La grève dans le transport en commun reportée samedi dernier par l’Union of Bus Industry Workers Union (UBIW) est en toile de fond du rendez-vous crucial de cet après-midi au Prime Minister’s Office. L’objectif de ces consultations au plus haut niveau du gouvernement est d’éliminer la menace d’un débrayage des employés du transport en commun, paralysant du même coup les activités économiques en une période si délicate politiquement comme la campagne électorale. Les représentants de l’UBIW, dont Imzad Beeharry, président, Alain Kistnen, secrétaire, et Ashok Subron, négociateur, ont pour objectif déclaré d’obtenir la mise en application de la recommandation du National Remuneration Board (NRB) pour un salaire minimal pour les employés du transport en commun. Sur le front légal, l’UBIW a logé, hier, une demande de Judicial Review en Cour suprême contre un Ex-Parte Order émis par l’Employment Relations Tribunal décrétant illégale toute action de grève. Cet ordre a été obtenu par la Triolet Bus Service Ltd vendredi dernier.
Dans le camp du gouvernement, le coût de la mise en vigueur de la grille salariale proposée par le NRB depuis février dernier constitue un véritable casse-tête. En principe, les compagnies de transport en commun devront trouver une somme additionnelle de l’ordre de Rs 200 millions pour honorer cet engagement. Deux options sont possibles, soit la majoration du ticket de bus de 25 % en moyenne, quasi impossible en cette période de campagne électorale ou encore des subventions des fonds publics.
Le Premier ministre Navin Ramgoolam, qui aura à ses côtés le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, tentera de faire comprendre la position du gouvernement dans la conjoncture. Il devra également faire état de son intention plus large de revoir toute la question du salaire minimum dans l’économie avec l’arrivée sous peu d’un spécialiste de la question et chargé de cours à la London School of Economics.
A l’UBIW, la préoccupation majeure de cet après-midi consiste à obtenir des garanties du gouvernement quant à l’application et le Timing de cette recommandation du NRB. « Pour les négociations de cet après-midi, nous avons des propositions à faire au gouvernement sur ce litige. Nous allons les présenter au gouvernement sur la façon d’adopter cette mesure dans un délai à être agréé entre les deux parties », a fait comprendre Ashok Subron au Mauricien en fin de matinée. Il n’a pas voulu abattre toutes ses cartes en vue de pouvoir donner satisfaction aux employés du transport dans la conjoncture.
Néanmoins, le négociateur de l’UBIW misera également sur d’autres aspects des recommandations du NRB sur les conditions de travail « constituant de véritables avancées pour les employés du transport en commun ». « Nous comptons également revenir à la charge sur des conditions de travail préconisées par le NRB. Il y a d’abord la proposition pour le paiement d’un Increment de Rs 170 à tout employé ayant au moins dix ans de service. Le ministre Mohamed avait exprimé son étonnement qu’après plus de trente ans de service, un employé du transport n’a pas droit à un Increment. C’est une occasion pour le gouvernement de remédier à cette lacune en légiférant à ce sujet. Ensuite, le NRB a également proposé l’introduction d’une Risk Allowance de 10 % aux chauffeurs et receveurs de bus. Ce sont autant de mesures susceptibles de donner en partie satisfaction aux travailleurs », s’est-il appesanti.
Les dirigeants de l’UBIW misent gros sur les négociations de la dernière chance avec le Premier ministre sur le litige de l’adoption du rapport du NRB de février dernier. En cas d’échec, ils prévoient de remettre en place la stratégie d’action industrielle dans le respect des procédures prévues dans la loi.
D’autre part, l’UBIW réclame une Judicial Review de la décision de l’Employment Relations Tribunal décrétant illégale toute grève dans le transport en commun. La compagnie Triolet Bus Service Ltd avait obtenu cet ordre vendredi dernier et les représentants de l’UBIW ont été convoqués ce matin devant l’ERT.
Cependant, avec la contestation de cette décision formelle de l’ERT, qualifiée d’Ultra Vires, le président de l’UBIW a préféré s’abstenir laissant la plus haute instance judiciaire du pays se prononcer sur la question.
Affaire à suivre.