Entre Kailash Trilochun et Youshreen Choomka en passant par Shakilla Jungeer, Mary Jane Gayle Yerriah et Brinda Thanacody-Sororun,  cette “bumper crop” fut fièrement présentée par Pravind Jugnauth au Sun Trust entre mars et juin 2014.
Kailash Trilochun, Youshreen Choomka, Shakilla Jungeer et Mary Jane Gayle Yerriah font partie de cette exceptionnelle promotion du “renouveau qui fut présentée au Sun Trust entre mars et juin 2014 comme la promesse d’un changement de paradigme, de génération, de comportement.” Moins de trois ans après, quel bilan ? Le “renouveau” s’est révélé être, en fait, une catastrophe caractérisée surtout par une accumulation de casseroles rarement vue dans les annales des nominations partisanes.
Eux, contrairement aux recrues de haut vol comme Sudhir Sesung-kur, Stéphane Toussaint, Roubina Jadoo-Jaunbaccus, Kalyan Tarolah ou Veekram Oree, à défaut d’investitures aux dernières élections générales ou qui n’étaient pas de la famille comme les Hanoomanjee ou les Kowlessur, avaient néanmoins obtenu la promesse de nominations à des postes-clé assorties de généreuses enveloppes salariales.
Moins de trois ans après, s’il fallait un bilan, il indiquerait que ces nominés personnels de Pravind Jugnauth ont dû, soit débarrasser le plancher parce qu’ils ont été au coeur de gros scandales, soit sont l’objet de très graves allégations mais qu’ils s’accrochent en espérant qu’on finira par les oublier. Pour le renouveau, l’intégrité, la transparence, c’est l’échec total.
IBA : chaise musicale en interne
Commençons par celle qui défraye la chronique en ce moment même, Youshreen Choomka, pompée à fond comme si elle était une terrible par des médias passés experts dans la promotion de personnages publics présentant un profil très précis. On croyait qu’elle s’était contentée de sa nomination politique à la présidence de l’Independent Broadcasting Authority, le 25 mars 2015,  avec un stipend de Rs 75,000, tous frais compris, pendant qu’elle avait le loisir de continuer à exercer comme avocate ou comme courtière professionnelle. Mais c’était trop misérable comme rémunération, il fallait voir ailleurs.
Pourquoi voir ailleurs lorsqu’il y a un job tout prêt à prendre sous son propre nez avec à la clé une multiplication presque par trois du salaire de présidente de l’IBA? C’est ainsi que le board que préside Youshreen Choomka lancera un appel de candidatures, confiera l’exercice à une firme spécialisée, et que les membres du même board auront finalement le dernier mot et choisiront la chaise musicale en interne. Et Youshreen Choomka passera fin avril/début mai 2016, de présidente à directrice de l’IBA avec un salaire de près de Rs 200,000.
L’affaire qui fait scandale est portée à l’Assemblée nationale par le député Reza Uteem. SAJ, qui avait alors la responsabilité de l’IBA, avait clairement contredit Youshreen Choomka qui avait soutenu, un peu comme Naila Hanoomanjee, qu’elle ne savait pas pour quel job elle postulait, en affirmant qu’elle “devait savoir.” Des enquêtes de l’ICAC et de l’Equal Opportunities Commission sont alors annoncées, mais une année après, rien!
Comme directrice de l’IBA, elle fonctionne exactement comme une fonctionnaire de la MBC et transforme le régulateur en censeur patenté de tout ce qui nuit à l’image de ses parrains politiques. On n’a jamais entendu un quelconque rappel à l’ordre de la télévision d’État, mais elle affiche son parti pris sans complexe. Le dernier exemple en date étant sa décision de censurer les publicités radio du MMM autour de son rassemblement du 1er-Mai.
Selon l’interprétation des directives, Youshreen Choomka a décrété que pour la fête des travailleurs, le mot “travayer” était interdit et que le parti ne devait faire mention que du lieu et de l’heure du meeting et de la liste des principaux intervenants. Lorsqu’on sait qu’il y a des meetings du MSM/ML tous les soirs à la télé, on se demande où est le régulateur. Peut-être en phase accélérée de dérèglement.
Comme l’illustrent les révélations de d’un confrère, cette semaine, indiquant, documents à l’appui, que la dame Choomka s’est fait rémunérer pour avoir joué les courtiers et les intermédiaires entre des investisseurs étrangers et ses potes du gouvernement parmi lesquels son leader Pravind Jugnauth, qu’elle présentait déjà comme Premier ministre bien avant que la passation “papa-piti” ne se matérialise. Un énorme scandale où un investisseur, bien qu’ayant casqué, s’est estimé floué et a porté plainte à l’ICAC. Le pauvre !
