La dernière réunion du Monetary Policy Committee de la Banque de Maurice, lundi dernier, a confirmé que cette dernière institution et le ministère des Finances ne sont pas sur la même longueur d’onde en matière de politique monétaire. D’ailleurs, le gouverneur Manou Bheenick a concédé qu’il s’est retrouvé en minorité au chapitre du Key Repo Rate. Il était en faveur d’un rajustement à la hausse de 10 à 25 points du taux directeur bancaire alors que le ministère des Finances, à travers le secrétaire financier, Ali Michael Mansoor, prônait une baisse de 50 points, soit de 4,9% à 4,4%. Il a également révélé que Jayen Chellum, de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM), était en faveur d’une hausse de 15 à 25 points.
Finalement, au moment du vote, le Monetary Policy Committee a entériné une baisse de 35 points du Repo Rate, soit de 4,9% à 4,65%. L’autre fait à noter de ces délibérations est cette révision à la baisse des estimations de la croissance économique, soit dans la fourchette de 3,2% à 3,7% contre 3,4% à 3,9% précédemment. Cette tendance baissière devrait être confirmée par Statistics Mauritius vers la fin de la semaine. La réduction du Repo Rate pourrait influer sur les efforts en vue d’insuffler un nouvel élan à la croissance.
Le diagnostic de l’économie par la Banque de Maurice n’est guère brillant. “The domestic continues to be vulnerable to the subdued external environment. Economic performance has been below trend, with slow growth recorded in major export sectors despite diversification efforts, while a significant contraction has been noted in the construction sector”, note le communiqué officiel émis après la réunion du MPC.
Intervenant lors d’un point de presse mardi, Manou Bheenick a voulu remettre en perspective cette révision à la baisse en affirmant qu’“alors que d’autres pays sont en décroissance économique, nous à Maurice sommes toujours en croissance.” Il estime que les secteurs du textile et de l’habillement, du seafood hub et même du tourisme vont enregistrer une croissance cette année. “La situation économique n’est pas aussi dramatique en terme de croissance si l’on prend en considération que nous sommes dans la cinquième année de crise”, a-t-il renchéri.
Parmi les sujets d’inquiétudes abordés, le gouverneur de la Banque de Maurice a mis en garde contre les risques de reprise de l’inflation susceptible de terminer l’année entre 5,3% et 5,8% et aussi la détérioration sur le plan des prêts non-productifs et des créances douteuses. Il a exprimé le souhait de voir les banques commerciales faire preuve de prudence au chapitre de l’octroi des crédits, notamment à la construction et à l’industrie touristique.
D’autre part, la banque centrale envisage de revoir l’exercice de reconstitution de ses réserves en devises, initiée depuis la mi-2012. Il s’avère que cette opération est extrêmement onéreuse, Manou Bheenick soutenant que “la roupie n’est pas surévaluée”.