Avec la compétition académique qui règne en maître de nos jours, les effets de la musique (en bien comme en mal) sur nos jeunes sont souvent le centre de bien des débats. Le plus souvent, on a tendance à ignorer les bienfaits de la musique sur nos jeunes, et pas seulement en tant que distraction.
Les élèves sont souvent pointés du doigt pour leurs performances sans éclats, et leur niveau, qui semble régresser chaque année, surtout en ce qui concerne les langues. Que ce soit l’anglais ou le français écrit, ou même parlé, la situation laisse vraiment à désirer. L’orthographe et la grammaire font peur, et la conjugaison des verbes est un concept étranger. Alors à qui la faute ? Les enseignants ? La grande majorité sont des personnes dévouées à leur profession. Les élèves ? Certes, il y aura toujours des brebis galeuses, mais si une séance de cours parvient à capter l’attention de l’élève, alors tout signe de paresse sera remplacé par une fervente envie d’apprendre.
Et c’est là que la musique entre en jeu. Oublions les horreurs pop du Top 20, la chanson française regorge de paroliers spectaculaires. De Gainsbourg à Brel, et plus récemment, Bertrand Cantat ou même Grand Corps Malade, ces artistes ont beaucoup contribué à ma propre maîtrise de la langue de Molière. La richesse de leurs textes est tristement ignorée à tort. Je doute fort que ces étudiants en manque d’intérêt en classe ignorent une méthode d’enseignement qui mêlera leur éducation à la musique. De cette introduction à la musique, les élèves pourraient ainsi facilement s’intéresser aux textes plus classiques, comme ceux de Hugo ou de Verlaine. Ce qui est vraiment important, c’est d’inculquer cet amour pour la chose. Ne pas voir la langue comme un outil, mais un art.
Bien sûr, un tel changement dans la méthode d’enseigner impliquera beaucoup de travail, dans la conception même de la méthode. Briser des années de tradition dans la façon de faire des enseignants ne sera pas chose facile. Ils devront être motivés, et plus important encore, persuadés de donner une chance à cette nouvelle manière de procéder.
Comme tout changement important cependant, cette réforme comportera aussi des risques et des difficultés. Le principal danger de cette méthode sera probablement sa capacité à distraire l’élève… Utiliser ces morceaux lyriques tout en retenant l’attention de l’élève sur son objectif, c’est-à-dire l’apprentissage de la langue, sera de mise. Une manière de procéder, par exemple : une dictée. Jouer un morceau à travers un lecteur audio, ou des écouteurs, et demander aux élèves d’écrire ce qu’ils entendent. Les options sont multiples.
Malheureusement, comme toute méthode, celle-là, aussi, peut engendrer des dérapages et autres bévues. La majorité de ces musiques « de jeunes » se nourrissent de la rage, du mal-être, et du désespoir des jeunes. Mais qu’on fasse bien la distinction – se nourrissent, mais ne les engendrent guère. Une chanson peut faire allusion à des sujets négatifs, comme le suicide, ou l’automutilation, mais cela ne signifie pas pour autant que la totalité des auditeurs ira commettre ces actes. Bien au contraire, ces dérapages sont rares, et bien souvent la musique n’a qu’un rôle minime à jouer. D’autres facteurs entrent en jeu. Mais il appartient aux éducateurs de juger, avec l’aide de psychiatres et autres pédagogues, quel matériel utiliser pour l’avènement d’un tel projet.
En cet âge ou presque tout est disponible à l’autre bout du clic, il serait bête de ne pas mettre à contribution un outil aussi répandu que la musique pour aider les jeunes dans leurs études. Cela peut leur servir de tremplin vers d’autres formes d’art écrit, telle la poésie, ou même vers le slam, forme de poésie parlée, qui peut aussi être d’une très grande aide à ces jeunes.
Un artiste comme Grand Corps Malade, qui lance des vers comme : « Depuis que je la connais, je ressens des trucs hallucinants, je me dis souvent que j’ai eu de la chance de lui avoir plu, sinon j’aurais jamais su qu’un rire pouvait arrêter la Terre de tourner, j’aurais jamais su qu’un regard pouvait habiller mes journées. Dans notre histoire rien n’est écrit, mais tout sonne comme une évidence » n’est certainement pas une menace à notre jeunesse, mais bien une ressource à exploiter. Et ce au plus vite.