Eu égard à l’importance et à la complexité de l’économie, sa gestion est tout naturellement confiée à des hommes ou des femmes ayant fait de hautes études en la matière faisant d’eux/d’elles des experts/es, aptes à en maîtriser les tenants et aboutissants. Cette approche rencontre, tout aussi naturellement, l’approbation de la majorité d’entre nous, citoyens lambda, ayant une connaissance minimale du sujet mais néanmoins dotés d’un minimum de bon sens.
Ainsi la dernière réunion du Monetary Policy Committee (MPC) laisse perplexe pour dire le moins. D’une part, le gouverneur de la Banque centrale (BOM) et ses deux adjoints ainsi que M. Jayen Chellum de l’Association des Consommateurs de l’Ile Maurice soutiennent qu’une majoration du Repo Rate était nécessaire pour contrer le danger inflationniste et d’autre part, les cinq représentants nommés par le Ministère des Finances militent pour une baisse en vue de favoriser la croissance et combattre le chômage. Raisonnement contraire certes mais néanmoins pertinent. Ces derniers, par vote majoritaire, l’emporteront. So far so good. Mais un hic rend perplexe, inquiète même.
En effet, le citoyen lambda comprend parfaitement que les avis des experts peuvent diverger, avec des arguments diamétralement opposés mais néanmoins d’égale valeur. Cependant, nous sommes loin de ce scénario quand le special guest à la réunion du MPC, Ali Mansoor, le secrétaire financier, tient des propos qui vont bien au-delà d’un désaveu cinglant du Top Management de la BOM.
Jugez-en : « The Bank of Mauritius has consistently been over-worried about inflation and part of the problem lies in blindly following models. » Il enfonce le clou avec « … the MPC should think about its responsibility, not only to history but also right now… » Et l’estocade : « Ceux qui prônent une révision à la hausse du Repo Rate engagent l’économie dans une voie SUICIDAIRE. » Pour ceux et celles connaissant le poids des mots, ces claques (au pluriel) sont mortelles et, en y regardant de plus près, sont susceptibles de disqualifier la BOM comme partenaire crédible car exposant une supposée carence monumentale dans sa capacité d’analyse.
Cela étant, ces divergences pouvaient-elles être aplanies ? Peut-être que oui : quelques points de base ajoutés au Repo Rate – impactant positivement l’épargne et freinant l’inflation – se doublant d’une petite réduction du taux à l’emprunt pratiqué par les institutions financières, fouettant ainsi l’investissement et par conséquent la croissance, condition indispensable pour lutter efficacement contre l’hydre du chômage. Ce que les institutions financières perdraient sur les taux elles pourraient le récupérer sur le volume. Mais également sur une éventuelle diminution des créances douteuses du fait des débiteurs plus performants car bénéficiant d’un loyer de l’argent moins onéreux. Soulignons par ailleurs que certains économistes soutiennent qu’une réduction du différentiel du taux d’intérêt rejaillit positivement sur la prime de risque pays, rendant ainsi moins coûteux les instruments de financement du commerce international (garanties bancaires, confirmations des crédits documentaires, etc.). Un aspect non-négligeable pour booster la profitabilité des banques.
Un autre élément mérite qu’on s’y arrête : les trois membres du Top Management de la BOM ont tous voté dans le même sens. Contrairement à certains, nous ne ferons pas l’injure aux adjoints du gouverneur en les accusant d’avoir fait abstraction de leurs propres analyses pour docilement toe the line. Nous laisserons l’art de la soumission aux politiciens roder bout, préoccupés par la glorification éhontée du chef.
En attendant, joignons nos voix à celle de Gilbert Gnany, économiste respecté, qui dans Le Mauricien du jeudi 4 juillet 2013 appelait la nécessaire collaboration des différents stakeholders en ces termes : « A titre d’exemple, une meilleure harmonisation de la politique monétaire et fiscale est une condition sine qua non en vue de la réalisation des objectifs macroéconomiques. Il serait donc judicieux pour tout un chacun de laisser de côté ses divergences d’opinion afin d’adopter une approche concertée vers l’avancement du Mauritius Inc. »
Exit donc tout ego surdimensionné et banni tout effortless sense of superiority. Au cas contraire, nous pourrions être témoins d’une implosion du MPC avec une nouvelle distribution des cartes.