Pour marquer les sept ans de l’inscription du paysage culturel du Morne sur le site du patrimoine mondial de l’Unesco, le Morne Heritage Trust Fund a organisé samedi dernier une demi-journée d’activités récréatives à l’intention des artisans de la localité, au village du Morne. L’occasion pour eux de montrer leur savoir-faire au public. Cependant, la plupart affirment faire face à un problème de commercialisation de leurs produits.
Le mauvais temps de samedi oblige, l’expo-vente des produits des artisans locaux prévue sur la plage du village du Morne a finalement eu lieu sous la varangue et dans la cour du bureau du MHTF, au Morne. Malgré tout, peu de personnes ont fait le déplacement. « Letan inn fer defo », se désolent les belles soeurs Ketty Charlot et Christelle Larusee, qui se sont récemment lancées dans la fabrication de fleurs en nylon. « Nou’nn apran fer fler dan sant kominoter. Premie fwa nou expose, nou ti pou kontan gagn enn plas pou kapav vande », font-elles ressortir. Idem pour les soeurs Marie-Bélinda et Rosida Verloppe, qui fabriquent des bijoux fantaisistes. Elles ont bénéficié d’une formation animée par Anil Lollbeeharry les samedis matins au centre communautaire de la localité. Celui-ci, habitant du Morne, est responsable du projet “Nou tou ensam”. Son but :  regrouper les habitantes, surtout pour développer des projets économiquement viables. Dans ce sillage, il lance un appel aux bénévoles qui pourraient les aider à écrire leurs projets de manière professionnelle afin de pouvoir bénéficier de financements des bailleurs de fonds.
Magda Marie et Nazima Shamtally, quant à elles, font surtout des achards. La confection de leur produit se fait cependant d’après des méthodes anciennes. « Nou ti kontan gagn enn plas dan Le Morne pou kapav van nou zasar », confient-elles. À ce jour, elles arrivent à le faire seulement par le bouche-à-oreille.
Les soeurs Sylvie Mineur et Aileen Louis, filles de la doyenne du Morne Elizabeth Louis, âgée aujourd’hui de 87 ans, gagnent leur vie tantôt en contractant des projets sur une base périodique, tantôt en vendant leurs captures de la mer ou les casiers et autres bijoux qu’elles fabriquent chez elles. Construits à partir de lamelles de bambous, les casiers, expliquent-elles, sont plutôt d’ordre décoratif. « Pou lapes pwason bizin se ki pli gran », affirment-elles, en précisant que les petits peuvent cependant être utilisés pour capturer les homards. Souvent, c’est en vendant leur prise à des passants après une partie de pêche de coquillages et crustacés qu’elles parlent de leurs activités artisanales. « Se koumsa ki nou resi vande », disent-elles, en souhaitant un jour trouver un lieu convenable pour mieux commercialiser leurs produits. Devika Bhonoo, elle, est fière de ses réalisations artisanales à partir de patole. « Mo pran patol la so endan et mo fer sek pou fer bann obze », explique-t-elle. Notre interlocutrice travaille aussi à partir des morceaux d’écorce et des noix de coco. Comme ses voisines, la vente de ses produits se fait aussi par le bouche-à-oreille.
Pour sa part, Priscilla Bernard est la seule qui arrive à écouler ses produits un peu plus facilement. Bénéficiant du soutien de la Fondation espoir et développement (FED) du groupe Beachcomber, avec cinq autres femmes, elles fabriquent des produits en céramiques dans une usine à La Gaulette. Théière « baton », coupelle, sous-plat – parmi d’autres objets utilitaires –, ses produits sont vendus dans les hôtels du groupe. Elle salue l’initiative du MHTF et espère que d’autres activités similaires seront organisées à l’avenir.
Les officiers de même que la responsable du bureau, Magali Sinatambou, et le nouveau président du conseil d’administration du MHTF, Georges Lasci, étaient aux côtés des artisans en ce samedi matin.