Le Senior Adviser au bureau du Premier ministre, Jean-François Chaumière, a affirmé que « la situation de l’hôpital militaire, près du port, est le lieu le plus approprié pour abriter le musée intercontinental de l’esclavage », ajoutant que, pour sa concrétisation, « il faut la volonté de tout un chacun ». Il répondait hier à une question de la presse lors de la présentation des données de l’enquête menée en avril dernier par le Centre for Research on Slavery and Indenture (CRSI) de l’Université de Maurice.
Jean-François Chaumière a souligné que « tous les musées de l’esclavage à travers le monde ont un rapport avec le port », lieu d’arrivée des esclaves, constituant ainsi « le lieu le plus approprié » pour abriter le musée. Par conséquent, l’hôpital militaire a sérieusement été identifié par la Commission Justice et Vérité pour abriter le musée de l’esclavage. « Il n’y a pas d’autres lieux à Port-Louis, ni même ailleurs, qui pourrait y avoir un rapport aussi étroit. » Pour ce qui est de l’état du bâtiment, il affirme qu’« il mérite une consolidation ». Et de poursuivre : « Avec des moyens modernes, ce bâtiment peut fortement devenir le musée de l’esclavage. Maintenant, il faut la volonté de tout un chacun. Il s’agit pour nous d’être un convoyeur de cette idée et de voir ceux qui sont au bout de la table. Ce n’est qu’un début. Il y a tout un cheminement à faire. »
Rebondissant sur l’état du bâtiment, Vijaya Teelock, qui a été vice-président de la Commission Justice et Vérité, et ex-présidente de l’Aapravasi Ghat Trust Fund, affirme : « Le bâtiment est en bon état. Les murs sont énormes. On a besoin de refaire la toiture pour qu’elle ne coule pas. » Selon elle, ces lieux « regroupent toute la population mauricienne » pour avoir accueilli des artisans de Pondichéry, dont l’expertise pourrait être de nouveau sollicitée pour sa réhabilitation des esclaves mozambicains et malgaches et des marins français, dont les descendants, dit-elle, souhaitent venir pour s’y recueillir.
Répondant à une question de la presse, Vijaya Teelock devait préciser qu’il y a eu une « confusion » lors de l’atelier tenu au Morne en avril et que leur présence consistait à présenter le concept des musées de l’esclavage, qui existent déjà, pour recueillir des avis sur celui que devrait abriter Maurice et que le musée du marronnage qui devrait se trouver au Morne, site mauricien classé au patrimoine mondial par l’Unesco, est un projet différent. L’historien Benjamin Mootoo a, lui, insisté sur le fait que le marronnage et l’esclavage ne peuvent être séparés, proposant qu’un centre d’interprétation, à l’instar de celui qu’abrite l’AG, puisse voir le jour. Selon lui, il faudrait faire des recherches appropriées et approfondies pour mettre en place le centre au Morne. « Cela demande une autre connaissance », dit-il.
Par ailleurs, concernant le sondage effectué à l’UoM, au Morne et à Ville-Noire, Mahébourg, ces deux localités étant connues historiquement et géographiquement pour la présence de Mauriciens d’ascendance africaine, il ressort que les raisons motivant la mise en place d’un musée intercontinental de l’esclavage sont en premier lieu la valorisation de l’histoire de la communauté créole; la promotion de l’histoire, notamment celle liée à l’esclavage; la préservation de l’histoire mauricienne et celle des mémoires, entre autres.
Pour ce qui est du financement du projet, 98% des répondants estiment qu’il faudrait qu’il soit financé par l’État mauricien, 52% par le secteur privé, suivi de 49% par des agences internationales et 43% par des volontaires. Ce travail auprès de la population s’avère important pour que les communautés locales ne se sentent pas mises à l’écart d’un projet qui les concerne. Le travail de consultation se poursuivra dans les mois à venir auprès d’autres groupes de Mauriciens. Rendez-vous est donné en août.