Ce dimanche nous élirons les conseillers municipaux. Nous savons que cela ne changera pas notre vie, que ce n’est pas un exercice déterminant pour le pays, qu’il ne met pas en cause les enjeux majeurs pour la nation, qu’il maintient la disparité entre région urbaine et région rurale, que les municipalités ne disposent pas de tous les pouvoirs de gestion et d’administration nécessaires pour effectivement influer sur les conditions de vie du citoyen et que c’est une désaffection régulière à chaque scrutin. On peut donc dire que c’est l’abstention qui gagnera.
Alors à quoi servent ces élections ? Mêmes si elles n’ont pas de portée nationale, qu’elles n’apportent pas grand-chose au citoyen, elles servent essentiellement le besoin des partis d’évaluer leurs forces réelles sur le terrain urbain en marge des élections générales. Malgré ce que répètent certains commentateurs politiques, il n’y a pas eu de recomposition de la scène politique après les législatives de décembre 2014, puisque ce sont les mêmes vieux partis qui s’y étaient affrontés, dans le même contexte communal, les mêmes clivages communaux, partisans, laissant les prétentions des supposées structures émergentes à la marge de la démocratie parlementaire, comme c’était prévu.
Les faits marquants sont : le PMSD ultra-urbain, vieille extrême droite fasciste reconvertie en partie de droite classique, est la locomotive de Lalyans Lepep, le MSM profitera de l’arithmétique du partage de candidature pour maintenir son hégémonie, le Muvman Liberater quant à lui n’a pas su, pas réussi à concrétiser la victoire personnelle d’Ivan Collendavelloo en une dynamique alternative crédible au MMM, ce qui est dans la logique des défections traditionnelles de ce parti. Lalyans Lepep subit le contrecoup de l’Affaire BAI. En face c’est un MMM requinqué, qui a récupéré largement son électorat par sa rupture précipitée et honteuse avec le PTr, qui se positionne en challenger du pouvoir. Malgré les récentes démissions il a retrouvé ses marques, sa machine électorale, sa communication et les mains libres. Il se reconstruit à sa propre image. Quant il s’habille de son manteau de victime, « seul contre tous », les militants serrent les rangs. Son Histoire dans les mairies depuis 1977, pas si angélique ni aussi sans tache qu’il le prétend, mais positive, le crédibilise et il semble être en capacité d’effectuer un retour en force dans les mairies de Beau-Bassin/Rose-Hill et Port-Louis, et peut-être même Quatre-Bornes. Curepipe et Vacoas/Phoenix seront plus difficiles à ravir. Le PTr en loques, son leader empêtré dans les affaires, sa faible implantation en ville, se cache derrière des prétextes stupides pour ne pas se mesurer frontalement au MMM et à Lalyans Lepep parce qu’il sait que ce serait prendre une autre déculottée. Le Mouvement Patriotique d’Allan Ganoo et consorts quant à lui n’ose pas se confronter à la réalité électorale. Cette frilosité témoigne du doute et du défaitisme qui parcourt ce regroupement quant à sa capacité réelle à incarner un sursaut du militantisme-réformiste et social-démocrate du MMM. Il est plus que probable que ce MP se retrouve au cimetière des démissionnaires du MMM. Précisons ici, que l’utilisation de l’appellation démissionnaire et défection sous-entend un choix personnel qui n’est pas motivé par une rupture idéologique, en opposition au concept de dissidence qui est une démarcation basée sur un positionnement idéologique qui s’exprime par une praxis politique.
Par ailleurs, le FSM de Cehl Meeah pourra peut-être faire élire quelques conseillers à Port-Louis et il n’est pas certain que les Papillons jaunes et verts de Rezistans ek Alternativ, se retrouvent au sein d’une mairie.
Ceci dit, il est clair que des deux côtés ils clameront lundi qu’ils ont gagné par des calculs savants, ils bomberont le torse, mais il n’est pas sûr que le citoyen des villes mauriciennes verra des changements décisifs pour sa vie. Une poubelle neuve, un lampadaire de plus, un nid-de-poule bouché, un trottoir réparé… Merci l’Illusion Démocratique !