Des habitants du Morne réclament le droit d’exploiter un terrain dit “privé” et situé entre le village et la montagne. Ils ont soumis aujourd’hui une pétition au Premier ministre, lui demandant d’intervenir en leur faveur. Selon eux, les terrains dans cette région étaient déjà occupés par les descendants des esclaves en fuite par le passé et le manque d’espace dans la localité aujourd’hui les pousse à revendiquer leurs droits.
Dans leur lettre d’explication, les habitants du Morne disent faire appel au sens « de la sagesse et de la justice » du Premier ministre. « Nous souhaitons que soient réglées les difficultés auxquelles nous faisons face depuis plusieurs générations, notamment le manque d’espace habitable, d’espace pour les exploitations agricoles et d’espace pour des développements de base que nécessite notre village. »
Yoni Auguste, porte-parole des habitants, rappelle ainsi que Le Morne est un village enclavé se trouvant entre la mer et une chaîne de montagnes. « Cet encerclement empêche une expansion physique de notre village et a de lourdes conséquences sur la population », explique-il. Virginia Botte, une jeune fille du village, témoigne : « Nous vivons à quatre ou cinq familles par maison, et parfois plus. Comment les enfants vont-ils s’épanouir dans ces conditions ? »
Les habitants, regroupés au sein du Kolektif Vilaz Morne, soutiennent également que le manque d’espace en pousse beaucoup à quitter cet endroit pour aller vivre ailleurs. « Ce problème d’accès à la terre est en train de déposséder le village du Morne d’un aspect important de son unique héritage : sa population », disent-ils encore dans leur lettre.
Si le terrain qu’ils réclament est aujourd’hui reconnu comme étant privé, les habitants rappellent que « l’Histoire reconnaît que les esclaves marrons et leurs descendants ont vécu à différents endroits sur et autour de la montagne », notamment à Trou Chenille, avant d’être délogés « dans des conditions inhumaines ». Ils invitent ainsi le Premier ministre à veiller que ce qui revient « légitimement aux enfants du Morne » leur soit rendu. Ils rappellent également que feu Sir Seewoosagur avait lui-même affirmé que ces terres appartenaient aux villageois, ce qui est d’ailleurs mentionné dans l’Economic and Development Plan du Morne. Les signataires de la pétition dénoncent également « les intérêts pécuniaires et privés » de cette partie de l’île. Ils ne manquent pas de faire un contraste entre les villas et appartements luxueux, « dont certains sont la propriété d’étrangers », et les conditions « déplorables » dans lesquelles ils vivent.
Cette démarche des habitants du Morne est soutenue par Rezistans ek Alternativ. Dans un communiqué émis en début de semaine, le mouvement explique que leur demande est tout à fait légitime. « Historiquement, ces régions ont été habitées par des esclaves marrons qui ont lutté contre l’oppression. Ces habitants sont leurs descendants légitimes », rappelle Veena Dolah, une des signataires du communiqué.
Rezistans ek Alternative fait ressortir également que l’article 1(b) de l’Intangible Cultural Heritage Convention (2003) stipule : « The purpose of this convention is to ensure respect for the intangible cultural heritage of the communities, groups and individuals concerned » La convention souligne également que la base même du patrimoine intangible repose sur les pratiques sociales et traditions orales, entre autres, jusqu’ici conservées par la population. Or, souligne Rezistans ek Alternative, cet aspect du patrimoine « est aujourd’hui compromis » avec les restrictions d’accès aux terres. Le mouvement note également que cette situation est en contradiction avec l’expansion des terres résidentielles aux étrangers « fortunés » dans l’Ouest du pays. « Les habitants du Morne, eux, sont pris entre la montagne et la mer, avec les problèmes sociaux et le chômage. » Ce sont autant de raisons qui poussent Rezistans ek Alternativ à s’engager dans ce combat. Le mouvement est également d’avis que si ce problème d’accès aux terres n’est pas réglé, le gouvernement démontrera qu’il n’a « aucun intérêt pour l’égalité et la sauvegarde de la mémoire collective ».