Musicien-auteur-compositeur, Maalesh, originaire de la Grande Comore, est nul doute le plus grand artiste de la scène musicale comorienne actuelle. Il est plutôt inspiré par un foisonnement sonore (rythmes d’Afrique et d’Orient, se nourrissant au plus profond de la musique traditionnelle de son pays et s’élargissant au contact de ses nombreux voyages) que par le seul binaire anglo-américain.
Ses albums sont mâtinés de musiques arabes, de pop, de variété française, de rap, de zouk, avec un côté ludique et sensuel. Non seulement c’est un musicien de renom, mais il est aussi un homme heureux, proche de la nature comme le témoignent ses albums « Wassi Wassi », « Nawambe » et « Yelela ». Maalesh dit, au sujet des ses disques, qu’il faut « continuer à créer de tels événements pour ouvrir le monde, remplacer la haine par la musique et chanter la beauté de la nature, avec les oiseaux ». Maalesh nous accueille au sud de Moroni dans le quartier de Djomani. On est à la nuit tombante au milieu des petites boutiques, des ruelles, du marché de la Grande Comore. Derrière son sourire et l’image médiatique, il y a cet artiste enthousiaste et engagé sur le front des droits civiques, de la reconstruction de son pays et du mélange des genres musicaux. Avant même de saisir le moindre fragment mélodique chez Maalesh, il se présente comme « ambassadeur » de la paix, d’où son surnom qui signifie en arabe « ce n’est pas grave ». De mère ougandaise et de père comorien, il né et a grandi aux Comores. « C’est mon pays, bien que quelque part je me sente ougandais… je me sens venant de partout… », dit-il. Avant d’ajouter qu’il est issu d’une culture comorienne qui est beaucoup plus musulmane. Il a cherché ses rythmes du côté des musiques arabes (Arabie saoudite où il a vécu). A l’époque où l’on captait la radio mozambicaine ou tanzanienne, Maalesh a été au contact de musiques traditionnelles du Kenya. Il y a eu ensuite le reggae, le zouk… « Je fais résonner mon feeling… C’est ce qui représente ma musique aujourd’hui… »
Quand il chante et joue de la guitare, on entend cet obsédant mouvement rythmique et on finit par céder au charme et retenir la mélodie qui accompagne le chanteur. Car c’est de ça qu’il s’agit : Un étonnant dialogue entre des poèmes dits et sa guitare ou autres instruments traditionnels. Une lecture de son univers musical permet de comprendre des compositions subtiles, le sens de la métaphore et une dimension narrative renforcée par sa diction. « Ntsobwe », son 4ème album est le fruit d’un long cheminement et réunit à la fois des chansons très anciennes (Aadji) d’autres plus récentes (Danse Capote, Salam, Toi Moi). Les Comoriens chantent dans leur langue et en français : « Nous sommes francophones, on peut aussi chanter en swahili… ici, nous avons beaucoup de rythmes traditionnels venus de chaque île, ça c’est une richesse… on peut, à travers la chanson, se sentir unis en tant que peuple… « , déclare Maalesh. Il parle cinq langues et, à travers ses chansons, dénonce avec force l’injustice, la corruption, l’hypocrisie. Mais il défend aussi les valeurs d’amour et de paix, indifféremment, au gré de son inspiration en comorien, swahili, arabe ou plus récemment en anglais ou français. Un rythme régulier, un phrasé qui privilégie l’expressivité, les divers strates de sens : le style de Maalesh, acoustique à la fois classique et moderne, universel, mêle les musiques de son pays et les mélodies arabes. C’est un jeu constant entre le sentiment et la réflexion. On se promène de port en port, de paysage en paysage. Paysage des musiques traditionnelles et expérimentales. « De port en port je tends le lien/ laisse-toi bercer par un ngoma (tambour) de Tchatchaman/ et le vent qui gonfle ma voile/ fredonnera des histoires d’antan/Voyage au rythme du chigoma (danse traditionnelle). » La culture comorienne témoigne encore aujourd’hui des échanges d’idées entre les hommes, reliant l’Archipel des Comores à l’Indianocéanie. Aux musiciens mauriciens qui le connaissent : bons baisers de Maalesh !