De son nouveau disque, Jerry Léonide a présenté seulement un morceau au festival Mama Jaz, magnifique, intitulé Gris Gris, un teaser en quelque sorte avant une sortie qui a été repoussée au mois de septembre. Mais à l’écoute de Fantezi ek tradisyon qu’il a consacré à quelques grands ségas mauriciens, ce contretemps fut un mal pour un bien. Par ce travail de déconstruction musicale, par la liberté que permet le jazz et bien sûr le talent et la finesse des musiciens et chanteurs qu’il a rassemblés autour de lui sur ce projet, le pianiste a redonné de la vigueur, du panache et, surtout, jeunesse et contemporanéité à ces mélodies qui ont traversé le temps, passant de générations en générations.  
Les origines du jazz ont été écrites par les musicologues et historiens, certes, mais cette musique née de multiples influences qui continue à travers les décennies de s’enrichir et se nourrir des courants les plus variés ne se raconte pas si facilement qu’on pourrait le croire. Le deuxième album de Jerry Léonide, Source of the Ocean, témoigne d’une quête à la fois musicale et spirituelle, le compositeur s’étant interrogé sur cette question des racines du jazz et de son lien à cette musique.
« Pour moi, nous expliquait-il à deux jours de son concert mauricien, interroger les origines du jazz est en fait une quête très difficile, aussi difficile que d’aller chercher… la source de l’océan. On passe par l’Afrique, par le Moyen-Orient, l’Europe de l’Est. Tout cela est omniprésent, le jazz s’est inspiré de toutes les musiques du monde. On a trop tendance à catégoriser, surtout à américaniser. Bien sûr, je ne prétends pas répondre à la question, mais c’est un disque où l’on retrouve des influences bien évidemment africaines, mauricienne comme moi, et puis des sonorités qui viennent du Moyen-Orient, d’Europe, de France, etc. »
Ce nouvel album a été enregistré en octobre 2015 au Balik Farm Studio avec le soutien de la fondation Montreux Jazz Artists. Implanté dans une ferme au milieu des pâturages suisses, ce studio y côtoie une activité très différente de production et de commercialisation de saumons. La tradition veut que ce lieu reçoive en résidence les lauréats du célèbre festival de jazz pendant une semaine. Son premier et précédent album, The key, était sorti sous le label allemand ACT Music dans la foulée du premier prix de pianiste solo jazz du Festival international de Montreux, qu’il a reçu en 2013.
Jerry Léonide a souhaité pour ce second opus travailler avec une autre maison, dont il ne peut encore révéler le nom pour le moment. Il souhaite notamment que le lancement et la communication qui l’accompagnent partent de Maurice et portent clairement une bannière mauricienne. Le premier disque était déjà fortement imprégné de culture mauricienne mais sa communication était demeurée essentiellement franco-allemande. Cette fois, les contrats de distribution se négocieront au fur et à mesure, pays par pays, et permettront une diffusion ici. « J’aimerais aussi aller toucher les Mauriciens installés à l’étranger pour les ramener un peu au pays. »