Nabil el-Salfiti looks on as his wife Faten (R) places the star on top of a Christmas tree at their home in Gaza City on December 22, 2019. - A few hundred Gazan Christians have traditionally been granted permits to attend Christmas festivities in Bethlehem and Jerusalem each year. This year Israel initially didn't announce any permits, prompting criticism among church groups and media. (Photo by MAHMUD HAMS / AFP)

Sapin illuminé, murs chargés de décorations et figurines du Père Noël sur la table: la maison d’Hanadi Missak est fin prête pour Noël et pourtant cette Palestinienne de la bande de Gaza regrette de devoir rester chez elle.

Mme Missak, 48 ans, est l’une des quelque centaines de chrétiens de l’enclave palestinienne ayant demandé à Israël l’autorisation de voyager jusqu’à Bethléem, lieu de naissance de Jésus selon la tradition chrétienne, situé en Cisjordanie occupée.

Tout Palestinien désirant se rendre de Gaza à la Cisjordanie doit traverser le territoire israélien et obtenir un permis auprès des autorités israéliennes. Celles-ci refusent souvent d’accorder le précieux sésame, ou ne donnent pas de réponse au demandeur, comme cela a été le cas pour Mme Missak.

Selon des responsables religieux palestiniens, seule une personne sur cinq a reçu un permis, un chiffre particulièrement bas cette année.

A mesure que les festivités approchent, Hanadi Missak a abandonné tout espoir de rejoindre ses milliers de coreligionnaires près de la basilique de la Nativité.

« J’avais pourtant espoir d’aller à Bethléem mais cela n’a pas été possible », déclare Mme Missak à l’AFP.

« Il y a là-bas de vraies célébrations, avec les prières, les décorations dans la rue (…) et la messe de minuit y est merveilleuse », soupire-t-elle.

– « Droit humain » –

Le nombre de chrétiens dans la bande de Gaza est en baisse régulière, notamment depuis la prise de pouvoir du mouvement islamiste Hamas dans l’enclave palestinienne en 2007.

Selon des responsables chrétiens à Gaza, ils ne seraient plus qu’un millier à vivre aujourd’hui dans le territoire palestinien, contre plus de 7.000 avant 2007.

Directrice d’une école chrétienne, Mme Missak a célébré plusieurs années de suite la fête de la Nativité à Bethléem et ne sait pas pourquoi elle n’a pas reçu d’autorisation cette année.

Israël n’avait dans un premier temps accordé aucun permis, suscitant les critiques des chrétiens palestiniens et des médias.

Des titres de voyage seront « émis en fonction d’évaluations de sécurité », a indiqué dimanche dans un communiqué l’organe israélien chargé des opérations civiles dans les Territoires palestiniens (Cogat).

Sollicité à plusieurs reprises par l’AFP, le Cogat n’a pas indiqué combien d’autorisations avaient été accordées ni donné de précisions à propos de Mme Missak. Selon Wadie Abou Nassar, porte-parole des Eglises de Terre Sainte, 192 personnes ont reçu des autorisations, sur 951 demandes.

« Nous espérons toujours qu’il y en aura davantage, de nombreuses autorités israéliennes nous ont fait des promesses en ce sens », affirme M. Abou Nassar.

Célébrer Noël à Bethléem est, en tant que chrétien, « un droit humain de base qui doit être respecté », assure-t-il.

La bande de Gaza est dirigée par le mouvement islamiste Hamas, avec lequel Israël a livré trois guerres depuis 2008 et qui est accusé de profiter des permis de voyage pour planifier des attaques anti-israéliennes.

Israël impose depuis plus de dix ans un blocus sur l’enclave, appauvrie et coincée entre l’Egypte, Israël et la mer Méditerranée, où vivent deux millions de personnes.

– Rambardes de faux houx –

Parmi les Palestiniens contactés par l’AFP et ayant pu quitter la bande de Gaza, aucun n’a voulu s’exprimer, par peur de ne pas être autorisés à quitter l’enclave pour Noël l’année prochaine.

Nabil al-Salfiti et son épouse Faten ont eu la chance d’obtenir un laissez-passer mais ont finalement décidé de ne pas voyager, en raison de contraintes financières mais aussi parce que leur fils n’a pas reçu de permis.

« Il n’y a pas beaucoup de joie (à Gaza), la vraie joie est à Bethléem où le Christ est né », a dit Faten al-Salfiti.

Dans le passé, les autorités de l’enclave organisaient de larges festivités pour Noël. Celles-ci n’ont plus lieu depuis la prise de pouvoir du Hamas en 2007.

Même si elle doit rester à Gaza, Mme Missak est résolue à fêter Noël chez elle, où les rambardes sont décorées de faux houx.

Voisins et amis, dont certains sont musulmans, viendront prendre part aux festivités.

« Malgré toute la misère à Gaza, j’essaye de célébrer Noël dans la joie », confie-t-elle.

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