Le mouvement syndical est sur le pied de guerre. Il prépare une grande manifestation pour faire part de ses récriminations à l’encontre de l’Employment Relations Act (EReA) et de l’Employment Rights Act (ERiA), promulgués le 2 février 2009, mais aussi pour contester les amendements que souhaite y apporter le ministère du Travail. Qui rendraient ces lois encore plus favorables au patronat, selon la Platform Kont Lalwa Travay anti-Travayer, qui regroupe plusieurs syndicats des secteurs public et privé.
Depuis 2008, les syndicalistes ne cessent de faire entendre leurs voix pour dénoncer les imperfections de l’EReA et l’ERiA, qui ont remplacé respectivement l’Industrial Relations Act et le Labour Act, qui datent des années 70. Mais leurs cris n’ont pas été entendus. La manifestation pacifique du 2 février prochain vise ainsi à commémorer l’introduction de ces nouvelles lois, qui ont favorisé, selon eux, “l’esclavage moderne”.
Alors qu’ils n’ont eu de cesse de contester ces lois de 2009 qui, selon différents syndicalistes interrogés, Reeaz Chuttoo, Jane Ragoo, Atma Shanto, Rashid Imrith et Jack Bizlall, encouragent le licenciement abusif, les nouveaux amendements iront davantage à l’encontre des travailleurs, selon eux. Ils rappellent que depuis 2009, près de 20,000 personnes ont officiellement perdu leur emploi pour des raisons “économiques”.
Tripartites.
Ces syndicalistes militent donc pour que les nouveaux amendements ne soient pas appliqués et souhaitent que des rencontres tripartites puissent avoir lieu pour trouver un accord à la satisfaction de tous. En marge de la rentrée parlementaire de mars, la plate-forme prépare de nouvelles lois du travail qui, explique leur auteur, Jack Bizlall, “viendront protéger les acquis des travailleurs obtenus après d’âpres luttes tant sur le plan local qu’à l’étranger”. Jane Ragoo ajoute que leurs propositions tournent autour de l’amélioration des relations entre travailleurs, patronat, syndicats et gouvernement.
Pour Reeaz Chuttoo, les lois du travail à Maurice sont comme des armes fatales prêtes à “hire & fire”. Elles sont mêmes décriées par de nombreux syndicalistes dans plusieurs pays. Pour lui, les “mesures favorables” que contiennent l’EReA et l’ERiA ne sont que de la poudre aux yeux, des mesures cosmétiques ajoutées pour faire accroire que ces lois sont en faveur des travailleurs. Dans sa lecture des deux lois, le syndicaliste relève de nombreuses imperfections et contradictions qui vont à l’encontre même des droits des travailleurs. Il cite l’accord collectif qui devient caduc si les signataires ne sont plus présents; le shift system, qui obligerait un employé à cumuler quatre shifts de douze heures, ce qui va à l’encontre du principe de huit heures de travail par jour; et le principe du droit de grève, une force psychologique pour les employés, mis en péril par le fait que le ministre du Travail peut proposer un “conciliation service to the parties to a labour dispute at anytime before or after a lawful strike takes place”.
Protection subtile.
Pour Reeaz Chuttoo, les lois actuelles du travail et les amendements vont une fois de plus protéger les employeurs de manière subtile. “Ils mettent les employés sous l’emprise de leurs employeurs”, souligne-t-il. Une situation qui n’encourage pas le travailleur à se syndiquer, expliquent nos interlocuteurs. Selon les chiffres avancés, seulement 17 % des employés du secteur privé sont syndiqués à Maurice. Ce qui pousse Reeaz Chuttoo à affirmer que “nous sommes dans une situation de travail précaire où les employeurs peuvent manipuler les employés à leur guise et licencier quand ils veulent”. Cela n’encourage pas les employés, qui ont peur des représailles s’ils adhèrent à un mouvement syndical, ce qui, dit-il, profite une fois de plus aux employeurs.
Afin que tous les travailleurs puissent bénéficier de meilleures conditions de travail, un appel à la solidarité est lancé à tous les employés, mouvements syndicaux et politiciens, pour qu’ils se joignent au mouvement de la Platform Kont Lalwa Travay anti-Travayer, le 2 février prochain. Le combat, dit Jane Ragoo, est mené pour que des amendements justes puissent être trouvés dans les lois du travail.
Rashid Imrith de la Fédération des Syndicats du Secteur Public et Atma Shanto de la Fédération des Travailleurs Unis se disent totalement solidaires du mouvement créé. Comme leurs confrères, ils redoutent le démantèlement des mouvements syndicaux si les amendements sont approuvés en mars prochain à la rentrée parlementaire.
Atma Shanto soutient que lorsque le ministre Shakeel Mohamed a renoncé à proposer les amendements en second reading en décembre 2012, ils ont gagné une bataille, mais que le combat continue. Le ministre du Travail, dit-il, a senti que les syndicalistes ne vont pas de nouveau se laisser faire et qu’ils vont exercer une pression constante jusqu’à ce qu’une win-win situation soit trouvée.
Soulignons qu’en marge de la manifestation du 2 février, la plate-forme syndicale se réunit ce samedi 12 janvier pour peaufiner sa stratégie. Une assemblée des délégués se tiendra le samedi suivant.