Le Kolektif Vilaz Morne estime que les activités économiques et la vie au village du Morne, qui constituent la dimension immatérielle intrinsèquement liée au paysage culturel du site mauricien classé patrimoine mondial de l’UNESCO en 2008, « sont en danger parce que les villageois n’ont pas accès aux terres pour continuer à y vivre et s’adonner à l’agriculture ». Il lance un appel au gouvernement afin de pouvoir bénéficier et exploiter les 43 arpents de terre qui se trouvent derrière le village. C’était hier, lors d’une conférence de presse au siège du Centre for alternative research and studies, à Moka. Le collectif en collaboration avec le centre prévoit une conférence publique sur la question à la fin de ce mois.
Brossant un tableau de la situation géographique du village du Morne, Yoni Auguste, membre du collectif, souligne qu’il est enclavé avec d’un côté la montagne et de l’autre la mer. Pendant de nombreuses années, dit-il, les habitants du Morne ont travaillé le terrain qui se trouve derrière le village, mais « en 1986, la société Petit Morne affirme l’avoir acheté de la famille Gambier ». Or, poursuit-il, « des recherches du collectif n’indiquent à aucun moment que ces terres ont été la propriété d’individus ». Il est d’avis qu’« il s’agit d’un terrain de l’État ». « Dans le passé, comme le fait ressortir le rapport de la Commission justice et vérité, il y a de nombreuses personnes qui ont été dépossédées de leurs terres ». Yoni Auguste lance un appel au gouvernement pour faire le nécessaire afin que ces terres soient mises à la disposition des villageois pour une exploitation économique, mais aussi pour soutenir la croissance démographique du village, faute de quoi « le patrimoine immatériel » sera en danger. « Nous faisons partie de ce patrimoine et s’il n’y a plus de place pour nous et pour nos activités, il n’existerait plus », affirme-t-il.
Pour étayer ses propos, Yoni Auguste cite le Local Economic Development plan (LED Plan) version 2 pour la période 2014-2019 qui devrait accompagner le plan de gestion du site et qui a été élaboré par le Morne Heritage Trust Fund (MHTF) avec le soutien d’un consultant de l’UNESCO, mais qui n’a pas encore été rendu public : « It is plainfully obvious that the village is highly constrained in terms of growth and that food security, as well as small business based on fresh produce can be greatly improved by having access to the land immediately behind the village ».
«Nou pe dir l’Eta ena enn responsabilite pou pran ladan », lance Stephan Gua de Rezistans ek Alternativ qui soutient le collectif et les habitants du village dans cette revendication. Il rappelle qu’un jugement est tombé au sujet de leur « occupation illégale du terrain » et que les villageois qui avaient occupé ces terres ont été sommés de quitter les lieux au plus tard le 30 novembre 2015. Le collectif et Rezistans ek Alternativ se disent « insatisfaits de cette décision de la cour », estimant qu’« elle n’a pas pris en considération les injustices et les inégalités historiques liées à l’esclavage ». Cependant, le collectif n’a pas encore pris une décision quant à la démarche légale qu’il entreprendrait. Stephan Gua demande à l’État de compléter le travail commencé par l’institution de la Commission justice et vérité et de mettre à exécution ses recommandations. Il estime que dans la foulée de la récupération des terres allouées par l’ancien gouvernement à certaines personnes, le ministère des Terres et du Logement a le devoir d’intervenir dans ce cas.
Les deux mouvements trouvent également injuste que la montagne du Morne, qui est la core zone du patrimoine mondial de l’UNESCO, soit accessible « seulement à un groupe de personnes qui de surcroît s’adonnent à des activités commerciales sur place ». « Zot tou sel pe fer kas lor patrimoine mondial », affirme Aichah Soogree, de Rezistans ek Alternativ. Elle doute de l’état de conservation du site. « Si seulement un groupe de personnes y a accès, comment saurons-nous ce qu’elles y font ? Ziska kan l’Eta pou kontinie aksepte se ki pe pase ? Est-ce qu’il a peur d’aborder la question ? L’État a le pouvoir de prendre une décision et il y va de sa responsabilité », ajoute l’intervenante. « C’est un patrimoine de l’Humanité qu’on le rende à l’humanité », lance pour sa part Stephan Gua.
Le collectif de même que le centre de recherche prévoient une conférence sur le sujet à la fin du mois. Une correspondance a été envoyée à l’Officer in charge du MHTF, Magali Sinatambou, au ministre des Arts et de la Culture, Santaram Baboo et au ministre des Terres et du Logement, Showkutally Soodhun. Ils sont invités à faire part de leurs projets respectifs pour le Trust Fund et le village. Deux dates, au choix, sont proposées à ces invités : le 28 ou le 29 août.