Le concert proposé par la School of Chinese music (SCM) avec l’orchestre de chambre Alizé au Centre culturel de Chine, a été rondement mené samedi dernier, témoignant autant de la joie et de l’enthousiasme des musiciens à pratiquer leur instrument sur des morceaux de choix, que de celle de partager l’expérience d’une rencontre des sons, pratiques et traditions. Intitulé Réminiscence, ce concert a offert un divertissement joyeux et léger qui a pu réjouir des mélomanes de tous âges, grâce à un répertoire particulièrement varié.
Une des particularités du concert Réminiscences est qu’il a offert aussi bien de quoi se remémorer des scènes cruciales du sympathique dessin animé Kung Fu Panda que de fredonner une romance des années quarante telle que Evening primrose, dont la mélodie éveille tout de suite des souvenirs chez les plus âgés, ou bien sûr redécouvrir en live les multiples nuances de quelques grands classiques inscrits au Panthéon de la culture chinoise.
Les douze morceaux interprétés, choisis sur deux cents ans d’histoire musicale, permettent aussi de s’émerveiller des enchantements sonores qu’offrent des instruments de musique aussi fondamentaux dans la civilisation chinoise que le erhu, ce violon qui malgré deux uniques cordes permet des solos tout à fait remarquables, le dizi, cette flûte de bambou à la facture extrêmement sophistiquée et au souffle délicat ou bien sûr le yangqin, ce tympanon dont la clarté sonore laisse pantois de fascination, sans oublier les luths tels que le pipa de forme oblongue, ou le ruan que l’on appelle aussi guitare-lune grâce à la forme ronde de sa caisse de résonance.
La première moitié du concert a plongé l’auditoire dans des sonorités typiquement chinoises, avec un morceau joyeux et entraînant pour commencer (Gorgeous flowers and full moon), puis un second morceau plus nuancé pour suivre, tous deux démontrant que les musiciens ainsi réunis savent très bien où ils vont… Le jeune Danny Onsiong a assuré la direction musicale pour les morceaux joués avec les musiciens de la SCM, et l’interprétation de certains passages en solo au erhu, pour Oogway ascend notamment.
Solo et grand ensemble
Galloping on the steppe a créé la surprise grâce à la maestria du professeur de erhu du Centre culturel chinois, Fang Yufa, qui enseigne aussi le tai chi. Pour ce morceau en solo, il jouait sur une variante du erhu, dénommée le gaohu. Mais au lieu de poser ce violon sur les genoux en étant assis comme c’est généralement le cas, il a joué debout en fixant la base de l’instrument à la taille. Ce moment est devenue une danse musicale dans laquelle l’archet semble laisser une grande liberté gestuelle et expressive à l’interprète. Le dizi était à l’honneur avec Travelling in Suzhou égrenant de douces mélodies mises en relief par le yangqin, l’instrument roi des orchestres au même titre que le piano, côté occidental.
Comme le fait remarquer le fondateur et président de l’école de musique dans le programme, ces instruments s’associent très bien avec ceux de l’occident que douze musiciens de l’ensemble Alizé ont joué en accompagnement ou de manière plus présente, si ce n’est parfois exclusive comme ça a été le cas pour Butterfly lovers et Melody from Yagi  qui ont été joués en quatuor. Le premier, un concerto pour violon, relate un drame amoureux dans toute sa complexité, tandis que le second, plus court et vif, fait référence aux célébrations japonaises de l’été qui ont inspiré tant de peintres et artistes. Le chef Gérard Télot est entré en scène avec des musiciens des deux ensembles pour rien moins que Jasmine flower, cette composition pleine de douceur qui exhale de nouveaux charmes d’un instant à l’autre.
Pour finir en beauté, l’assistance a pu entendre à deux reprises, grâce aux applaudissements enthousiastes, Chrysantemum terrace, cet extraits de la bande son du film primé aussi bien à l’est qu’à l’ouest, The curse of the golden flower (La cité interdite en version française) de Zhang Yimou qui restitue les intrigues de palais à l’époque de la dynastie Tang (Xè siècle) dans la capitale de Chan’an, avec un drame passionnel dans le couple impérial. Les chrysanthèmes jouent un rôle symbolique très prégnant dans la dernière partie du film, avec en échos le poème de Huang Chao sur la floraison de ces fleurs d’automne qui habilleront toute la cité d’une armure d’or… Il fallait bien trente-cinq musiciens pour évoquer à la fois cette époque médiévale et la poésie épique qui l’accompagne, dont le texte s’affichait sur un écran géant en fond de scène.