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  • Le manque d’encadrement du gouvernement dénoncé

L’annonce du gouvernement de lancer des moto-écoles pour lutter contre les accidents fatals impliquant ces véhicules a entraîné l’ouverture de deux centres d’apprentissage situés à Brisée-Verdière et à Rose-Hill. Si dans un premier temps, 200 000 apprenants étaient attendus à s’inscrire à un cours comprenant au moins 40 sessions de formation avant de passer un examen de pratique, des moniteurs clandestins ont profité de l’occasion pour donner des leçons. Leurs coûts, moins élevés que ceux des moniteurs professionnels, ont entraîné une baisse dans le nombre d’élèves dans les moto-écoles agréées. La concurrence déloyale de la part des moniteurs « marron » est dénoncée par les deux principales moto-écoles du pays.

La situation est devenue de plus en plus difficile pour Rajen Naga, propriétaire de la Naga Driving School. Mettant en gage sa maison pour investir dans des infrastructures dans le but d’ouvrir une moto-école, il rencontre une baisse dans le nombre d’élèves et déplore que l’absence d’encadrement de la part du gouvernement ne soit pas encourageante pour continuer ses activités. « Nous sommes toujours en opération mais, depuis que la police a dit qu’il n’est pas nécessaire de passer par une moto-école avant de passer son test de pratique, nous avons perdu beaucoup d’élèves », avance Rajen Naga. Selon lui, cette annonce a encouragé les élèves à délaisser les moto-écoles. « Personne ne s’intéresse aux moto-écoles maintenant », constate-t-il.

Depuis la mise en place des centres, des moniteurs clandestins ont émergé de toutes parts et ont commencé à donner des leçons après les heures de bureau, et ce en choisissant des régions assez méconnues pour qu’ils ne soient pas vus par des policiers. « Les élèves ont quitté nos cours pour continuer avec des clandestins », regrette Rajen Nagal. Il constate également qu’il est devenu « plus difficile » de trouver des moniteurs qualifiés car ces derniers préfèrent travailler pour eux-mêmes. Rajen Naga indique que deux de ses moniteurs ont comploté pour travailler clandestinement et ont informé les élèves qu’ils pouvaient leur donner des leçons sans passer par la moto-école. « Nous devons débourser au moins Rs 200 000 chaque mois pour nos opérations contrairement aux moniteurs clandestins. Nous avons des employés à payer », dit-il.

Rajen Naga souligne avoir averti les autorités pour que les lois soient changées et appliquées mais constate que « rien n’est fait ». Il poursuit : « Il n’existe aucun règlement ni d’encadrement. Nous n’avons aucun encouragement dans ce que nous faisons. » Selon ses recherches, les moniteurs clandestins sont présents à Flacq et à Camp-Fouquereaux. « Si le gouvernement me demande de fermer ma moto-école, je le ferai au lieu de perdre de l’argent. Si au moins on réalisait le nombre de fatalités qu’on a sur les routes », dit-il. Rajen Naga estime que tous les dispositifs n’ont pas été mis en place par les autorités concernées avant que les moto-écoles ne débutent leurs opérations.

En passant par une moto-école, Rajen Naga soutient que l’apprenant doit choisir un plan qui coûte Rs 9 500 avant de passer son test et obtient une carte d’apprentissage qui lui permet de suivre son progrès. « Avec 40 sessions de formation, c’est un prix dérisoire », dit-il. Pour lui, les profits que lui génère sa moto-école sont « très faibles ». Ayant investi une forte somme d’argent pour la construction d’une piste et pour l’achat de quatre motocyclettes, il dit avoir mis en gage sa maison.

« L’assurance de ces quatre motocyclettes me coûte Rs 150 000 par an », précise-t-il compte tenu du nombre d’élèves qui sont des “learners”. En ce moment, il indique n’avoir que 65 élèves. Toutefois, il se réjouit que bon nombre aient réussi leurs examens de pratique, dont un élève de 63 ans.

Même son de cloche pour l’Advance Institute of Motoring de Rose-Hill Transport. Les moniteurs clandestins ont grandement affecté les opérations. « Par rapport à ce qui est écrit dans la loi, tous les moniteurs doivent être affectés dans une moto-école pour pouvoir donner des cours. Mais nous avons noté qu’il y a pas mal de personnes qui offrent ces cours clandestinement », soutient un responsable de My Chauffeur qui est sous l’égide de RHT. Cependant, il dit ne pas avoir d’élément pour le prouver au ministère des Infrastructures publiques mais se fie aux paroles de ceux qui suivent des cours clandestinement. « Mais nous avons le nom de ces personnes », dit-il, indiquant ne pas avoir fait d’enquête mais qu’il a déjà envoyé une lettre au ministère. À ce jour, il soutient que 150 personnes sont passées par l’Advance Institute of Motoring. Et d’ajouter qu’il y a peu de gens qui choisissent des moto-écoles car ils doivent payer. « Leurs coûts inférieurs à nous leur sont avantageux. C’est une concurrence déloyale. La loi doit être appliquée », dit-il.

Ceux qui assurent des cours au noir, dit-il, n’ont pas investi dans une piste à moto. « Ceux qui opèrent clandestinement doivent probablement demander à ces personnes de venir sur leur propre motocyclette. Ils utiliseront peut-être un parking pour offrir ces cours contrairement à nous. Nous avons investi énormément dans toutes nos infrastructures », dit-il. Les investissements pour l’Advance Institute of Motoring s’élèvent à plus de Rs 5 millions et le manque d’élèves a un impact sur les coûts.

S’agissant du prix, le cours coûte Rs 9 500 pour ceux qui doivent commencer par la base, soit ceux qui n’ont pas eu leur “learner” avant le 1er mars dernier. Les autres, soit ceux ayant obtenu le “learner” avant cette date, n’ont qu’à suivre la partie pratique contre des frais d’enregistrement à Rs 1 500. Ceux souhaitant suivre une formation particulière ont à payer Rs 200 par heure. Il avance qu’une personne passe une moyenne de huit heures sur la piste. « La formation varie de personne en personne selon le nombre de cours qu’il suivra. En moyenne, cela coûte Rs 3 000 pour huit heures. Nos cours sont moins chers que les auto-écoles alors que nos investissements sont plus de Rs 5 millions », fait-il ressortir.