Le Mouvement patriotique (MP) a inauguré, dimanche, son quartier-général à Quatre-Bornes. Alors que ce parti, officiellement dans l’opposition, est accusé de faire le jeu du gouvernement Lepep, son député et responsable de l’organisation, Kavi Ramano, s’en défend et parle de « campagne de dénigrement » venant de ceux qui « vivent mal l’émergence d’une vraie alternative politique ».
Kavi Ramano qualifie de « mauvais procès » l’accusation portée contre son parti à l’effet que, tout en étant dans l’opposition, le MP ferait le jeu du gouvernement. Pour lui cette, « campagne de dénigrement » n’est que l’oeuvre de certains « fanatiques » des partis traditionnels et autres observateurs « intéressés ». « Ces derniers vivent mal l’émergence d’une vraie alternative politique ». Le député de Belle-Rose / Quatre-Bonres soutient que les législatives de décembre 2014 ont sonné le glas des arithmétiques électorales traditionnelles.
« Il est, aujourd’hui, évident que l’électorat est bien mieux averti qu’on ne le pense avec bien moins de fanatisme partisan que par le passé. L’électeur affiche, désormais, de moins en moins ses préférences et c’est révolu le temps où les choix électoraux se transmettaient par filiation d’une génération à l’autre », dit-il. Pour Kavi Ramano, cette situation démontre que l’électorat mauricien est bien parti pour atteindre une pleine maturité politique.
Par rapport à l’accusation portée contre son parti, le député du No 18 cite en exemple le nombre d’interpellations jusqu’ici adressées par les parlementaires du MP au gouvernement. « Cela suffit pour témoigner que nous ne sommes en rien complaisants envers le pouvoir en place », assure-t-il. Il cite la pleine participation des députés de son parti aux débats sur des projets de loi partant à controverse comme le Good Governance and Integrity Reporting Bill (GGIRB).
« A Maurice, estime Kavi Ramano, il faut en finir avec cette vision binaire que beaucoup ont de la politique. Je ne vois pas pourquoi si on s’oppose au gouvernement Lepep dirigé par sir Anerood Jugnauth, il faut, nécessairement, que l’on soit d’accord avec tout ce qu’avancent le MMM de Bérenger et le PTr de Ramgoolam ». Le député du MP revient, à ce propos, sur le GGIRB. « Nous avions, au départ, exprimé nos réserves par rapport à un certain nombre de dispositions initiales de ce projet de loi. Nous avions fait des propositions d’amendements avant de voter pour », rappelle-t-il.
Le député du No 18 doute, dans ce cas particulier, que la meilleure option était de s’abstenir comme l’ont fait les élus du MMM. Kavi Ramano ne considère pas que les « walk-outs à n’en plus finir » du MMM « même sur des questions procédurales » soient la meilleure des options à choisir. « Je doute, là encore, que cette politique de la chaise vide soit le meilleur type d’opposition que souhaite la population », estime-t-il.
Gouvernement Lepep: « Capital sympathie fondue comme neige au soleil »
Kavi Ramano trouve, sans jeu de mots, qu’en un peu plus d’un an après son installation au pouvoir, le capital de sympathie du gouvernement Lepep auprès de la population a vite fait de fondre comme de la neige au soleil. Toute l’attention du gouvernement aurait dû, selon le député du MP, se concentrer sur la relance de l’économie. Or, constate-t-il, c’est à un appauvrissement de la population que l’on assiste, particulièrement, une classe moyenne qui se paupérise. Par ailleurs, la disparité salariale se creuse dangereusement entre salariés du secteur public et ceux du privé.
Kavi Ramano doute que la solution soit dans des projets comme les « Smart Cities ». « Il aurait mieux valu rendre « smart » nos cités ouvrières de Stanley, Trèfles, Cité La Cure ou Vallée-Pitot! » Il dit ne pas comprendre comment, ces projets sont susceptibles de relancer l’investissement direct étranger dans la mesure où, selon le cahier des charges, il s’agit d’un système de Ventre à l’Etat Futur d’Achèvement (VEFA). « Il faut nous rendre à l’évidence que, compte tenu de la situation financière internationale, la clientèle étrangère n’est pas prête d’accourir vers nous », estime le député. Pour lui, si à ce jour, les projets IRS / ERS n’ont pas donné les résultats escomptés, il y a peu de chances que ceux des « Smart Cities » soient plus féconds.
Concluant sur une note bien plus politique, le dirigeant du MP trouve, d’abord, un trait commun, entre le leader du MMM, Paul Bérenger et celui du PTr, Navin Ramgoolam. « En se réservant, l’un, le droit suprême de décider qui d’Ajay Gunesh ou de Pradeep Jeeha sera son ‘shadow deputy-Prime minister’, l’autre, de s’incruster, coûte que coûte, à la tête de son parti. Bérenger et Ramgoolam sont passés du titre de leaders à celui de propriétaires de leur parti respectif », estime-t-il.