Avec la fin des débats sur le budget 2012 et l’examen en comité des dotations budgétaires prévu à la mi-semaine à l’Assemblée nationale, le focus politique sera axé sur les décisions que compte prendre le gouvernement quant à la tenue des municipales dans les cinq villes du pays. Il y a encore la fin du mandat des membres de l’Assemblée régionale de Rodrigues, nécessitant du même coup la tenue de nouvelles élections dans les différentes régions de l’île au plus tard fin 2011. Dans les deux cas, que ce soit pour les municipales et l’Assemblée régionale de Rodrigues, la date du 16 décembre constitue le véritable enjeu. Mais d’aucuns s’accordent à dire que d’importants développements politiques devront intervenir bien avant le 16 décembre, d’autant plus que la posture qu’adoptera le président de la République sir Anerood Jugnauth, quasiment en rupture de ban politique avec l’hôtel du gouvernement, devrait se répercuter sur le calendrier politique du pays.
Pourquoi le 16 décembre ? C’est la dernière limite pour les cinq conseils municipaux en vue de procéder à des élections des maires pour le prochain mandat. Cette année, les circonstances sont différentes car avec le mandat étendu des municipalités à 2011, techniquement, les actuels conseils ne disposent d’aucune attribution pour élire de nouveaux maires, les élections municipales étant « long overdue ».
Aucune indication n’émane jusqu’ici de l’hôtel du gouvernement pour confirmer la tenue des municipales avant la fin de l’année. Pour autoriser la tenue d’élections des maires avant la date butoir du 16 décembre, le ministre des Administrations régionales Hervé Aimée se doit de présenter un amendement à la loi pour le second report successif de ces consultations populaires dans les arrondissements des cinq villes.
Techniquement, le nouvel amendement peut être inclus dans le nouveau Local Government Bill, qui a déjà été présenté en première lecture à l’Assemblée nationale. Mais la principale difficulté est qu’il n’y a jusqu’ici aucune directive du conseil des ministres en faveur de cet amendement et qu’un flou plane sur le calendrier parlementaire quant au « government business ».
Au ministère des Administrations régionales, l’on souligne en ce début de semaine que toute cette question de la tenue d’élections municipales ou d’adoption du nouveau Local Government Bill dépend d’autres centres de gravité politique que le ministère. Face à l’absence de décisions et de direction, des sources officielles à ce ministère concèdent que la situation constitue un véritable casse-tête avec le temps qui presse car arrivé le 16 décembre et même probablement avant, il faudra décider si de nouveaux maires doivent être élus avec le mandat reconduit des conseillers ou si de nouvelles instances seront installées dans les municipalités en attendant les prochaines élections.
Les prochaines délibérations du conseil des ministres devront permettre d’avoir une plus grande visibilité quant aux intentions du gouvernement. Toutefois, le scénario de l’inclusion des amendements au Local Government Bill est également parsemé d’embûches politiques… et pas des moindres ! Une fois le Local Government Bill voté ou encore le report des municipales entériné, le texte de loi devra obtenir l’assentiment du président de la République, une ultime étape majeure avant son entrée en vigueur. Dans la conjoncture politique, des observateurs supputent qu’un éventuel refus d’Anerood Jugnauth  d’apposer sa signature au bas du décret reportant les municipales pourraient déboucher sur la recomposition de l’échiquier politique évoquée depuis le départ du MSM du gouvernement le mardi 26 juillet.
En cas d’éventuel refus de la State House, un nouveau palier sera franchi dans l’escalade de guerre tranchée au plus haut sommet de l’État. À ce stade, il est difficile de dire de manière définitive si ce scénario correspond à la récente déclaration du leader de l’opposition selon laquelle des développements majeurs sont prévus d’ici la fin de l’année car « le remake de 2000 » comprend implicitement un retour sur le terrain politique de sir Anerood Jugnauth.
Mais il n’y a pas que le dossier des prochaines élections municipales qui serait susceptible d’influer sur les relations entre la State House et l’hôtel du gouvernement et, par extension, le calendrier politique. À cette même date du 16 décembre, le mandat de cinq ans de l’Assemblée régionale de Rodrigues arrivera à échéance. À quatre semaines de cette échéance, soit le délai municipal pour la tenue d’élections régionales, le flou est entretenu quant au projet de l’hôtel du gouvernement par rapport à l’autonomie de Rodrigues. À ce chapitre, la marge de manoeuvre de la présidence de la République est plus flexible car la possibilité d’une dissolution de l’Assemblée régionale de Rodrigues et de la tenue d’élections est bien présente.
« Nous ne voyons pas comment le gouvernement peut justifier un renvoi des élections régionales à Rodrigues même si à Maurice le prétexte pourrait être la transition entre l’actuelle Local Government Act et les propositions de réforme présentées. Des élections doivent être organisées à Rodrigues dans les meilleurs délais », affirment ceux qui réclament depuis bientôt neuf mois la recomposition de l’Assemblée régionale de Rodrigues. Entre-temps, à la suite d’une dernière séance de Question Time mardi dernier à l’Assemblée Régionale de Rodrigues, une ultime réunion des membres de cette instance a été convoquée à 48 heures de la date limite, soit le mercredi 14 décembre à 15 h 30. À moins que d’ici là, les dés présidentiels auraient été jetés…