Le jackpot de Rs 19 millions du beau-frère
Au sein de la promotion du “renouveau” de 2014, on avait aussi retrouvé un certain Kailash Trilochun, lui aussi présenté en grandes pompes par le leader du MSM en personne au Sun Trust en juin de cette année-là. Celui qui est aussi le beau-frère et cousin du secrétaire général du MSM et ministre des Infrastructures Publiques, Nando Bodha, fait très vite parler de lui. Les juteuses prébendes ne sont que bruits de couloir jusqu’à ce qu’une première question de Rajesh Bhagwan ne révèle qu’il a obtenu Rs 3,3 M en moins d’une année de l’ICTA.
À l’ICTA, on rigole sous cape. Ce n’était que la réclame avant la projection intégrale de cet opus rare puisque, lors de subséquentes interpellations de Reza Uteem, on apprendra en août 2016 que Kailash Trilochun avait, en fait, touché un jackpot de Rs 19 millions de l’ICTA. Après des interpellations de Rajesh Bhagwan, on avait aussi découvert que la recrue de Pravind Jugnauth était aussi le président de la Financial Intelligence Unit avec des salaires mensuels de plus de Rs 50,000 et qu’il était aussi le conseil légal de la Road Development Authority, organisme placé sous la tutelle du beau-frère Nando Bodha et aussi de la Mauritius Shipping Corporation Ltd. C’est connu, un bonheur ne vient jamais seul lorsque les pistons fonctionnent à plein régime.
Les révélations sur les sommes folles de fonds publics accordées à ce proche du Sun Trust sont d’autant plus choquantes qu’un activiste du MSM l’incrimine dans l’affaire de l’agression au cutter du chairman de l’ICTA. L’affaire prend une sale tournure, Kailash Trilochun est renvoyé. Les invectives entre anciens “mam collé” volent très bas, l’avocat traité de “rottweiller” affirmant, pour sa part, avoir  “zot lamoné sanzé” et des dossiers compromettants sur SAJ.
D’autres cracks de la promotion du “renouveau” 2014 se distingueront aussi. Il y a Shakilla Jungeer, une autre nominée politique à l’Independent Commission Against Corruption, avec l’ancien directeur du renseignement, Narain Krishna Peerun, qui eut une profonde crise d’urticaire parce que Lutchmeeparsad Aujayeb prenait trop de gants dans la gestion du dossier Sun Tan relatif à celui qui, alors, avait été qualifié de “monstre”, le directeur des poursuites publiques, Satyajit Boolell.
Celle qui part pour mieux revenir
Résultat, elle démissionne avec fracas de la commission en juillet 2015 en se permettant même d’émettre un communiqué, un peu comme Youshreen Choomka, déplorant que la commission s’éloignait du “respect de rule of Law”, suggérant, en fait, qu’il y a belle lurette que le DPP aurait dû être interpellé.
Cette affaire fait grand bruit. Elle est portée devant le comité parlementaire de l’ICAC que présidait alors Maneesh Gobin mais, sur une demande expresse du PM, la commissaire de l’ICAC Shakilla Jungeer reprend son poste. Elle y trône toujours, bien que de nombreux dossiers concernant des proches du pouvoir qui ont été référés à cette commission dorment toujours au fond d’un tiroir. Et Lutchmeeparsad Aujayeb part le 31 décembre 2015, après une année seulement passée à la tête de l’ICAC.
Autre recrue présentée comme incarnant le renouveau et l’avenir:, Mary Jane Gayle Yerriah. Elle est déjà membre du conseil d’administration de l’ICTA, organisme érigé en véritable vache à lait politique lorsqu’elle est nommée à l’Equal Opportunities Commission en mai 2016. Tout allait très bien, madame la Marquise, jusqu’à ce que Me Ruben Mooroongapillay, qui représente l’inspecteur Rajesh Moorghen, questionne l’éligibilité de la nominée du MSM.
Ce n’est qu’alors que l’on découvre qu’elle n’avait pas encore collectionné le nombre d’années au barreau pour être éligible à ce poste. Si elle est forcée de prendre congé, le conseil de l’ordre, saisi de cet impair,  lui administre une réprimande pour avoir «oublié»l’année exacte de sa prestation de serment comme avocate.
Comment ne pas terminer cette belle brochette personnifiant le “renouveau” avec Brinda Thanacody-Soborun, la candidate ratée du MSM au N°13 au profit de Menon Marday et qui a été récompensée du job de directrice du Mauritius Institute of Education. Ignorant son devoir de réserve et ne voulant visiblement pas couper le cordon politicien,  ni trop s’éloigner de “sa circonscription”, vêtue de son plus bel orange de parti, elle s’assied sur l’estrade du MSM le 8 avril à Grand-Bois. Elle sera réprimandée. Pour la forme. Parce qu’il y va d’une culture, celle des “zanfan lakaz.”