La possibilité qu’Hyder Raman, président de la Street Vendors Association (SVA), s’inscrive en tant que candidat aux prochaines municipales a suscité un malaise parmi les colporteurs de la capitale. S’il est pointé du doigt par ceux qui ont rejoint La Voix du Pep et l’Association pour les Pauvres, pour d’autres, cette initiative est fort louable, à l’instar d’Amid Neeamuth (porte-parole des marchands ambulants), qui est d’avis qu’une éventuelle présence de Hyder Raman au conseil de Port-Louis sera un tournant positif pour le sort des colporteurs.
Le silence des représentants des marchands ambulants, notamment celui d’Hyder Raman sur ce dossier fait grincer des dents. « Nou nepli ena pasians pou atann plis ki sa. Sa fer plis ki 60 zour ki nou pa pe travay », soutiennent certains colporteurs regroupés au sein de La Voix du Pep (LVP) et l’Association pour les Pauvres (APOV). Ils estiment que le président de la SVA n’aurait pas rempli sa part du marché. « Li pe koz pou gouvernma. Li napa pe pran aker lintere marsan ditou. Li zouenn ek minis, li tou sel kone ki li pe rakonte », soutient Deven Appiah, membre de la SVA. Il intervenait hier à une conférence de presse de LVP et APOV à l’hôtel Saint Georges à Port-Louis. Au coeur des discussions : l’avenir des marchands ambulants à Port-Louis et la contestation des étals alloués pour les deux nouveaux sites en cours de construction.
« Bribe électoral »
D’ailleurs, une demande d’injonction en Cour suprême pour stopper l’allocation des étals par la municipalité à la veille des élections municipales a été formulée aujourd’hui — 6 000 formulaires d’Expression of interest ont été mis en circulation pour quelque 1 200 étals. « C’est un bribe électoral et nous ne pouvons accepter cela », invoquent LVP et APOV.
Dans une virulente sortie contre le Parti mauricien social démocrate (PMSD), notamment contre le lord-maire, Noorani Rannoo (président de LVP) soutient que Mahmade Khodabaccus a une part de responsabilité dans la dégradation de la vie des marchands ambulants. « Aster li pe pans pou fer enn soi dizan tiraz osor ek donn latab so bann dimounn », dit-il.
Du côté de la municipalité, l’on assure qu’une telle politique n’est pas pratiquée. « Ce sont divers événements qui ont contribué à ce que les deux sites soient construits en ce moment et que le tirage au sort (prévu demain après-midi) tombe à quelques semaines des municipales. »
Rappelons d’ailleurs que dans le cadre du projet de relogement des colporteurs de la capitale, la municipalité, en collaboration avec les autorités compétentes, a choisi deux sites susceptibles d’accueillir quelque 1 200 marchands ambulants : la Transportation Centre Market Fair située à l’Immigration Square et la Decaen Market Fair (ancien bâtiment de la Central Water Authority) à proximité de la Gare du Nord. « An atandan, nou pa pe travay ditou », soutiennent les colporteurs présents au point de presse hier.
Par ailleurs, Deven Appiah indique que ce nouveau rassemblement de colporteurs regroupe un millier de marchands oeuvrant dans la capitale désirant exprimer leur « ras-le-bol ». « Koman li posib ki presidan SVA kontign travay alor ki li trouv dan rayon 500 met autour bazar santral ? Ki fer li na pa exprim so solidarite ek ramass so prodwi », s’interrogent-ils. Pour Malligavally Veerapen, il s’agit d’une décision à deux vitesses dont Hyder Raman ne serait pas responsable.
« Ticket potentiel »
Pour d’autres, cependant, ce laisser-aller de la part du président de la SVA serait synonyme d’un rapprochement avec certains politiciens, découlant des rencontres en vue de trouver une issue au problème des marchands ambulants de la capitale. La candidature du président de la SVA aux prochaines municipales n’est d’ailleurs pas écartée. Toutefois, pour les membres de LVP et APOV, cette attitude ne peut être tolérée et la démission de Hyder Raman de la SVA est souhaitée.
Par ailleurs, pour le Front commun des marchands ambulants (FCMA), qui regroupe l’Association des marchands ambulants du Nord (AMAN) et la SVA entre autres, Hyder Raman est un excellent orateur et défenseur de la cause des colporteurs. « Il connaît le dossier du bout des doigts. C’est un homme de caractère qui sait taper du poing sur la table lorsque c’est nécessaire. S’il envisage de se présenter aux municipales, ce ne serait pas une mauvaise chose », estime Amid Neeamuth, porte-parole du FCMA. « Li ena konpetans ek kapasite », ajoute-t-il.
Hyder Raman était, lui, injoignable, pour d’éventuelles précisions.
Malgré ces divergences de points de vue, les marchands ambulants poursuivent leur lutte. Une nouvelle rencontre avec le ministre des Infrastructures publiques Anil Bachoo est sollicitée en vue de se voir accorder une certaine marge de manoeuvre pour opérer en cette fin d’année. « Nou pou demann pou travay pandan sa sis semenn ki pe vini-la. »