Selon l’étude réalisée par la National Empowerment Foundation (NEF) sur les poches de pauvreté en 2007, Le Morne est la région comptant le plus grand nombre de familles vivant sous le seuil de pauvreté. La base de données de la NEF indique que quelque 7 000 familles vivent avec un salaire de moins de Rs 5 000 par mois.
À Dilo Pouri, au pied de la montagne du Morne, certains ont pu sortir de l’extrême pauvreté à force de persévérance. Les maisons en dur qui se dressent face à la mer en témoignent. Mais pour la majorité d’entre eux, la situation est loin d’être aussi réjouissante.
En empruntant les sentiers menant à l’intérieur du quartier, on croise des maisonnettes en tôle dont la plupart sont dans un état critique. C’est là que vit Sheila Beeharry, mère de deux enfants. Depuis trente ans, elle se bat pour offrir une meilleure qualité de vie aux habitants. « Avec d’autres travailleurs sociaux, nous avons pu faire construire 23 maisons à travers le trust fund. Sauf que ces maisons en tôle et en bois ne comprenaient pas de toilettes. Les gens ont aménagé des latrines comme dans le passé. »
Dilo Pouri se situant au pied de la montagne, le terrain est rocheux. Les latrines aménagées ne sont pas profondes et débordent rapidement. « Quand il pleut, cela pose un vrai problème d’hygiène. » C’est pour offrir de meilleures conditions sanitaires à ces familles vulnérables que le Groupe pauvreté Le Morne Village, dont Sheila Beeharry est la présidente, a élaboré un projet de construction de toilettes pour 14 familles vulnérables. « Nous avons identifié les plus nécessiteux qui sont dans les règles. »
Il faut le savoir : Dilo Pouri est un crown land. Certaines familles ont obtenu un bail de l’État, alors que d’autres n’en possèdent pas. Ce qui constitue un obstacle majeur à l’intégration car la National Empowerment Foundation n’investit pas dans le logement pour ceux qui ne sont pas dans les règles.
De son côté, Sheila Beeharry verra son projet de toilettes être rejeté. Elle a reçu une lettre de la Fondation qui devait financer le projet, l’informant de la mauvaise nouvelle. « La NEF m’a donné plusieurs explications. Dans un premier temps, on m’a dit que je devais chercher mon sponsor moi-même. Ensuite, on m’a dit que la construction de toilettes ne figurait pas sur les guidelines de la CSR. Finalement, on m’a expliqué que c’est la NEF elle-même qui construira les toilettes. Mais à ce jour, on ne voit rien. »
Notre interlocutrice est d’autant plus remontée qu’elle dit avoir dépensé la somme de Rs 6 000 pour rédiger le projet et demander des cotations aux entreprises dans la construction. Mais plus que cela, c’est la déception des habitants qui inquiète le plus les membres de l’ONG. Véronique Prudence, la secrétaire, fait ressortir : « Quand vous donnez espoir aux gens et qu’ensuite vous ne pouvez concrétiser le projet, ils perdent confiance en vous. La prochaine fois, ils refuseront de collaborer. »
Conditions de vie difficiles
Savritri Ragoo, dont le mari est malade et qui a à sa charge sa petite-fille, attendait beaucoup de ce projet. « Ma maison a brûlé en 1994. Jusqu’ici, je n’ai reçu aucune aide. Quand il pleut, l’eau descendant de la montagne passe à travers ma maison pour aller vers la montagne », raconte-t-elle en pleurs.
Un peu plus loin, Dorande Ally connaît autant de difficultés dans sa maison dont le toit est complètement abîmé. La poutre repose sur son armoire. Au moindre mouvement, il peut s’effondrer. « Je suis couturière, c’est ce qui me permet de gagner ma vie. Malheureusement, à cause de la pluie, j’ai perdu deux machines à coudre. Elles ont été abîmées par l’eau. »
Guylène Louis, qui vit dans la localité depuis une vingtaine d’années, ne connaît pas le même problème. Toutefois, elle ne sait plus où aménager de nouvelles toilettes. « Deux latrines ont été bouchées. Nous avons commencé à fouiller une troisième, mais avons dû nous arrêter car il y a une grosse pierre. »
À la NEF, la Programme Manager de la région ouest laisse entendre qu’il est difficile de faire des projets pour les personnes de Dilo pouri, car beaucoup ne sont pas dans les règles. Elle avance qu’en ce qui concerne l’hygiène, il n’y a aucun projet pour le moment.
Au niveau du National CSR Committee, Sanjeev Gopal, le responsable, dit n’avoir jamais reçu le projet de l’ONG du Morne. « Si le projet a été rejeté c’est peut-être au niveau de la Fondation en question, mais pas à notre niveau. » Ce que nous confirme le responsable de la Fondation. Mais Sheila Beeharry n’en croit rien. « Cela démontre tout simplement qu’ils ne comprennent pas le malheur de ceux qui sont dans le besoin », lâche-t-elle, amère.