Sur le plan du travail et des relations industrielles, l’année 2012 a été marquée par la contestation du rapport du Pay Research Bureau, le conflit dans l’industrie sucrière et la menace de grève générale, écartée au forceps, et plus récemment, la désapprobation syndicale quant aux amendements aux lois du travail préconisés par le ministre Mohamed. Ces événements, ont fait monter la tension chez les syndicats, qui n’ont pas fait de cadeaux aux décideurs politiques et patronats dans son ensemble.
Tout semble indiquer que 2013 devrait débuter de manière animée avec la suite de la saga du rapport du Pay Research Bureau et les consultations, entre Shakeel Mohamed et les syndicalistes, qui devront être engagées dans les meilleurs délais après des contre-propositions syndicales sur certains articles du projet de loi. En ce qu’il s’agit du PRB, les travaux du Committee on Errors, Omissions and Anomalies, sous la présidence de Dev Manraj, devraient être entamés dès le 4 janvier. Dès la rentrée, le comité compte rencontrer les syndicalistes de la Fonction publique. Il envisage même de démarrer des auditions.
De mi-février à fin mars, Dev Manraj et ses deux assesseurs s’attelleront à la tâche de l’analyse des données et de la rédaction du rapport dont la date limite pour la soumission est fixée au 29 mars, la fin de l’audition des syndicalistes étant, elle, prévue pour la mi-février.
Dès la publication du rapport du PRB en début d’octobre, la tension était monté d’un cran au sein des fédérations syndicales de la fonction publique, après une première analyse des recommandations sur les salaires et les conditions de service du Pay Research Bureau (PRB) pour la fonction publique et les corps para-étatiques préconisés par le directeur du PRB, Mohun Parsad Aujayeb. Dans un premier temps, la tête du N°1 du PRB était réclamée compte tenu « des dégâts que son rapport engendre au préjudice des salariés du secteur public ». Devant l’amertume et à la frustration grandissante dans les rangs des syndicalistes, le premier ministre Navin Ramgoolam devait intervenir pour « cool off » la tension en engageant des consultations avec les représentants des fédérations syndicales concernées. Le directeur du PRB a par la suite été mis sur la touche et un commissaire salarial indépendant nommé pour présider les travaux de l’Anomalies Committee.
Par ailleurs, l’industrie sucrière, qui a traversé une zone de turbulences en milieu d’année, fera l’objet d’importantes négociations au niveau national dès janvier 2013 en vue de la conclusion d’un nouveau Collective Agreement qui prendra effet à compter du 1er janvier 2014. Cet accord a été obtenu au terme d’une bataille épique entre les syndicalistes du Joint Negotiating Panel (JNP) de l’industrie sucrière et ceux de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA) avec comme arbitre, le ministre Shakeel Mohamed. « Artisans et laboureurs ont fait preuve d’une bravoure des grands jours pour défier la puissance des barrons sucriers. Ils ont voté massivement en faveur d’une grève en dépit de l’interdiction de l’ERT. Cette bravoure s’est traduite par une grande victoire où le JNP a acculé les compagnies sucrières et forcé de maintenir les négociations au niveau national », commente le syndicaliste Ashok Subron.
Ainsi, après deux semaines d’intenses négociations sous la médiation du ministre du Travail, Shakeel Mohamed, la menace de grève dans l’industrie sucrière a été désamorcée. Outre la tenue des négociations au niveau national, l’on retiendra dans cette formule pour satisfaire les deux parties que le ministre Mohamed devra enlever les 21 questions non résolues référées au National Remuneration Board et que la MSPA renoncera à son judicial review en Cour suprême. Les séquelles de cette affaire sont que les syndicalistes du JNP risquent toujours d’être inquiétés par le Central CID suite au dossier transmis par le président de l’ERT, Me Rashid Hossen, au directeur des poursuites publiques et au commissaire de police, pour des éventuelles poursuites après le non-respect de l’injonction contre tout préparatif de grève.
L’année 2012 a pris fin sur une note des plus électriques avec une intensification de la mobilisation syndicale contre les amendements proposés par le ministre Shakeel Mohamed aux deux lois du travail. L’objectif déclaré des principales organisations syndicales était de faire échec coûte que coûte à « la loi scélérate anti-travailleurs » de Shakeel Mohamed avec de graves atteintes au droit de grève et à l’avenir du syndicalisme à Maurice. Compte tenu de la conjoncture politique et avec la pression exercée par le mouvement syndical, le ministre du Travail et des Relations industrielles a fini par repousser la deuxième lecture des amendements aux lois du travail à la rentrée parlementaire en 2013 alors qu’elle figurait à l’agenda de la dernière séance parlementaire de 2012.
Toutefois, avant que le ministre Mohamed revienne sur sa décision, la situation devait se détériorer au cours de la dernière séance à l’assemblée nationale. Les animateurs de la General Workers Federation (GWF) et du JNP de l’industrie sucrière étaient en mode sit-in devant l’assemblée nationale en attendant une déclaration publique de Shakeel Mohamed pour le retrait de ce projet de loi à la séance parlementaire du jour. Mais celle-ci n’est jamais venue. Cette action étant illégale, la police devait ordonner l’arrestation de vingt-et-un manifestants. Ils ont toutefois été relâchés sur parole. Les animateurs de la GWF et du JNP ne manqueront pas de souligner par la suite qu’« il est clair que c’est notre mobilisation syndicale qui est venue à bout de l’obstination de Shakeel Mohamed de défendre les capitalistes et les barons sucriers par le biais de ces amendements aux lois du travail… »
Affaire à suivre en 2013 avec les consultations Mohamed/syndicats et les contre-propositions syndicales sur certains articles du projet de loi…