À peine désamorcée de manière préliminaire la menace de grève dans l’industrie du transport en commun qu’une autre pèse désormais sur l’industrie cannière, les laboureurs et les artisans se disant remontés contre la situation de deadlock. À partir de 13h, avec la soumission du rapport du Pr Ved Prakash Torul de la Commission de Conciliation et de Médiation (CCM) confirmant l’échec des négociations salariales entre la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) et le Joint Negotiating Panel (JNP) syndical, les représentants des syndicats ont enclenché les procédures prévues par la loi pour déboucher sur une grève illimitée dans l’industrie cannière à partir du 12 novembre. D’ailleurs, dès cet après-midi, le Supervising Officer du ministère du Travail et des Relations industrielles devrait être informé du calendrier de vote par les laboureurs et les artisans pour avaliser ce projet de débrayage en pleine campagne électorale.
Deux développements interviennent presque simultanément, la tension montant d’un cran dans ce secteur économique. D’abord, la MSPA a rejeté la proposition formulée par la CCM pour une augmentation salariale de 15% étalée sur quatre ans dans le cadre des négociations collectives. Cette décision a fait l’objet d’un communiqué de presse.
« Cette proposition, qui est pratiquement le double de ce que les membres de la MSPA avaient proposé (8,5% sur quatre ans), n’a pas été acceptée, car ces derniers sont d’avis qu’elle ne tient pas compte de la réalité économique et des défis actuels auxquels le secteur est confronté », soutient la MSPA, qui rappelle que le patronat doit non seulement payer cette hausse salariale, mais également la compensation déterminée dans le cadre des tripartites sous l’Additional Remuneration Act.
« Si l’on devait appliquer la proposition de la CCM de 15% et payer les mêmes taux de compensation salariale accordés durant les quatre dernières années (17%), les membres de la MSPA auraient au final à payer une augmentation salariale de l’ordre de 32% pour la période 2014-2017 », ajoute la MSPA. Le coût de cette majoration des salaires est de Rs 400 millions, soit de Rs 1,3 milliard à Rs 1,7 milliard.
Avec le refus de la MSPA d’accéder à la proposition de 15%, la Commission de Conciliation et de Médiation n’a eu d’autres choix que de dresser un constat d’échec des négociations entre la MSPA et le JNP syndical. La section 69 (5) de l’Employment Relations Act stipule que, dans un tel contexte, la seule voie autorisée à la CCM est de proposer dans une Voluntary Arbitration au niveau de l’Employment Relations Tribunal.
« Dans la conjoncture, les laboureurs et artisans de l’industrie sucrière peuvent exercer leur droit de grève dans un délai de 45 jours au terme de la section 69 (6) de la loi. Mais une condition première à respecter, notamment que le vote des travailleurs pour toute action syndicale doit se dérouler sous le contrôle du Supervising Officer du ministère du Travail et des Relations industrielles. Dès cet après-midi, nous allons écrire officiellement au ministère pour l’informer de notre intention pour un vote et le calendrier du vote, de même que la date de la grève illimitée, qui a été temporairement arrêtée au 12 novembre prochain », a déclaré Ashok Subron, négociateur du Joint Negotiating Panel, comprenant le SILU, l’UASI, l’AGWU et l’OUA.
« Le résultat n’est que la conséquence de la mauvaise foi du patronat de l’industrie sucrière, qui s’est agrippé à ses 8,5% avant les négociations, pendant et même après. Les travailleurs de l’industrie sucrière savent pertinemment qui ont été les seuls bénéficiaires des deux réformes sucrières avec des milliards de roupies venant de l’Union européenne. Nous constatons tout simplement que la MSPA ne veut tout simplement pas trouver une solution à ce litige industriel », a conclu Ashok Subron.