Le bras de fer engagé par la Mauritius Sugar Producers’ Association avec le Joint Negotiating Panel des syndicats de l’industrie sucrière, avec en toile de fond une grève illimitée à partir du 12 novembre, semble se durcir. La prise de position adoptée par les sucriers depuis le début de la semaine s’apparente davantage à une résignation à la grève. D’ailleurs, les usines sucrières de l’île ont déjà averti la communauté des planteurs que les cannes ne seront plus acceptées à la balance à partir du début de la semaine prochaine. De son côté, le ministre du Travail et des Relations industrielles, Shakeel Mohamed, a poursuivi en fin de matinée une ultime tentative pour donner la chance à une éventuelle médiation en vue d’éviter une action syndicale dans un secteur aussi délicat que l’industrie cannière.
Des représentants de la MSPA étaient attendus au bureau de Shakeel Mohamed en fin de journée pour des derniers échanges pour démarrer cette médiation aux termes des dispositions de l’Employment Relations Act. Mais il sait que devant le durcissement de la position de l’industrie sucrière dans la conjoncture, ce ne sera nullement une tâche facile. C’est ce qu’il découle de ses commentaires en prélude à la réunion avec l’industrie sucrière.
« Dans la conjoncture, mon message à la MSPA est clair, soit de ne pas jouer au difficile et de revenir à de meilleurs sentiments pour donner une chance à la médiation et arriver à une solution au litige. Je tenterai de convaincre l’industrie sucrière d’abandonner les conditions, ne serait-ce que celle sur l’exigence de reporter la grève du 12 pour entamer cette médiation. De leur côté, les syndicalistes expriment la fermeté et campent sur leur position quant à l’élimination des conditions pour ouvrir la porte à la médiation. Les ingrédients pour faciliter cette dernière étape ne semblent pas exister », a déclaré le ministre au Mauricien.
« Je compte lancer un appel à la MSPA pour qu’elle revoie sa position et mette de côté ses exigences ; au risque de me répéter, il n’est pas correct de changer les règles du jeu en cours de jeu », ajoute le ministre du Travail, qui sent que la MSPA aurait déjà intériorisé la logique d’action industrielle des laboureurs et des artisans.
Dans un communiqué de presse émis hier après-midi, la MSPA fait état de sa conviction que « le dialogue devrait continuer en vue de trouver une solution équitable au litige avec le JNP ». Toutefois, les membres de la MSPA ajoutent qu’« ils ne s’opposeront pas à une grève quand elle est légale, comme ce serait le cas cette fois-ci ».
Le directeur de la MSPA, Jean Li Yuen Fong, ajoute que « la grève n’est pas la solution et tout le monde y perdra. Toutefois, comme toutes les étapes ont été respectées, nous ne nous opposerons pas à une grève légale. Par contre, il est important que cette grève, si elle se concrétise, se déroule dans le calme et le dialogue afin que les opérations en souffrent le moins possible. Les membres de la MSPA se sont organisés, chacun au niveau de son entreprise, afin de faire face à un arrêt de travail éventuel ».
La MSPA n’a pas voulu s’aventurer pour une évaluation du coût de cette éventuelle action syndicale. « Tout dépendra de la durée du mouvement syndical, mais il y aura certainement des effets négatifs. De plus, il est important de noter que le sucre mauricien est aujourd’hui en compétition avec les producteurs du monde entier et que ces derniers essaient à tout prix de renforcer leur productivité et d’être plus compétitif. Alors que le secteur sucrier local peine déjà pour faire accepter des mesures visant à renforcer la productivité, une grève donnerait, sur le plan international, le signal que l’industrie sucrière mauricienne n’est pas fiable. Cela viendrait s’ajouter à un contexte international déjà très difficile, avec le prix du sucre descendu à Rs 12 500 la tonne », conclut le communiqué du patronat sucrier.
Dans les rangs du Joint Negotiating Panel syndical, l’heure est à l’attente. « Nou pe atann saki MSPA dir. Le refus du patronat sucrier de s’engager dans la voie de la médiation pour éviter une grève est plus qu’évident. Pa bizin mont lor montagn pou trouv sa. Le patronat ne peut imposer des changements dans les paramètres établis par la loi. Nous nous attendons à ce que la MSPA change de position pour donner une chance à la médiation, que nous, en tant que syndicalistes, avons acceptée », affirme Ashok Subron, négociateur du JNP.
D’autre part, les syndicalistes de l’industrie sucrière n’ont pas répondu à une invitation officielle de la MSPA pour une réunion cet après-midi au sujet des minimum services pendant la grève à partir du 12. Le JNP a adressé une lettre au patronat pour faire comprendre que « we wish to convey to you that the JNP will organize and put in place any minimum service specified in law in conjunction with any existing procedure agreements between the Unions of the JNP and the MSPA. »
Les syndicalistes soulignent que l’industrie sucrière ne fait pas partie de la troisième cédule de l’Employment Relations Act « as one of the services requiring a minimum service ». Mais ils donnent la garantie que les provisions dans le Collective Agreement au sujet des Safety of Life and Property seront respectées à la lettre pendant la période de grève.