Le paysage des bookmakers pour les paris aux courses organisées par le Mauritius Turf Club, au Champ-de-Mars et ailleurs, pourrait connaître de profonds chambardements à partir de la prochaine saison hippique. Au cas où le projet envisagé serait mis en pratique, la Gambling Regulatory Authority (GRA), dont le président est Raouf Gulbul, n’allouera plus de patentes d’opération dans le monde du Gambling à des bookmakers individuels, mais à des entités dûment enregistrées sous la Companies Act. De son côté, le Mauritius Turf Club devra mettre de l’ordre dans ses comptes car les autorités veulent une ligne de démarcation entre les dépenses liées à la gestion du Club plus que bicentenaire et celles engagées dans l’organisation des courses de chevaux à Maurice. Par ailleurs, Lottotech, qui est en arbitrage avec le gouvernement, pourrait organiser plus d’un tirage du Loto par semaine car il n’y aurait « aucune contrainte » légale de par l’accord entre cette société et les autorités.
Les bookmakers, un des partenaires incontournables du monde des courses hippiques à Maurice, sont appelés « à disparaître ». En effet, dès l’année prochaine, la GRA pourrait décider de ne plus accorder de Bookmaker’s Licence à des individus comme tel est le cas actuellement. Les patentes ne seront allouées qu’à des sociétés enregistrées officiellement sous la Companies’ Act avec un conseil d’administration et une Management Team. Cette proposition devrait être avalisée par la GRA dans les prochaines semaines car à l’hôtel du gouvernement, l’on inscrit cette mesure dans la lignée de la réforme du Gambling World annoncée dans le dernier Budget.
De ce fait, les bookmakers, qui détiennent actuellement des licences émises par la GRA, seront encouragés à se regrouper en sociétés sur le modèle de William Hill. « Nous ne voyons aucun inconvénient si le nombre de compagnies de bookmakers autorisées par la GRA se résume à cinq », laisse-t-on entendre dans les milieux de ceux qui sont en faveur de cette proposition. À coup sûr, la réaction de la communauté des bookmakers se fera entendre dans la défense du Statu Quo.
Une autre raison poussant à une réorganisation corporative des bookmakers porte sur la mise en vigueur du paragraphe 313 du discours du budget, qui se lit comme suit : « There is also a growing connection between drug trafficking and illegal gambling that must be stopped. The Gambling Regulatory Authority Act will be amended to ban cash betting transactions above Rs 2, 000 ; to introduce an account based betting together with a player card program/system; and to make it mandatory for licensees /operators earning Rs 10 million or above, to report and file suspicious transactions to the Authorities. »
Ainsi, pour donner davantage de muscle à la formule de Payer Card Program pour ceux qui misent plus de Rs 2 000 ou encore pour imposer cette obligation de rapport des Suspicious Transaction Reports sous les dispositions de la Financial Intelligence and Anti-Money Laundering Act, les bookmakers doivent impérativement se transformer en entité légale reconnue sous la Companies Act. Avec ce justificatif, la fin du parcours du Bookmaker individuel au Champ-de-Mars est proche, « trop proche », diront certains avec la GRA adoptant ce nouveau cadre.
Par ailleurs, le litige au sujet des Fees à être réclamé par le MTC aux bookmakers, en particulier avec le puissant groupe mené par Jean-Michel Lee-Shim, est sur le point d’être réglé. Le rapport final d’arbitrage confié à la firme de consultants BDO proposera une formule, qui ne devrait nullement “rock the boat” au Champ-de-Mars. Le nouveau barème de Fees imposé aux bookmakers sera lié au chiffre d’affaires réalisé tout en évitant les Fixed Costs pénalisant certains.
Ce litige sur les Fees réclamés par le MTC à la société SMS Pariaz Ltd avait récemment été évoqué à l’Assemblée nationale. « In 2017, the Mauritius Turf Club maintained the charge of 4.5% of the weekly turnover and in addition claimed the Rs 5,9 m. supposedly owed to the club, whereas SMS PARIAZ Ltd maintained its stand and refused to pay either.  The charge of 4.5% on its weekly turnover and the dues of Rs 5,9 m. are deemed as unfair and excessive by SMS PARIAZ Ltd, which has objected thereto », avait fait comprendre le Premier ministre et ministre des Finances, Pravind Jugnauth, en marge de l’arbitrage de BDO.
Par contre, « the Mauritius Turf Club would have to come cleaner » sur ses comptes. Les autorités réclament une nette démarcation entre les frais de gestion du club et les dépenses encourues dans l’organisation des courses hippiques à Maurice. Des recommandations strictes devront être adoptées à cet effet après un complément d’études portant sur un état des lieux financiers du MTC.
Un autre changement, qui se profile à l’horizon : Lottotech pourrait être amenée à organiser plus d’un tirage du Loto par semaine. En effet, il n’existerait aucune contrainte légale imposée et la société n’aurait nullement besoin d’obtenir l’autorisation de la GRA. « Si Lottotech décide d’organiser plus d’un tirage par jour, rien ne l’empêche légalement », fait-on comprendre. Mais un accord doit être élaboré entre Lottotech et le gouvernement vu qu’un procès en réclamation a été logé en Cour depuis l’année dernière.
Officiellement, Lottotech affirme que « in its action against The Gambling Regulatory Authority and The Ministry of Finance and Economic Development, the company is asking for a review of the contribution rate to the Consolidated Fund and refund of the exceptional costs incurred for the scratch cards write-off and severance payment ». Dans ces mêmes réclamations, elle réclame le droit d’augmenter la fréquence des tirages hebdomadaires du Loto et aussi que la contribution au Consolidated Fund, qui est de 46% actuellement, doit être réduite au moins de moitié, si ce n’est dans la fourchette de 15,34% à 23,6%.
Les paris sont ouverts…