À peine les fêtes entourant le nouvel an terminées, la mobilisation syndicale contre les amendements à la loi du travail, proposés par le ministre Shakeel Mohamed, reprend de plus belle. Dès demain, le tandem constitué de la General Workers Federation et du Joint Negotiating Panel de l’industrie sucrière donne le coup d’envoi d’une campagne, à l’intention des travailleurs de tous les secteurs économiques, axée sur six points centraux. Cet appel à la mobilisation culminera sur une manifestation prévue dans la capitale le samedi 16 mars.
« Maintenant que nous sommes parvenus, temporairement, à faire reculer le ministre du travail avec ses amendements dangereux, nous lançons un appel aux travailleurs de Maurice et de Rodrigues pour une mobilisation à partir de demain », indiquent unanimement Serge Jauffret de la General Workers Federation (GWF) et Devanand Ramjuttun du Joint Negotiating Panel (JNP) comme pour donner le ton en ce début d’année 2013. Ainsi, cette mobilisation gravitera autour de six points centraux dont le premier est de dire « non à la répression » contre les vingt syndicalistes arrêtés le 18 décembre dernier, lors de la manifestation, devant le Parlement pour réclamer le retrait des amendements aux lois du travail de Shakeel Mohamed. « Des syndicalistes ont subi des interventions musclées, lors de leurs arrestations, alors qu’ils attendaient pacifiquement devant le Parlement pour une annonce officielle du ministre du Travail à l’effet qu’il n’irait pas de l’avant avec ses amendements. Notre action était totalement justifiée », poursuivent les deux dirigeants.
Avec les séquelles de l’épisode du 18 décembre dernier devant le Parlement, l’amendement de la Public Gathering Act (PGA) est présenté comme une des priorités et, par conséquent, est placé en seconde position des six points centraux établis par la GWF et le JNP. Les syndicalistes s’appuient sur le fait que dans le dernier rapport de l’Organisation Internationale du Travail (ILO), le Freedom of
Association Committee a exigé au gouvernement mauricien de revoir la PGA et a même précisé que les sentences de cette loi sont « trop excessives ». « Le droit de se rassembler et de manifester pacifiquement est un droit constitutionnel fondamental. Drwa pu lepep exprim pasifikman so dezakor, pu ‘petitione’ so bann depite, kan enn Lasanble Nasyonal pe zwenn, li enn drwa fondamental ki rekonet dan plizyer pei. Les dispositions de la PGA selon lesquelles l’on peut procéder à l’arrestation des manifestants devant le Parlement sont une violation des droits fondamentaux des citoyens », estiment Serge Jauffret et Devanand Ramjuttun.
Droit de grève
Le troisième point touche directement les amendements proposés par Shakeel Mohamed, à l’Employment Rights Act et l’Employment Relations Act, plus particulièrement celui concernant le droit de grève : « Le gouvernment devrait respecter les recommandations soumises par l’ILO avant que l’Employment Relations Act ne soit votée en 2008. Avec la remise en question du droit de grève, il est encore plus important que les travailleurs se mobilisent en vue de réclamer également deux amendements à la Constitution : inclure le droit de grève et tous les droits économiques et sociaux — qui sont reconnus par l’United Nations Economic and Social Rights Conventions — dans la constitution de Maurice. »
Les amendements autorisant les travailleurs non-syndiqués à négocier avec le patronat des Collective Agreements imposés sur les autres salariés de la compagnie occupent également une place de choix dans les six points. Les deux animateurs estiment que les autres mouvements syndicaux ne doivent pas commettre l’erreur de négocier ce type d’amendement avec le ministre du travail Shakeel Mohamed. La GWF et le JNP s’accordent à dire que les syndicats devraient plutôt réclamer que la législation crée des conditions favorables pour permettre aux travailleurs d’exercer leur droit syndical qui est garantit par la constitution. Selon Serge Jauffret et Devanand Ramjuttun, une telle disposition légale ouvrira la porte à la plus grande dégradation généralisée des conditions d’emplois que Maurice ait jamais connu depuis l’indépendance.
Choc frontal contre le ministre Mohamed
Alors que le cinquième point concerne l’institution d’un Redundancy Board pour éliminer les licenciements abusifs, le sixième et dernier point est synonyme d’une virulente attaque contre le ministre du travail Shakeel Mohamed et le patronat : « Les capitalistes tentent de créer une confusion et une division au sein de la classe ouvrière pour que ces amendements soient votés en mars 2013. Compte tenu que la GWF et le JNP ont vécu le conflit industriel dans le secteur sucre en 2010 et 2012, nous sommes en mesure de confirmer aujourd’hui que Shakeel Mohamed est au service de la MSPA et de la MEF. D’ailleurs, son alignement pro-MSPA dans le conflit de 2012 était clair et net. Jamais Shakeel Mohamed ni la MSPA/MEF ont digéré la double victoire des travailleurs dans l’industrie sucrière en 2010 et 2012. »
Les syndicalistes Serge Jauffret et Devanand Ramjuttun s’engagent, par ailleurs, dans un véritable choc frontal avec le ministre du travail en déclarant que Shakeel Mohamed récidive avec sa campagne « mensongère en vue de semer la division ». « Maintenant le ministre s’attaque à un de nos dirigeants, en l’occurrence Ashok Subron, car il sait pertinemment qu’Ashok est un des plus farouches défenseurs des
droits des travailleurs dans ce pays. Li pe cible Ashok Subron so langazman politik, akoz li kone ki Ashok Subron, enn de bann pli fervan militan anti-kominalist dan Moris », concluent Serge Jauffret et Devanand Ramjuttun.