Entre la bataille de scoops médiatiques, les sialorrhées politiques qui surgissent en temps de crise, les écoeurements qu’on exprime et échange avec nos mille plus amis sur les réseaux sociaux en ignorant très souvent dans la colique verbale qui est/sont l/les ennemi/s (des langues qui sont néanmoins convaincues de cracher dans la gueule du diable) … et mon propre pouah face à toutes les âneries qui vibrionnent autour de nous, je me dis qu’on est plutôt mal barré. Le foisonnement de paroles et d’expressions inutiles, telles entendues ces derniers jours, me laisse, comment dire… perplexe. Qui croire ? Donc, au lieu de me joindre au consortium des ‘mieux’ penseurs et aux rivaux de Freud (il y en a beaucoup !) qui sont persuadés de tout savoir sur la psyché et la perversité dont l’humain est capable, j’ai pensé me lâcher sur une nouvelle qui m’a saoulée. En somme, il s’agit de l’interdiction paraît-il d’exécuter des danses occidentales pour la fête de la musique dans certaines écoles. Certaines précédentes éditions auraient, semble-t-il, offert à des invités de marque un esclandre visuel fort embarrassant. Des dessous des décors auraient rebuté la sensiblerie de nos sages. Du coup, si je comprends bien, il a fallu substituer un « Touss sali » ou une exécution « zumbaesque » à une interprétation quelconque, classique pour sûr, du moment que l’on ne voit pas son slip ! Sauf que la danse, messieurs et mesdames les ‘mieux’ penseurs, renvoie toujours à un degré plus ou moindre de sensualité et d’érotisme et ce, qu’elle appartienne au classique ou pas. Les formes de la ballerine se révèlent sous son tutu et le spectacle de ballet en lui-même attire nombre de spectateurs qui s’adonnent aisément au voyeurisme. Idem pour la danse classique indienne. Chacun des mouvements et gestes de cette danse est porteur de sensualité et de grâce qui n’échappent pas aux yeux d’une personne passionnée et à la recherche d’esthétique mais aussi sensible au moyen d’expression le plus sublime du corps qu’on surnomme la danse ! Xénophon, le philosophe et historien grec écrivit d’ailleurs, « La Danse n’est pas de ces sujets faciles et accessibles à tous. Elle touche aux régions les plus élevées de toute science : rythmique, géométrie, philosophie surtout, physique et morale, puisqu’elle traduit les caractères et les passions. Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique ; les actes de l’homme intéressent parfois le corps, parfois l’intelligence, tandis que la Danse occupe l’un et l’autre : elle affine l’esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l’oreille et l’âme. » Ceci dit, si certains estiment que la danse moderne est aujourd’hui synonyme de décadence, il faudrait peut-être qu’ils revoient le guide de conduite dans nos écoles surtout dans les établissements secondaires. Les uniformes au ras des fessiers, les baskets et chaussettes multicolores, le port du vernis à ongle et de boucles d’oreilles arc-en-ciel, les cheveux « gélifiés » défiant la loi de la gravité, le pantalon qu’on aurait bien pu finalement laisser à la maison qui laisse entrevoir le caleçon acheté par maman chérie, et encore l’attitude « en place » que certains de nos jeunes affichent de nos jours, devraient plus tracasser nos fins penseurs que les slips qui se dévoilent pendant une danse ! Certains ne vous le diront pas, il leur arrive de prendre leur pied pendant les soirées où les couleurs locales sont exaltées. On s’amuse alors à « roule [so] matak » et si le rythme est entraînant, « enn ti lame » çà et là. Personne n’y voit aucun inconvénient. Pendant ce temps, on ne sait pas sur quel pied danser. Imaginez ce que cela donnerait si nous coordonnions nos pas. On verra alors s’ils peuvent arrêter un peuple qui danse. Nous, cette bande d’animaux…