La mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill envisage des poursuites légales à l’encontre du promoteur Hans Berjeeraz après avoir constaté la reprise des travaux d’extraction de rochers et de concassage de rochers au Morcellement Hermitage, Coromandel, sur un chantier situé sur la berge gauche de la Grande-Rivière-Nord-Ouest. Un stop order avait pourtant été émis en juin 2012 par la municipalité, et le ministère des Infrastructures publiques avait recommandé l’interdiction d’accès à ce chantier.
Le promoteur se croit-il au-dessus des lois ? C’est la question que se posent les habitants du Morcellement Hermitage qui ont constaté le retour de camions, d’excavateurs et pelleteuses sur un chantier situé sur la berge gauche de la Grande-Rivière-Nord-Ouest où des travaux de terrassement et d’épierrage étaient en cours durant plus d’un an. Ce chantier, de même que deux autres au Morcellement Hermitage, avait fait l’objet d’une évaluation technique par des ingénieurs du ministère des Infrastructures publiques (MPI), de la mairie de BB/RRH et des experts en glissement de terrain de la Japan International Cooperation Agency (JICA). Laquelle évaluation avait souligné l’instabilité de cette zone située sur la pente de ravins. Le MPI avait préconisé comme mesure d’urgence d’enlever la terre instable de ce chantier de même que les rochers qui représentent un danger pour le voisinage. Le ministère a ensuite recommandé que ce site soit sécurisé avec l’installation de panneaux de signalisation en vue d’avertir contre les risques de glissements de terrain et d’empêcher quiconque de s’y aventurer. En dépit d’un stop order de la municipalité émis en juin 2012 à l’encontre du promoteur interdisant des travaux de toute nature, des machines s’attellent depuis la semaine dernière à l’extraction et au concassage sur place de rochers. Un camion se charge à son tour de transporter ces rochers ailleurs. Ces rochers, appelés “ros kouler”, représenteraient un filon juteux.
Depuis la publication de ce rapport du ministère, aucune mesure n’a été enclenchée par le promoteur. Le maire Toussaint André, accompagné de ses ingénieurs, s’est rendu mardi après-midi et hier matin sur le site en question et a constaté la poursuite des travaux. Il fait part de sa colère. « Le promoteur n’a rien respecté. La municipalité lui a accordé le permis pour la construction du mur de soutènement sur un chantier à la Rue Maxime Boodoo et jusqu’à l’heure rien a été fait. De plus, il était censé mettre en oeuvre les recommandations du ministère des Infrastructures Publiques », dit-il. La municipalité compte de ce fait avoir recours à la justice et déposera dans les jours qui viennent, en Cour suprême, une motion visant à obtenir une injonction pour faire stopper les travaux au Morcellement Hermitage. « Nous faisons tout notre possible à notre niveau pour trouver une solution à la situation, en dépit de notre budget limité, et aujourd’hui un promoteur se permet d’agir ainsi. Je suis en colère, surtout après les événements tragiques du week-end, et nous avons là un promoteur qui fait preuve de négligence », ajoute Toussaint André.
La mairie a rendez-vous aujourd’hui avec son conseil légal afin de décider des sanctions à prendre et en vue de poursuivre le promoteur Berjeeraz.
La reprise des travaux de concassage de rochers au Morcellement Hermitage a d’ailleurs fait l’objet de commentaires hier, lors du conseil municipal, du conseiller Devesh Budlorun et du maire de la ville, qui ont accusé le promoteur de ne pas se soucier de la sécurité des habitants de cette région. Un drain aurait été bouché par les contracteurs désignés par le promoteur, gênant la canalisation de l’eau lors des averses.
Frayeur des habitants
Sur un autre site à la rue Maxime Boodoo, exploité par le même promoteur, des travaux pour la construction du retaining wall restent abandonnés depuis plusieurs mois, faisant de cet endroit un chantier fantôme avec les barrages de tôle placés sur la route. Ce mur de soutènement devait remplacer le précédent mur d’une dizaine de mètres de hauteur construit par le promoteur et qui s’était écroulé le 20 août 2012. Une tranchée avait été fouillée et à chaque pluie, celle-ci se remplissait d’eau boueuse. Lors des pluies diluviennes qui ont affecté le pays, la situation a empiré, selon le témoignage des riverains. La tranchée en question a été complètement submergée par l’eau boueuse. La boue qui dévale des pentes du chantier a gagné la route et a pénétré dans les cours des habitants. « S’il avait plu 30 minutes de plus, cette tranchée aurait débordé et les conséquences auraient pu être très lourdes pour le voisinage », soutient Melvin Ramasawmy. Les habitants témoignent avoir vécu le week-end des pluies diluviennes dans l’anxiété totale avec la peur d’une catastrophe, voire des éboulements et des glissements de terrain. « Faut-il que nous ayons des morts pour que les promoteurs se décident une bonne fois pour toutes à réparer leurs erreurs et que les autorités prennent les actions nécessaires ? », s’interroge Jacques Nombro, le porte-parole des habitants.