Une belle brochette d’artistes s’est partagée la scène du stade Anjalay lors de la fête nationale du 12 Mars. Plus de 120 personnes dont des créateurs de costumes, danseurs, acrobates. Et 400 autres qui ont travaillé dans l’ombre: techniciens, régisseurs, runners, coiffeurs, maquilleurs, ateliers de couture, soudeurs, électriciens etc. Pour la deuxième année consécutive, la conception du spectacle a été confiée à l’agence artistique Move for Art. À la tête, Guillaume Jauffret, Jérôme Couchart, et Astrid Dalais. Les créateurs s’inspirent de différentes cultures, de leurs voyages, tout en restant en phase avec l’évolution des technologies. Du simple événement à la soirée haut de gamme, l’objectif de Move For Art est de concevoir des scénographies uniques en créant des passerelles artistiques entre les différents types d’art.
Nous rencontrons Guillaume Jauffret et Astrid Dalais dans le Creative Park de Beau-Plan où ils louent un espace pour leurs activités artistiques. Après de nombreuses années passées en Europe (22 ans pour Guillaume et 8 ans pour Astrid), le couple a posé ses valises à Maurice. Ce qui les unit est non seulement l’amour mais aussi leur passion infinie pour le spectacle vivant et l’art, ainsi que leur capacité à s’entourer des meilleurs talents. Ainsi ont-ils créé en 2008 avec Jérôme Couchart, l’agence artistique Move for Art qui cultive l’art de la mise en scène et de la création d’événements personnalisés à partir de synopsis ou de concepts novateurs.
Guillaume Jauffret, 37 ans, qui s’est installé en France depuis vingt-deux ans, trainait déjà dans son bagage une solide expérience dans le milieu —il a été danseur professionnel en France formé à l’Académie internationale de Danse (AID) et à l’Atelier Rudra Bejart Lausanne. Aujourd’hui, celui qui a participé aux comédies musicales Mozart l’Opera Rock, Le Roi Soleil, Roméoet Juliette, Les Dix Commandementsest directeur artistique, scénographe et metteur en scène. Pour former une équipe dynamique et efficace, son épouse Astrid s’est jointe à lui. Chacun se diversifie dans sa passion et se complètent parfaitement: la direction artistique pour Guillaume et la conception pour Astrid. Tous deux mettent leurs compétences en commun et proposent aux entreprises des solutions artistiques pour marquer les esprits des participants à leurs événements.
À Maurice, ils ont aussi fait la conception et la réalisation des événements comme l’inauguration du nouveau Terminal Passagers, les 50 ans de Phoenix (réalisation d’une bouteille de 80 mètres de long, 125 mètres d’écran, 11 videos projecteurs), les 60 ans d’UBP (décor en 3D créé en partenariat avec un architecte sur lequel ils ont imaginé un video mappingavec des artistes en interaction). Depuis leur retour au pays il y a un an, les deux Mauriciens ont travaillé sur des événements d’envergure, notamment le Spectacle de Célébration des 45 ans et des 46 ans d’Indépendance au Stade Anjalay. Le spectacle proposé cette année est une continuité du spectacle des 45 ans où ils donnent le ton d’une île Maurice moderne. «Le spectacle des 45 ans a été marqué par le thème de l’eau et de la terre. Ce voyage qu’ont traversé des hommes et des femmes emplis de courage, à travers les océans et enfin cette terre promise qu’était l’île Maurice. C’est sur cette terre qu’on a vu s’épanouir ces hommes et ces femmes qui ont fait l’île Maurice d’aujourd’hui. Une terre qui a vu des métiers et des talents se développer. À la fin du spectacle des 45 ans, nous avons voulu donner l’image d’une île maurice moderne avec l’apparition de personnages led, du laser show et un regard vers le futur, comme un clin d’oeil à la Cybercité», explique Astrid Dalais.
Nouveauté et qualité
Revenant sur les grands moments, le directeur artistique Guillaume Jauffret nous explique pour sa part que cette fois, la spectacle s’est inspiré de la vision d’un voyage dans le temps et à travers la lumière. «Quand on voit les faisceaux se dessiner et danser dans le ciel mauricien tout en respectant l’harmonie de la musique, cela ouvre les portes d’un voyage émotionnel inoubliable», nous dit-il. L’équipe a imaginé avec le jeune et talentueux créateur Emilien Jubeau différents personnages qui représentent un vol d’oiseau au-dessus de Maurice. Caroline Jodun apparaît comme une étoile mythique accompagnée du Captain Dodo. Celui-ci faisant 3,5m de haut symbolisait la puissance de son existence malgré sa disparition. D’autres personnages fantastiques font alors leur apparition: les Rodriguais avec leur accordéon géant tenu par deux artistes, Thabo Legrand sur l’échasse en rotin représentait l’artisanat mauricien, la femme “voyage” dans sa valise géante… Et une autre dans une fabuleuse robe réalisée à base de parasols chinois… Des personnages étroitement liés à la culture et couleurs mauriciennes.
Et pour finir ce tableau, un numéro de voltige “Muse of the moon”. «Je pense que personne dans le stade ne pourra oublier ce moment. Ce numéro incroyable représentait l’espoir, l’imaginaire, avec Maurice qui ouvre son regard vers le monde. La suite du spectacle fut marquée par une accélération du rythme avec des tambours et les percussions, un numéro vibrant qui a fait vibrer le stade. Un autre grand moment, l’apparition de notre orchestre national de la police avec tous leurs instruments qui s’allument en led. »
Pour mettre en scène des talents, ils utilisent plusieurs effets.«Nous utilisons la lumière, le laser, la vidéo projection, le design sonore, etc». Leur spécialité est de mêler la technologie et plusieurs disciplines artistiques. «Par ces mises en scène, nous déclinons des thèmes, des sujets ou des histoires. Nous travaillons donc avec des danseurs, musiciens, designers lumière ou son, graphistes, stylistes, costumiers, sculpteurs, photographes, écrivains, historiens, ingénieurs, architectes, métiers de cirque, chanteurs… Et nous avons bien d’autres personnes encore à rencontrer dans les années à venir ! », nous dit Guillaume Jauffret.
“Un pays ne peut évoluer sans la culture”
La qualité, le savoir-faire et le professionnalisme sont des valeurs importantes à leurs yeux. Ils sont rentrés au pays avec l’envie d’apporter du nouveau et de la qualité dans le domaine artistique. «Aujourd’hui, nous revenons avec l’envie d’y voir se développer le monde artistique et l’identité culturelle du pays», nous dit Guillaume. Partageant sa vision de la culture à Maurice, Astrid ajoute «A travers nos expériences, nos rencontres, nos partages, nous avons developpé la conviction qu’un pays ne peut évoluer sans culture. La culture et l’art font parties de l’ADN de notre pays. Dans de nombreux pays, les industries culturelles et créatives représentent une économie à part entière. Investir dans la culture est une tendance mondiale car il s’agit d’une valeur sure et régénératrice, apportant de l’innovation et de la créativité au sein même des organisations, tout en générant de nouvelles énergies, des emplois et une visibilité internationale.» Selon elle, il faudrait aussi soutenir et stimuler l’émergence d’idées innovantes et artistiques, l’échange culturel. «Soyons ouverts aux artistes étrangers qui viennent, envoyons les artistes mauriciens à l’étranger car cela est une source de motivation et d’enrichissement pour tous. C’est avec cette ouverture vers le monde et vers les autres, que l’artiste peut évoluer pour pouvoir partager ensuite ce qu’il a à transmettre».