Une guerre syndicale sournoise opposant la Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA) à la Port-Louis Harbour and Docks Workers Union (PLHDWU), soutenue par le syndicat regroupant des Stevedores, débouche sur de vives tensions dans le port en cette fin de semaine. Mais la situation risque de connaître de sérieuses détériorations dans les derniers jours de 2013 et début 2014 au cas où le conseil d’administration de la Cargo Handling Corporation Limited entérinait, vendredi, la décision de procéder au gel du Collective Agreement, signé en juillet dernier avec la PLMEA, pour une révision des salaires et des conditions de travail dans le port. Cette dernière instance sera en effet appelée à revoir sa position au sujet de cet accord, signé formellement sous l’égide de la Commission for Conciliation and Mediation (CCM). Deux autres syndicats portuaires ont d’ailleurs déjà introduit un recours à la Cour suprême et la CCM pour des injonctions contre cette convention collective.
La tension dans le port est montée d’un cran depuis lundi. Le Staff Committee de la Cargo Handling Corporation Ltd, qui devait enclencher les procédures en vue d’un exercice de promotion et de revalorisation des employés manuels dans le port, n’est en effet pas allé de l’avant avec ces mesures. Ce retournement de situation est intervenu sous la pression de la PLHDWU, avec le soutien tacite de la direction de la Cargo Handling Corporation Ltd.
Les principales composantes du Collective Agreement, signé en juillet dernier par la PLMEA – syndicat réclamant l’adhésion de 82% de la main-d’oeuvre dans le port – se décline sous la forme du paiement d’une compensation salariale de 20% à tous les employés du secteur portuaire, le paiement d’une Permanent Pensionable Allowance à quelque 500 employés, le paiement de 6% en guise de contribution à la pension pour quelque 900 nouveaux employés, et tout un programme d’amélioration de conditions de travail dans le port.
Avec la décision au niveau du Staff Committee de lundi pour le report de la mise à exécution de détails du Collective Agreement, le conseil d’administration de la Cargo Handling Corporation Ltd, qui se réuni vendredi, devra statuer sur le sort de cet accord avec la PLMEA. « Si le Board de vendredi appuie la décision du Staff Committee, avec le refus de l’exercice de promotion et des mesures de l’accord de juillet, il faudra s’attendre à des remous dans le port en cette fin d’année, et même au début de l’année prochaine. Tous les acquis obtenus tomberont à l’eau. Nous comptons mener une campagne pour réclamer la révocation de Dan Bhima pour son rôle dans cette tentative de déjouer un accord syndical signé et reconnu », soutiennent Ashok Subron et Alain Edouard, négociateur et président de la PLMEA.
Ces craintes sont étayées par une communication officielle de la PLHDWU en date du 22 novembre, et adressée à Dan Bhima en tant que président du Board de la CHCL. Rama Valaydon et Désiré Lefou, président et secrétaire de la PLHDWU, ont demandé officiellement que le Collective Agreement de juillet dernier avec la PLMEA soit rejeté in toto. « These agreements are not in the interest of the CHCL and the country, especially given the important financial implications and burden for the CHCL. » Ils ajoutent que cette convention collective ne relève que des responsabilités du Managing Director et des dirigeants de la PLMEA, et que toute cette affaire de négociations syndicales, menant à l’accord de juillet dernier, a été rapportée à l’Independent Commission Against Corruption pour des besoins d’enquête.
La PLMEA dénonce par ailleurs le rôle de la MPA en tant que « ene vilger rantyer paraziter » avec des ponctions annuelles de Rs 150 millions des opérations de la Cargo Handling Corporation Ltd, sans engager des investissements nécessaires pour la modernisation du port, sauf le capital initial de Rs 50 millions d’il y a 30 ans. « Il n’y a pas eu d’investissements de la part de la MPA et de la State Investment Corporation, qui poussent la CHCL à solliciter des prêts auprès des banques pour le financement de la modernisation du port. MPA ek SIC pe rod fer travayer le port sarye investisman, alor ki MPA et SIC ki de prinsipal aksyoner », note la PLMEA, qui a dû intervenir hier après-midi auprès des employés du port pour un retour à la normale.