont pu découvrir les travaux de deux artistes malgaches, Titane et Oliva à l’hôtel Hennessy Park, à Ebène. Intitulée « Madagascar autrement », l’exposition présentait une dizaine de toiles de chacune des artistes.
Caractérisées par les couleurs chaudes de la Grande Île, ou le bleu de la nuit ou de l’océan, les peintures d’Oliva et de Titane se distinguent toutefois par les sujets qu’elles traitent. Alors que Titane quitte, petit à petit l’univers figuratif pour pénétrer celui de l’abstrait, Oliva maintient le figuratif qu’elle peint, cependant, loin de son île natale.
Etablie à Maurice depuis cinq ans, Oliva a repris les pinceaux après 35 ans et en est à sa quatrième exposition, confie-t-elle au Mauricien. Réinterprétant des photos et travaillant à partir de ses souvenirs, elle présente, entre autres, pour cette exposition, des scènes de vie de Madagascar : petits gardiens de Zébus, piroguiers, rentrée des boutres de pêche ou encore Tana by night qui montre le palais de la Reine dans la nuit avec la statue de l’ange au milieu du lac qui se trouve au pied de la colline. « J’ai travaillé à partir d’une photo : j’ai réinterprété l’image », affirme-t-elle, en précisant que c’est la première fois qu’elle voyait le palais sous cet angle avec la statue de l’ange.
Oliva, de son vrai nom, Hantanirina Oliva raconte qu’elle est née dans une famille très libérale qui l’a encouragée, dès son jeune âge à s’adonner à l’art. « A Madagascar, on commence l’école à 5 ans et avant même d’entrer à l’école, je dessinais. Très vite, à l’âge de 9 ans, mon père m’a inscrite à l’institut Allemand, Goëthe, pour des cours de dessins et de peintures », fait-elle ressortir. Oliva a, cependant, fait une carrière dans l’administration mettant de côté sa passion pour l’art, qu’elle a reprise, il y a quelque temps.
Les travaux de Titane s’orientent davantage vers l’abstrait bien que le visiteur pourra aussi voir du figuratif au Hennessy Park : une nue de dos, un feu, un homme au chapeau… « Ce sont les rares figuratifs que je fais », indique-t-elle au Mauricien. Ses abstraits évoquent son for intérieur : un remerciement à son fils, le « final countdown ». Titane ne laisse aucun espace libre sur sa toile même lorsque c’est le blanc qui prédomine. « Je recouvre toujours toute la surface », dit-elle. Elle précise qu’elle est une artiste très organisée. « Peut-être est-ce ma formation scientifique ! Je prends toujours de la marge quand je fais quelque chose », indique-t-elle.
Issue d’une famille bourgeoise d’Antananarivo, affirme-t-elle, il lui était difficile de s’adonner à sa passion au point d’en faire carrière. « J’ai commencé à peindre à l’âge de 14 ans mais, dans ma famille, il était interdit de développer le côté artistique. Il me fallait me concentrer sur mes études académiques, pour ensuite faire des études de médecine en vue de devenir médecin », fait ressortir notre interlocutrice. Chose faite, mais Titane n’a pu jusqu’à la veille de ses 40 ans, se lancer sérieusement dans l’art. Pour son mari également, « être artiste était être marginal », avance-t-elle. Par conséquent, ces premières sorties publiques ont été faites sans le soutien de sa famille. Pourtant, Titane avance en être à plus de 100 expositions, en 10 ans, et en avoir peint plus de 1300 tableaux.
Les peintures, toutes à l’acrylique sont en grand format. L’exposition est ouverte jusqu’à demain. Entrée libre.